Pierre Gioffredo

La culture d’un peuple a des aspects fort divers et ne se limite pas simplement  aux musées et aux arts (chants, danses, musiques). Elle est, en fait, beaucoup plus large que cela et s’étend à des domaines comme la cuisine, la maison, l’habillement, les coutumes… Elle englobe, également la connaissance du patrimoine au travers des  pierres, des bâtiments et des sites. Mais viennent s’y ajouter des textes historiques qui forment, eux aussi, des éléments essentiels de ce patrimoine, tant par leur originalité que par leur quantité et leur contenu.

Pour ce qui concerne notre pays, le Pays Niçois, un homme du Comté de Nice occupe une place majeure  car il est l’auteur le plus prolifique de textes historiques sur notre pays d’avant l’annexion et c’est à lui que nous voulons rendre hommage aujourd’hui…j’ai nommé  l’abbé Pierre Gioffredo (1629-1692), que l’on peut, à juste titre,  considérer comme le premier historien scientifique de Nice et du pays niçois.

 

Pierre Gioffredo

Pierre Gioffredo

Pierre GIOFFREDO, premier historien de Nice. 1629-1692
 

Pietro Gioffredo (Pierre Gioffredo pour les français) est né à Nice le 16 Août 1629, ville dans laquelle il mourra  le 11 Novembre 1692. C’est, avant tout,  un homme d’Église qui deviendra l’historien niçois à la cour de les ducs de Savoie, à Turin. Il partagera sa vie entre Nice et Turin, au point que dans une de ses œuvres parue en 1681, il s’appliquera lui-même l’épithète de Nicaeno-Taurinensis (Nissardo-Turinois).

Maison natale de Gioffredo

Maison natale de Gioffredo

Il est né au 7 rue du Collet, dans le « Babazouk »,  dans une famille qui était déjà bien impliquée dans les affaires de la ville. Son père est Antoine Gioffredo , commerçant et notable (il est fournisseur des forts du Comté), et sa mère Dévote Gerbone (que son père a épousée en 1624 laquelle lui a
apporté en dot quelques 125 livres en argent et bijoux ainsi qu’une terre au quartier des Sagnes). Il a un frère aîné, Pierre-Antoine, et verra plus tard, naître un frère cadet, Jean-André, qui lui se fera capucin, ainsi que deux sœurs, Virginie et Giaumona. Un bon nombre de membres de sa famille exercent, alors,  des fonctions intermédiaires au sein des institutions politiques et judiciaires de la ville. Nous savons que la branche de ses cousins germains,  issue de son oncle Jean, sera anoblie par mariage. Un autre oncle maternel de Gioffredo, Pierre-Antoine Gerbone, apparaît en 1632 comme trésorier du duc de Savoie dans la province de Carmagnola, près de Turin.

Quant à lui, il poursuivra ses études à Nice  chez les jésuites qui venaient de s’installer, depuis peu, dans la ville. Il vous faut quand même savoir que l’enseignement  dispensé par les Jésuites est considérablement en avance sur tous les autres. Aux études classiques obligatoires (langues anciennes, littérature, textes sacrés, grammaire), il va acquérir une solide formation destinée à parfaire les qualités des élites que les Jésuites entendent former: le théâtre (pour l’art de la rhétorique et de la déclamation utile aux futurs prêtres) et la musique en font partie. Fort de cette formation complète, il sera, par la suite, nommé directeur des écoles primaires par la ville de Nice, en 1649, fonction qu’il assumera jusqu’en 1660.  Quelques années plus tard, après sa prise de fonction de directeur des écoles, et comme il convient à un cadet de bonne famille (son père lui constituant à l’occasion, un patrimoine de 300 écus soit environ 2000 livres), Pierre Gioffredo est ordonné prêtre en 1653,  par Monseigneur Denis Palletis, évêque de Nice  (Il prononcera, d’ailleurs, en 1658,  l’oraison funèbre de l’évêque Palletis enseveli sous l’écroulement de la nef de Sainte Réparate…).

Nice à l'époque de Gioffredo

Nice à l’époque de Gioffredo

Vraisemblablement, sa nouvelle fonction de prêtre va lui donner tout le temps nécessaire pour se perfectionner et s’impliquer mieux dans la vie littéraire de Nice. Il aura, aussi,  un meilleur accès aux bibliothèques privées et aux documents d’archives. Toujours est-il qu’en 1657, il achève la rédaction de sa première œuvre historique, consacrée à sa patrie,  « Nicaea Civitas sacris monumentis illustrata » (La ville de Nice illustrée par ses monuments sacrés), ouvrage essentiellement centré sur le passé religieux de Nice. Cet ouvrage est imprimé à Turin aux frais de la Ville de Nice, ce qui prouve l’estime dans laquelle ses compatriotes tenaient Gioffredo. La publication de cette première œuvre est aussi pour lui le point de départ d’une formidable carrière dans l’entourage immédiat des ducs de Savoie. C’est grâce à cette publication qu’il sera remarqué par le souverain Charles-Emmanuel II de Savoie. Le duc de Savoie, Charles-Emmanuel II (1634-1638-1675), qui, à l’exemple de son grand-père Charles-Emmanuel Ier (1562-1580-1630) est toujours à la recherche d’acteurs culturels propres à rehausser la gloire de sa Maison, remarque le travail de Gioffredo et l’invite à venir à la cour de Turin. En quelques années, Gioffredo parvient à faire la preuve de ses qualités littéraires et scientifiques et le 20 mars 1662, il est officiellement nommé historien de la Maison ducale de Savoie. Par ailleurs, pour assurer sa subsistance, il sera  placé, en 1665, à la tête de l’église des Oratoriens de Turin, Sant’Eusebio, dont il assurera la charge jusqu’en 1673.

Charles Emmanuel II

Charles Emmanuel II

L’estime que lui porte le duc lui permet de devenir, en 1673, précepteur et aumônier du Prince de Piémont, Victor-Amédée, le futur Victor-Amédée II (1666-1675-1731). Il assumera  cette fonction de prestige et de responsabilité jusqu’à l’accession au trône du jeune duc, en 1684. En 1674, il reçoit aussi la charge de bibliothécaire ducal dans laquelle il succède à un autre Niçois, l’ingénieur, médecin et poète Jules Torrini de Lantosque(1607-1678). Très apprécié à la cour, il sera fait citoyen d’honneur de la ville de Turin, qui est la capitale du Duché de Savoie, en 1677. « Je suis redevable à la ville de Nice de ce dont n’importe qui est redevable à la ville de Turin car elle m’a fait gracieusement l’honneur, rarement décerné, de m’octroyer le titre de citoyen. Entre les deux mon cœur balance : si en effet Nice m’a donné le jour, Turin m’a fait ce que je suis. » écrit-il alors, non
sans quelque orgueil.

 Il faut signaler qu’il appartient également à une académie des plus prestigieuses de la ville, l’  » Accademia degl’Inculti « . Sitôt arrivé dans la capitale, il va entretenir des relations  suivies avec d’importantes personnalités politiques de la Cour et des érudits et intellectuels fameux en leur temps comme le philosophe Emanuel Tesauro (1592-1675) ou l’historien de la Savoie Samuel Guichenon (1607-1664). Il est également membre de l’Académie des Lettres créée par la régente en 1678,Il va ensuite  recevoir en 1679, de la reine mère, Marie de Nemours  la croix de l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare, un des ordres chevaleresques les plus prestigieux de la Maison de Savoie, dont il va écrire l’histoire en 1681. imagesAprès l’accession au trône de Victor-Amédée II, déchargé de ses fonctions de précepteur, il reçoit en 1688 l’abbatiat du monastère de Sainte-Marie des Alpes (en Savoie, plus connue sous le nom de Notre-Dame d’Aulps, au sud de Thonon-les Bains). Mais son impérieux désir de revenir à Nice, sa ville natale,  lui fait échanger la charge de l’abbaye de Sainte-Marie-des-Alpes en Savoie contre celle de l’abbaye de Saint-Pons à Nice en 1689.  Il nous faut, aussi, signaler que, lors du siège de la ville, en 1691,  par les troupes françaises de Louis XIV, siège dont il se fera, ensuite, le rapporteur historique, il négocie lui-même, la capitulation de la ville dans de bonnes conditions.

Cela fut vraisemblablement la dernière action majeure de sa vie, car il se retirât dans son domaine par la suite, pour mettre ses affaires en ordre, et  mourut à 64 ans (le 11 novembre 1692). Il sera enseveli dans l’église de Saint-Pons.

Nissa

L’œuvre de Gioffredo:

 L’œuvre connue de Pierre Gioffredo est l’objet de six publications dont les titres sont: Nicaea Civitas sacris monumentis illustrata (1658), les Epigrammata (1681), l’Histoire de l’ordre des Saints-Maurice-et-Savoie (1681), Le Theatrum statuum Regiae Celsitudinis Sabaudiae ducis… (dit Theatrum Sabaudiae 1682), la Storia delle Alpi marittime (Histoire des Alpes maritimes, vers 1680) et la Relazione dei fatti occorsi durante l’ultimo assedio di Nizza (Récit des événements survenus durant l’ultime siège de Nice, 1691). Ces textes sont rédigés soit en latin, langue savante, soit en italien, langue officielle du Piémont et du comté de Nice au XVIIe et langue de culture européenne à la même époque. On peut les répartir en trois ensembles : les textes en relation avec la position d’historiographe ducal (le Theatrum et l’Histoire de l’Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare), les textes poétiques (Les Epigrammata), les textes sur Nice et sa région (le Nicaea Civitas, la Storia et la Relazione). Cependant, on peut trouver, aussi, d’importantes références à sa ville de Nice dans le Theatrum.

Grande Oeuvre de Gioffredo

 

Cet ouvrage mérite d’ailleurs une mention particulière. Il s’agit d’un album de cent quarante deux gravures aquarellées (mais il y a aussi des éditions en noir et blanc) représentant Turin, ses monuments, et les principales villes et bourgs des Etats de Savoie, dont Gioffredo a rédigé une partie des notices historiques et coordonné l’édition. Ce livre, imprimé à Amsterdam chez Blaeu, une dynastie d’imprimeurs et de géographes très connus alors, avait pour vocation de grandir le prestige et la puissance des Savoie en montrant le bel ordonnancement et la prospérité de leurs Etats, dans un grand mouvement d’ostentation baroque. L’essentiel de sa rédaction et de sa conception a été produit entre 1672 et 1678. On y trouve sept vues de Nice et de son comté stricto sensu (deux pour Nice, une pour la côte et Villefranche, et les bourgs de Villars, Sospel, Saorge, avec la percée de la Route royale dans ses gorges, et Tende), à quoi on peut ajouter Dolceaqua et Oneille.
Quant aux œuvres dont Nice est le principal sujet, elles forment la première tentative historique de mise en forme et de réunion de toutes les informations disponibles sur notre ville et à sa région au sens large. Le Nicaea civitas, très marqué par l’histoire religieuse, fut imprimé, comme on l’a dit, dès 1658. Entre 1906 et 1939, Henri Sappia et l’abbé Rance-Bourrey en ont donné une traduction française répartie dans plusieurs numéros de l’excellente  revue Nice Historique. Mais la Storia, l’ouvrage le plus abouti, resta sous forme d’un manuscrit de plusieurs milliers de pages dans les archives d’Etat de Turin. Ce ne fut qu’en 1839 que le roi Charles-Albert, dans le souci de réunir tous les « monuments » d’érudition de ses Etats, en ordonna l’impression, en italien. Aucune traduction française n’était jusqu’à récemment disponible.

Histoire des Alpes-Maritimes

 

Son œuvre majeure sera  « la Storia delle Alpi marittime » (Histoire des Alpes maritimes) vraisemblablement écrite vers 1690. Mais, elle ne sera publiée qu’en 1839, à Turin. Elle se compose d’un ensemble de 4160 pages qui sont regroupées en 7 volumes indexés. A l’issu d’un long travail de recherches et de compilations, en s’appuyant sur les connaissances familiales, il va regrouper toutes les connaissances géographiques de l’époque sur notre région, auxquelles viendront s’ajouter des connaissances ethnologiques sur les populations qui habitent alors ces contrées. Il va, y adjoindre, également, l’ensemble des données historiques qui étaient accessibles alors  sur notre territoire entre 1648 et 1652 en n’omettant pas de citer plus de 200 auteurs (antiques et médiévaux), et rassemblera des informations puisées dans les bibliothèques ducales, les archives municipales, cléricales et familiales disséminées dans l’ensemble du duché.

 Dans la version imprimée à Turin en 1839 et qui s’y trouve toujours conservée, la Chorographie et l’Histoire des Alpes maritimes forment un ensemble de sept volumes et de quatre mille cent soixante pages, heureusement pourvu, alors, d’un index. Il semble que cet édition se soit fondée sur un manuscrit transmis par héritage familial et parfois complété de la main d’un neveu de Gioffredo, le père Adreccio. La Chorographie, qui en forme comme le préambule, est une description en deux livres et trente six chapitres du cadre géographique et humain dans lequel va se dérouler l’Histoire. Gioffredo fixe les limites des Alpes maritimes (au sens géographique, et non pas à celui, réduit, du département français d’aujourd’hui), de Savone à Fréjus et à Briançon, et en donne les détails : montagnes, cols, fleuves et torrents, forêts et lacs, sources et ressources, îles et itinéraires terrestres et maritimes, habitants et mœurs sont tour à tour décrits en se fondant, soit sur les auteurs antiques et contemporains, soit sur des constats et des visites personnelles. Quant à l’Histoire, elle donne, pour la première fois dans le temps, toutes les connaissances documentaires qu’il était alors possible d’avoir à partir de la littérature mais aussi des archives du passé de Nice et de cet espace entre l’an –648 et 1652 (on ignore pourquoi le texte s’achève, en suspens, au milieu d’une phrase, en 1652). Il faut avoir conscience de l’énorme travail d’érudition que Gioffredo mit en œuvre, sans doute grâce à son accès privilégié aux bibliothèques ducales, mais aussi conventuelles. Plus de deux cents auteurs sont cités parce que dans leur œuvre se trouvait parfois une seule phrase sur le sujet. Par ailleurs, notre infatigable historien, forts des pouvoirs d’investigation que lui donne le duc, explore les archives des abbayes, des communes et parfois des familles, ainsi que les archives ducales, découvrant, citant, recopiant et analysant des centaines de documents dont beaucoup ont aujourd’hui disparu. Enfin, passionné, comme tout honnête homme de son temps par l’Antiquité, parcourant en tout sens le duché, il décrypte inscriptions et monuments romains.De fait, à la lecture de la Chorographie comme de l’Histoire, nombre de détails ou de récits paraissent familiers. C’est que, depuis le XVIIe siècle, Gioffredo a été repris, copié, plagié, grâce aux citations des historiens niçois du XIXe siècle qui lisaient encore l’italien (Bonifacy, Durante, Toselli), eux-mêmes repris, sans grands égards, par ceux du XXe qui ignoraient souvent le rôle pionnier de ces ouvrages.Par la richesse de son texte et l’ampleur de la documentation qu’elle rassemble, par son caractère exhaustif et son audace pionnière, malgré ses manques et les ses maladresses que la science historique moderne peut débusquer, l’œuvre de Pierre Gioffredo est donc sans conteste un monument du patrimoine niçois à l’égal des édifices baroques qu’il vit construire.L’étude des textes de Gioffredo est attesté, en premier, par l’abbé Costanzo Gazzera, bibliothécaire royal de Turin, qui consacre une courte introduction à l’auteur, à l’occasion de la sortie de son œuvre majeure. Les données essentielles en furent reprises dans sa Biographie niçoise par Toselli  en 1860  et par Henri Sappia lors des premiers numéros de Nice Historique en 1898. Par la suite, l’abbé Rance-Bourrey dans un avant-propos à la traduction des prolégomènes de la Nicaea Civitas en 1912 puis Joseph Brès au hasard de certaines de ses Note d’Archno, parues en 1919, apportèrent quelques précisions ponctuelles. Rien de très substantiel finalement jusqu’en 1920 avec la publication dans l’Armanac Nissart d’un long article de Georges Doublet qui, outre les textes de ses devanciers sur lesquels il jette un regard parfois critique, s’appuie surtout sur un dépouillement conséquent de pièces inédites conservées notamment dans les séries B et C (Insinuation) des Archives départementales des Alpes-Maritimes. En 1948, M. Charles-Alexandre Fighiera, dans le cadre d’un doctorat sur L’abbaye bénédictine de Saint-Pons de Nice, retrace à son tour la vie et la carrière de celui qui, les trois dernières années de son existence, dirigea cet établissement. A cette occasion il met à jour de nouveaux documents, en particulier l’inventaire de la bibliothèque de Gioffredo qui sera examiné ci-après. C’est dire qu’avec ces deux études étoffées l’historien du XVIIe siècle avait enfin trouvé ses véritables biographes. C’est aussi essentiellement sur les apports  de ces biographes qu’a reposé le  travail réalisé par Denis Andréis. Aujourd’hui, le travail de fourmi effectué par Hervé Barelli pour la collection « Histoire de Nice et de son Comté » aux éditions « Mémoires Millénaires » reprend l’étude des textes de Gioffredo conservés à Turin.  

Histoire de Nice et de son Comté-1

 Histoire de Nice et de son Comté-2

 

 

Bibliographie

•    Giuseppe Vernazza, Vita di Pietro Gioffredo, in Biblioteca Reale di Torino, Mss. Vernazza, Miscellanea 48/1 (altra copia, appartenuta a Prospero Balbo, è in Archivio di Stato di Torino, Corte, Biblioteca antica, J.a.VI.26)
•    Gaudenzio Claretta, Sui principali storici piemontesi, Torino 1878, pp. 231-234 e 252-255;
•    Paola Sereno, Per una storia della Corografia delle Alpi Marittime di Pietro Gioffredo, in La scoperta delle Marittime, Cuneo 1984, pp. 37-55;
•    Maria Luisa Doglio, Le relazioni come strumento letterario, in Theatrum Sabaudiae, a cura di L. Firpo, II, Torino 1984, pp. 23-36;
•    Maria Luisa Doglio, Da Tesauro a Gioffredo. Principe e lettere alla corte di Carlo Emanuele II, in Da Carlo Emanuele a Vittorio Amedeo II, a cura di G. Ioli, Torino 1986, pp. 37-51;
•    Maria Luisa Doglio, Un inedito discorso accademico di Pietro Gioffredo sul principe e sulle lettere, in Studi piemontesi, XV (1986), pp. 457-467.
•    Achille Ragazzoni, Scrittori nizzardi in lingua italiana, in Il Pensiero di Nizza, Quaderno, n. 5, 2001.
•    Andrea Merlotti, L’educazione di Vittorio Amedeo II di Savoia, in L’institution du prince au XVIIIe siècle, Actes du huitième colloque franco-italien des Sociétés française et italienne d’étude du XVIIIe siècle (Grenoble, 15-16 octobre 1999), édités par G. Luciani et C.Volpilhac-Auger, Centre international d’étude du XVIIIe siècle, Ferney-Voltaire, 2003, pp. 115-122.
•    voix sur Gioffredo dans le « Dizionario Biografico degli Italiani »
 

 Annexes:

Extraits de l’œuvre de Denis Andrèis:  

Dès 1660, Gioffredo publie en 1681 ses Epigrammata, petits poèmes en vers latins et travaille à la reconstitution du passé des Alpes-Maritimes, commençant à écrire le manuscrit de ce qui devait devenir la Storia de  Nice de 1683 à 1692Revenu à Nice au début de l’année 1685, Gioffredo y retrouve une famille dont il s’est toujours senti très proche. Après le décès tardif de son père, elle se compose de ses sœurs Virginie et Jacqueline, de leurs époux respectifs François Adrech, fournisseur des forts du Comté, et l’avocat Pierre Antoine Laugieri -qui ont chacun reçu 6000 livres de dot-, et de plusieurs neveux et nièces notamment Dévote et Jean-François Adrech, Françoise, Benoite et Virginie Laugieri. On peut imaginer qu’il partageait ses journées entre sa maison de la rue Savetiere et sa propriété suburbaine de Saint-Barthélémy.Toutefois, l’âge vient et en janvier 1686, à près de 57 ans, Gioffredo teste à son domicile. Outre l’élection de sépulture et quelques legs pieux ou charitables, il partage ses biens immobiliers entre ses sœurs et laissesa bibliothèque à son neveu Adrech, devenu prêtre, ainsi que 800 ducatons (environ 4500 livres) à chacune de ses nièces. Trois d’entre elles qui se marièrent dans les années suivantes à des jeunes gens de la noblesse contadine, reçurent cette somme de sa main à titre de dot.Les préoccupations religieuses ne sont bien sur pas absentes de la dernière partie de la vie de Gioffredo. Début 1685, il fait édifier dans sa propriété de Saint-Barthélémy une chapelle dédiée à Saint-Maurice -sans doute en souvenir de la décoration obtenue en 1679, le nom du quartier actuel conserva nt toujours ce vocable- : il lui attribue pour son entretien lerevenu d’une terre estimée à 3000 livres et désigne Jean-François Adrech comme premier chapelain. En 1688 il reçoit en commende l’abbaye cistercienne de Notre-Dame des Alpes dans le diocèse de Genève, prenant à ce poste la succession d’un personnage de premier plan qui venait de mourir : Antoine de Savoie, bâtard légitimé du duc Charles-Emmanuel 1er et parailleurs gouverneur du comté de Nice entre 1660 et 1688. Dès 1689, il cède cependant cette abbaye à Jean-Thomas Provana en échange decelle de Saint-Pons dont ce dernier venait d’être pourvu.L’ultime fonction de Gioffredo lui vaut de jouer un rôle important, et quelque peu inattendu, au printemps 1691 lors du siège de Nice par les troupes de Catinat. L’assemblée des chefs de famille réunie à Sainte-Réparate, invoquant le précédent de l’abbé Honoré Martelli en 1543, le désigne pour participer à la députation chargée de négocier la capitulation de la ville.Sur l’ensemble des opérations de 1691 l’on possède une relation anonyme parue à Nice l’année même et traditionnellement attribuée à Gioffredo lui-même. Cette paternité est parfois, mais à tort semble-t-il, mise en doute.Quoiqu’il en soit ce furent là les derniers actes publics de la vie de l’abbé qui mourut le 11 novembre 1692, dans sa 64e année, et fut enseveli dans l’église de Saint-Pons.Que retenir de cette existence ? L’homme privé n’est pas un type social original : il appartient à un milieu aisé, à une famille qui -pour part grâce à lui- s’est élevée au cours du XVIIe siècle, la qualité du patrimoine  immobilier, les dots attribués aux collatérales, le parage des familles alliées en constituant autant de critères. L’homme public n’est certes pasnégligeable : il a cumulé les honneurs et les fonctions officielles, il a toujours bénéficié de la confiance et de la protection de la famille régnante. Mais ce ne sont pas là des traits qui assurent le passage à la postérité : ce sont les œuvres de Gioffredo qui lui ont valu ce privilège. Aussi est-ce sur l’homme de lettres que nous voudrions maintenant insister.Les activités littéraires et la recherche historique ont occupé l’ensemble de la vie de Gioffredo : son premier livre parait alors qu’il n’a que 29 ans, son dernier, en admettant l’authenticité de la Retaztone, l’année précédant son décès. Nous allons essayer de prendre la mesure du lettré de deux manières distinctes : une brève analyse de ses principaux ouvrages etce sera là le côté inédit de ce travail- un examen du contenu de sa bibliothèque dont l’inventaire nous est parvenu.1 – Les œuvres maîtresses:On peut les réduire à trois en laissant de côté la Relazione ainsi qu’un certain nombre de textes religieux (sermons, prêches de Carêmes,oraisons funèbres) et de travaux historiques divers (une Histoire de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare, une Histoire des Hérésies selon Toselli) vraisemblablement tous demeurés à l’état de manuscrits. Ce sont, par ordred’ancienneté de publication :a) la Niceae Civitas, parue à Turin en 1658 mais dont la ville de Nice avait pris en charge les frais d’impression ainsi qu’il ressort d’une délibération du conseil en date du 7 octobre 1657. Il s’agit d’un volume in octavo de 207 pages dans lequel le texte d’auteur est précédé, suivant les coutumes de l’époque, de nombreuses poésies élogieuses généralement en latin, et suivi d’un court index.Le corps de l’œuvre se compose de trois parties de longueurs comparables. D’abord vingt et un brefs chapitres de prolégomènes (pp. 1-52) qui, pour l’essentiel, retracent le passé antique et religieux de Nice et de Cimiez (chapitres I à XIII) et donnent quelques indications sur les autres localités du Comté (chapitres XVII et XVIII). Ensuite la première partie proprement dite (pp. 56-150) relate la vie des saints et des autres hommes pieux de la régioncependant que la deuxième (pp. 151-218) fournit la liste chronologiquedes évêques de Nice et de Cimiez en rappelant sur chacun d’eux les connaissances possédées.L’ensemble fut parait-il goûté des contemporains puis, devenu introuvable, réimprimé au XVIIIe siècle dans la grande collection de l’érudit saxon Graevius, le Thesaurus Antiquitatum et historiarium Italiae.b) les Epigrammata, publiées également à Turin en 1681 et dédiées « par le sujet à son souverain, par le maître à son élève », c’est-à-dire à Victor-Amédée II dont Gioffredo avait été le précepteur. Il s’agit de petites poésies en pentamètres et hexamètres latins formant des distiques élégiaques. Elles sont au nombre de 850 groupées en six livres et sont inspirées par les sujets les plus variés : ici la politique internationale (Louis XIV, le traité de Nimègue), là, les qualités du jeune prince de Savoie (bon danseur et bon écuyer), ailleurs les petits plaisirs et les tracas de la vie quotidienne de l’auteur (les cadeaux reçus, la joie d’être citoyen de Turin mais aussi les critiques des fâcheux, les problèmes de santé, le froid de l’hiver piémontais) etc.Une bonne cinquantaine de ces pièces concernent le comté de Nice et mêlent aussi des thèmes très divers. Les plus nombreuses concernent le passé et les traditions religieuses (anecdotes tirées des vies de saints, allusions aux dévotions mariales de Cimiez, des Fenestres, de Laghet) ou encore le passé historique (le Trophée d’Auguste, les armes de Nice, la dédition de 1388, le congrès de 1338, le siège de 1543). D’autres sont dédiées à des contemporains assez célèbres (Le gouverneur Antoine de Savoie, le père Raynaud) ou moins illustres (le père, le frère, un cousin de l’auteur). Enfin certaines font allusion à des coutumes locales (le charivari, le pèlerinage à Lérins, les bains de Roquebillière -en fait de Berthemont) ou à des événements plus ou moins remarquables (l’ouverture de la route du col de Tende à la fin du XVIIe, une pêche abondante près de Saint-Hospice).c) enfin la Storia delli Alpi Marittime, l’oeuvre majeure de Gioffredo, ne fut publiée que très postérieurement. Le manuscrit qu’il laissa à sa mort à son neveu Adrech fut conservé par celui-ci puis, après son propre décès, par sa famille jusqu’à ce qu’un de ses neveux et homonymes, le capitaine Jean-François Adrech, le cède aux Archives de Turin en 1786 pour une somme de 1500 livres. L’abbé Rance-Bourrey rapporte qu’à la suite du Traité de Cherasco en 1796, il fut transféré à Paris puis retourna à Turin après 1814. C’est là que, sous le règne de Charles-Albert, la commission des Monumenta Historiae Patriae en décida l’édition.L’ouvrage qui parut en 1839 est d’importance : un volume in-folio de 2122 pages de texte I L’ensemble se divise en trois parties.D’abord une choro-graphie qui, en deux livres, couvre 126 pages. Ensuite l’histoire à proprement parler qui relate les événements de la région niçoise -en reprenant l’antique appellation de la province romaine- jusqu’en l’an 1652 inclusivement : elle compte vingt cinq livres et 1848 pages. Enfin un long index alphabétique de 148 pages.Comment juger l’œuvre de Gioffredo ? N’étant pas vraiment qualifié, nous nous permettrons seulement de reprendre les observations de ceux de nos prédécesseurs qui lefurent et les avis autorisés.Sur le plan historique, on peut remarquer que la Nicaea, comme la Storia, pourvues l’une et l’autre d’un index et, pour la première, d’une bibliographie, sont d’un accès facile.L’intérêt des deux ouvrages est néanmoins fort différent. La Nicaea reste un écrit de jeunesse, un panégyrique qui est un peu de commande, et mêle, sans grand esprit de distinction, les faits les mieux établis aux légendes les plus pures voire à des erreurs avérées. Par contre, malgré les défauts inhérents à ce genre de compilation et malgré son inachèvement, la Storia est très supérieure et fournit une mine considérable de renseignements de valeur puisqu’elle utilise de nombreuses archives aujourd’hui disparues ou égarées et témoigne à leur égard d’une attitude beaucoup plus critique. Toselli regrettait cependant à juste titre que les sources ne soient passuffisamment ni précisément citées, mais c’est quand même un peu oublier qu’il s’agit d’une œuvre posthume.Sur le littéraire où l’appréciation nous est plus malaisée encore, remarquons qu’en puristes l’abbé Gazzera a émis de sérieuses réserves sur la langue et le style de la Storia et que Georges Doublet, agrégé de lettres classiques, n’a pas toujours goûté la qualité des vers des Epigrammata … Excessive sévérité du jugement de spécialistes raisonnant à partir des canons de leur siècle ? Le latin comme l’italien était en effet de pratique familière à Gioffredoainsi qu’en témoigne l’étude de sa bibliothèque.2 – La bibliothèque:On se souvient que dès 1686 Gioffredo avait laissé sa « libraria » à son neveu Jean-François Adrech « à charge de n’aliéner aucun livre… et de faire dresser par un notaire un catalogue qui soit simple ». En fait l’inventaire ne fut établi qu’en octobre 1710, soit plus de dix-huit ans après le décès de l’abbé, par devant Maître Pierre-Antoine Cagnoli de Villefranche. M. Fighiera a réussi à retrouver ce précieux document dans les registres de l’Insinuation en suivant la piste d’ Adrech, prieur dudit lieu à partir de 1697. Selon toute vraisemblance, la période agitée et incertaine que connut le comté de Nice lors des guerres de la Ligue d’Augsbourg puis de la Succession d’Espagne, peut-être aussi le rude hiver de 1709 sont responsables du retard pris dans l’exécution des dispositions testamentaires.

Pierre Gioffredo-1

A quelques exceptions près, le catalogue dont nous disposons répertorie les livres par ordre alphabétique en prenant pour base soit le nom, soit le prénom de l’auteur, soit un terme du titre.Le comptage que nous avons effectué donne, sauf erreurs de détail, un total de 525 unités ce qui apparaît assez considérable d’autant qu’Adrech prend bien soin d’indiquer qu’il ne possède pas les ouvrages qui se trouvaient à Saint-Barthélémy, dans la maison de campagne de Gioffredo dont a hérité sa tante Laugieri. Précision qui peut rendre compte d’ailleurs de certaines lacunes un peu surprenantes.En laissant de côté sept cas qui n’ont pu être élucidés (1,33 %), cette bibliothèque est constituée en grande majorité d’œuvres en langue latine (327 soit 62,28 %), d’assez nombreuses en italien (142 = 27,04 %), de quelques-unes en français (45 = 8,57 %) et même de quatre en espagnol (0,76 %). Résultats d’ensemble qui n’ont rien pour étonner.Une analyse plus fine est aussi plus difficile à mener d’abord en raison des problèmes de lecture d’un document ancien à l’encre très pâlie, ensuite à cause du caractère très allusif et très incomplet de certains titres comme de l’obscurité de nombreux auteurs. Ces réserves faites, nous pensons cependant être parvenu à cerner, avec sûreté ou au moins avec une bonnevraisemblance, 470 des livres inventoriés soit près des neuf dixièmes (89,52 %). Quatre-vingt six d’entre eux remontent à l’Antiquité ou au début de l’ère chrétienne, les latins dans le texte, les grecs en traduction latine, soit 18,29 % pour 384 ou 81,70 % qui sont de la fin du Moyen Age et surtout des XVIe-XVIIe siècles et que nous qualifierons de « modernes » par commoditéde langage.A partir de la classification thématique pose des problèmes de méthode en raison surtout des divers recoupements possibles : tel auteur ancien ou tel humaniste a-t-il sa place plutôt en littérature ou plutôt en histoire ? une vie de saint est-elle un ouvrage historique ou religieux ? etc. Les résultats proposés ne sont donc pas à prendre à la virgule ni même au chiffre près mais peuvent fournir des ordres de grandeur. Le s 470 oeuvres identifiées ont été réparties en six catégories :- la plus nombreuse est constituée par celle d’histoire: 150 soit 31,91 %. De Hérodote à Sidoine Apollinaire, tous les grands noms de l’Antiquité sont présents avec deux exceptions de taille chez les Romains, Tite Live et Tacite. Parmi les auteurs plus récents, beaucoup de contemporains oubliés mais aussi quelques illustrations : Froissart et Commynes, les frères Villani, Guichardin, Honoré Bouche. – la part des livres de religion et de morale est presque comparable : 130 ou 27,65 %.Parmi d’obscurs traités de piété et de nombreuses vies de saints figurentles textes sacrés, les Pères de l’Eglise (Saint Paul, Saint Augustin, Saint Jérôme) mais également Saint Denys l’Aéropagite et, plus proches chronologiquement, Saint Thomas et Saint Ignace.- la littérature et la philosophie occupent aussi une place de choix avec 96 titres soit 20,42 %. Ce sont les auteurs antiques qui sont les mieux représentés sauf Platon qui n’apparaît pas (alors qu’Aristote revient à diverses reprises et que Properce et Catulle sont un peu surprenants…). Mais, parmi les modernes, des noms d’humanistes retiennent l’attention : lesitaliens Ange Politien et Aide Manuce, des ecclésiastiques comme le pape Pie II (Piccoiomini) et le cardinal Bembo, Guillaume Budé et Nostradamus, le Dictionnaire de Calepin, l’Utopie de Thomas More, diverses œuvres de juste- les textes consacrés aux sciences et aux arts sont au nombre de 43 ou 9,14 %. A côté de grands classiques -les médecins Hippocrate et Gallien, le mathématicien Euclide, l’architecte Vitruve, l’alchimiste Zozyme- figurent une trentaine de volumes de la Renaissance et du XVIIe qui, comme les précédents, témoignent d’un bel éclectisme puisque les traités d’arithmétique et de chimie y voisinent avec ceux de botanique ou de minéralogie…- 28 titres soit 5,95 % se rapportent au domaine de la géographie. Exception faite de Strabon et Ptolémée, il s’agit surtout d’itinéraires de voyages et de visites, de guides divers de quelques pays ou provinces d’Europe, voire de quelques grandes villes (Paris, Rome).- enfin, et on n’en sera pas surpris compte tenu de la formation de Gioffredo, 23 manuels de droit soit 4,83 % dont émergent Justinien et le jurisconsulte milanais Alciat, le reste étant constitué par divers codes et textes de jurisprudence.Au total, si l’on veut faire une rapide récapitulation, il ressort que pour vingt ouvrages qui figurent dans la bibliothèque, six concernent l’histoire et six la religion, quatre la littérature, deux les sciences et les arts, un la géographie et un enfin le droit. C’est là une collection d’humaniste -ou « d’honnête homme » puisque nous sommes au XVIIe siècle- qui correspond bien à ce que nous savons de la vie, des études, des activités, des curiosités de Gioffredo. Comme l’écrivit Brunetière à propos de celle de Bossuet, « une bibliothèque est révélatrice d’une nature d’esprit et d’une méthode de travail ; c’est un état d’esprit ».Parvenu au terme de cette mise au point qui, nous l’espérons, aura permis d’éclairer quelque peu une personnalité méconnue, qu’il nous soit permis d’exprimer un regret. A la suite de l’inventaire examiné ci-dessus, Jean-François Adrech fait consigner parmi les biens hérités un certain nombre de manuscrits, certains de l’abbé Gioffredo lui-même (celui de la future Storia, une Histoire de l’Ordre des Saints Maurice et Lazare, des notes sur les pratiques médicinales populaires), mais également celui de l’histoire de l’avocat Antoine Fighiera (décédé en 1643) et diverses liasses de pièces anciennes. Que sont devenus tous ces documents ? Le texte d’Antoine Fighiera se trouvant aujourd’hui aux Archives de Turin, on a de bonnes raisons de penser que les autres papiers ont connu le même sort, sans doute vendus par les héritiers d’Adrech avec le manuscrit de la Storia en 1786. Si tel est bien le cas on ne peut que déplorer que ces pièces inédites demeurent en Piémont, peu utiles là-bas et peu accessibles aux chercheurs niçois. Il est de toute façon très regrettable que le rattachement de 1860 n’ait pas été accompagné d’un accord permettant le retour des archives de Gioffredo dans sa ville natale.

Interview de Hervé Barelli:
 
 

Hervé Barelli-1

Hervé BARELLI, avec cet ouvrage « Nice et son comté 1200-1580 » que vous venez de publier aux Editions Mémoires Millénaires, vous sentez-vous dans la continuité de Gioffredo ?

H.B. : Ce livre est un nouveau volume d’une collection initiée avec la publication de l’œuvre monumentale de Pierre Gioffredo, Chorographie et histoire des Alpes maritimes. Il est une pièce d’une collection qui devrait se poursuivre et dont l’objectif est, comme l’indique le nom du projet global, le « retour aux sources », c’est-à-dire la redécouverte des textes fondamentaux qui, hors archives, ont construit dans les siècles la connaissance de l’histoire de Nice. Outre ce premier lien, l’œuvre de Gioffredo nous a aussi signalé et fait découvrir les sources qu’il a utilisées, souvent inédites, qu’il a fallu localiser, traduire et commenter pour mieux aujourd’hui les comprendre et les faire connaître à tous les publics.

Quels sont le ou les témoignages qui vous ont le plus touché ?

H.B. : Plusieurs témoignages m’ont touché, ou frappé : le récit du passage épique du col de Tende, au XVe siècle, vu par un voyageur espagnol; la première description connue de Nice, à la même époque ; le journal quotidien du siège de Nice de 1543, rapporté vers 1547 par un éminent personnage de la cour de Savoie, Pierre Lambert; enfin, le journal de Jean Badat, écrit en niçois archaïque, plein de fraîcheur et de réalisme.

Comment avez-vous pu réunir tous les textes cités dans le livre ?

H.B. : Ces textes ont été réunis en suivant pas à pas les indications de Gioffredo, dont les propres archives sont conservées à l’Archivio di Stato de Turin. Deux se trouvent encore à Nice (Tiepolo et Badat), un est à Turin (Lambert), les autres se découvrent aujourd’hui numérisés sur la Toile, dans divers sites de bibliothèques publiques ou universités à travers le monde. Il convient d’ailleurs de souligner le fait que ce travail aurait pris bien plus de temps, voire aurait été impossible sans Internet, ses bases de données (notamment pour les notes) et ses ressources infinies, constamment enrichies. De ce point de vue, notre collection est aussi la première publication niçoise scientifique de l’ère numérique.

Certains de ces textes sont en italien ou en français archaïque, ont-ils été difficiles à traduire et à interpréter ?

H.B. : Tous ces textes sont en une langue archaïque, le français, le niçois ou l’italien. Avec les bons dictionnaires pour les trois langues (et, pour le français et l’italien anciens, on en trouve aussi sur Internet), il n’y a pas de difficultés à les comprendre et à les traduire, pour qui connaît bien ces langues aujourd’hui. C’est moins le vocabulaire que la construction des phrases qui a changé, notamment par l’absence de la ponctuation, ou son usage différent de nos pratiques. La difficulté majeure vient plutôt de l’écriture elle-même, qui est parfois difficilement déchiffrable, tout simplement parce que, hier comme aujourd’hui, il y a des gens qui calligraphient bien et d’autres qui écrivent comme des cochons !