ENTRETIEN AVEC…. JEAN MARC GIAUME

Parmi nos entretiens avec… les

personnalités qui  font la

culture Nissarde, il en est un

qui a  la Nissarditude chevillée

au corps (il est tombé dedans

quand il était petit), je veux

parler de Jean Marc GIAUME

qui,au poste important

qu’il occupe, s’active pour

mettre en place les outils

nécessaires à l’affirmation

de notre identité nissarde

et la pérennisation de notre

culture.

Robert Marie MERCIER: Jean Marc Giaume, bonjour et merci de nous recevoir aujourd’hui. Nous avons pu constater lors de ces journées du patrimoine que vous n’arrêtiez pas (pratiquement présent sur tous les sites), mais cela a été récompensé par une réussite totale de ces journées. Nous voudrions vous dire bravo et merci.


Jean Marc GIAUME: Oui, c’est vrai que cela fut prenant et…fatiguant, mais ce fut également un immense  plaisir et une grande satisfaction pour moi.

RMM: Nous aimerions découvrir aujourd’hui, l’homme, son parcours, son histoire avant de parler de ce que vous avez entrepris actuellement et de vos projets futurs.

JMG: J’ai été élevé par des grands-parents qui me parlaient le Niçois, c’était naturel et on ne m’a pas forcé à apprendre le Niçois: « l’aï audit e l’aï minga emparat ». J’ai eu beaucoup de chance: mes grands parents avaient la campagne du « Castel des deux Rois » et j’ai vécu mes dix premières années dans cette campagne (de 1970 à 1980) avant qu’elle ne devienne parc public. En plus j’ai été baigné de culture Nissarde car mon grand père vendait, le mercredi après-midi, des fleurs sur le Cours Saleya et, en alternance, vendait le mercredi et le vendredi matin, en hommage à sa mère Margot, avec ses cousines Micheline et Nathalie, le poisson sur la Place Saint François. Le mercredi je passait, donc, ma journée avec lui Place Saint François et sur le « Cours ». J’ai vécu, toute ma jeunesse dans ce milieu Niçois et pour moi c’est sacré.  C’est pourquoi lorsqu’on m’a demandé de créer cette délégation au patrimoine j’ai voulu associer les trois aspects essentiels de « la nouostra cultura Nissarda »: à savoir, la langue, les traditions et les monuments. J’ai abordé la culture Niçoise de façon globale pour la transmettre dans son intégralité. Il faut savoir aussi que, très tôt, j’ai été amené, mais c’était mon penchant naturel, à organiser: mon père dirigeait, et dirige toujours, dans le Vieux Nice, un club de sport: le Lutte Club de Nice, organisateur du très fameux et connu « challenge Henri Deglane ». J’ai rapidement pris des responsabilités dans ce club en trouvant aisément ma place au milieu des adultes. Tout naturellement, quand je suis arrivé en Fac’, à dix-neuf ans, pour y entreprendre des études d’histoire, il y eut des évènements suite à la réforme Jospin et nous avons entrepris une grève (fermeture de l’Université pendant trois semaines) à la tête de laquelle j’ai été très actif. Cela m’a amené à créer une structure étudiante, dans la mesure ou je trouvais que les syndicats n’étaient absolument pas proches des étudiants. J’ai donc créé l’association « Oxygène ». Par le biais de cette association, j’ai pu organiser plusieurs manifestations culturelles: partenariat avec la Fnac, venue d’écrivains, conférences, projection de film (exemple, « la controverse de Valladolid » avec la participation de J.Claude Carrière au cinéma Variété) et, en plus, j’ai mis en place un service qui proposait des « jobs » aux étudiants (l’été et pendant l’année universitaire). Beaucoup d’activités…mes plus belles années. Tout naturellement, je me suis retrouvé Vice Président étudiant de l’Université de Nice pendant 4 ans, assesseur du doyen de la faculté pendant 5 ans, et j’étais l’interlocuteur privilégié des étudiants et je les aidais lors des rentrées universitaires et des inscriptions. Il se trouve, qu’en parallèle de tout cela, je prenait des cours de Niçois à l’Université pour me perfectionner et, en 1995, le professeur Castella devait partir à la retraite, mais il n’était pas prévu de renouveler son poste (à l’Université, ce n’est pas automatique de remplacer poste pour poste). C’est pourquoi, nous avons organisé une pétition pour demander que le poste du Professeur Castella soit pourvu à la rentrée, quand il serait parti à la retraite. Mais, nous sommes allés plus loin encore, fort d’un constat que nous avions fait: nous avions constaté qu’il y avait des départements de langue et culture Bretonne en Bretagne, de langue et culture Alsacienne en Alsace, de langue et culture Provençale en Provence. Finalement, nous avons demandé la création, à l’identique, d’un département de langue et culture Niçoise à l’Université de Nice. Mais, comme le milieu enseignant, assez conservateur, me regardait d’un œil bizarre, j’ai décidé de créer une structure extérieure à l’Université qui viendrait appuyer l’action que nous menions à l’intérieur de celle-ci. J’ai donc créé, en 1996, la Fédération des Associations du Comté de Nice. Le but était de rassembler toutes les associations du Comté, ce qui fut fait. Notre première action a été de faire une pétition, qui a quand même recueilli plus de 5000 signatures, pour demander la création d’un département de langue et culture régionale à la faculté de lettre de Nice. Trois ans après, ce département est créé par un vote unanime du conseil de gestion de la faculté de lettre de Nice.

RMM: Ce qui est amusant, c’est que nous avons eu des cursus assez identiques à quelques années d’intervalle et que je me reconnais dans votre parcours. Passons, à ce moment là, c’était gagné, alors?

JMG: Oh que non! A la même époque il y avait un mouvement en faveur des langues régionales et un rapport devait être remis au premier ministre de l’époque, rapport devant servir de base à une loi qu’il était prévu de voter en faveur des langues régionales. J’ai, donc, été sollicité par Monsieur Bernard Poignant, maire de Quimper , qui était le rapporteur de ce texte au ministère de l’éducation nationale. J’ai donc participé à l’élaboration de ce rapport. J’ai insisté sur le financement de ce projet afin que cette loi ne reste pas lettre morte (contrat état/région). Mes propositions ont été retenues par Bernard Poignant, à tel point, que lors de la remise de ce rapport, devant les télévisions, le sujet qui accompagnait ce rapport était celui qui concernait Nice et le combat pour notre langue. C’était en 1998, et c’était pour moi une belle récompense.

RMM: A ce moment là, les structures universitaires pour la promotion de notre culture sont enfin mises en place ?

JMG: Tout n’est pas aussi simple. J’avais, en parallèle, mis en place un centre de formation au CAPES des langues d’Oc à l’université, mais, les tenants du « pan-occitanisme » qui ne voulaient pas que le Nissart vole de ses propres ailes, ont pratiquement tué cette nouvelle  structure. D’ailleurs, aujourd’hui, rien n’a changé et les « Occitans » veulent nous englober dans une hypothétique « Occitanie ». Bref, en 2000, Bernard Poignant demande au directeur de l’institut des langues de France de faire une liste des langues régionales de France. Dans ce rapport, dans laquelle il avait dénombré 75 langues, il met la langue d’oil, les langues germaniques, flamandes, le Basque, le Corse et la langue d’oc. Nous trouvons cela bizarre mais nous regardons de plus près. Dans la langue d’oc, il met le Provençal, l’Auvergnat, le Gascon etc..et à la fin de cette liste un astérisque renvoyant en bas de page (* quand au vivaro-alpin et au niçois, ce sont plus des considérations géographiques que linguistiques qui les distinguent). A ce moment là, alerte rouge:  je mobilise toutes les associations du Comté de Nice pour dénoncer ce scandale: comment un linguiste peut-il dire des inepties pareilles ? Je suis même monté à Paris pour intervenir lors d’un colloque à la Sorbonne ou j’ai mouché ce Monsieur Cerchiglimi, le linguiste en question. A partir de ce moment là, comme ce projet de loi devait passer devant le parlement, j’ai écrit à tous les députés et à tous les sénateurs…le conseil général vote alors une motion pour que le Niçois soit inscrit dans la liste des langues régionales, les députés et les sénateurs de chez nous interviennent à l’assemblée et au sénat jusqu’à ce que Madame Trautmann, alors ministre de la culture fasse paraître un décret qui donnait le Niçois comme faisant partie des langues régionales en France.

RMM: Vous savez, Jean Marc Giaume, le combat continue car les « Occitans » n’ont pas désarmé. L’autre jour je suis intervenu sur « facebook » car un intervenant disait: « le niçois c’est de l’occitan ». Chaque jour il faut se battre pour exister.

JMG: Nous faisons partie d’une famille de langue qui ont un tronc commun, mais nous n’avons jamais eu la croix occitane dans le Comté de Nice (c’est d’ailleurs ce terme de Comté de Nice qui les énerve). Nous n’étions pas français quand Fréderic Mistral publie son livre sur les langues régionales. On ne figure même pas dans le dictionnaire du félibrige. En fait, l’appui de Bernard Poignant, qui était quand même le rapporteur socialiste du premier ministre, la mobilisation des associations universitaires et extra-universitaires, ainsi que les directives du conseil européen en faveur des langues régionales m’ont beaucoup aidé à faire mettre en place ce département de langue et culture Niçoise à la faculté de lettre. Avant de partir de la fac’, j’organise un colloque de quatre jours avec quarante -quatre communications sur le thème « Le Comté de Nice: de la Savoie à l’Europe » (identité, mémoire et devenir). Je voulais  marquer le territoire avant de partir, montrer ce qu’était réellement notre pays et avoir des interlocuteurs privilégiés à l’intérieur de l’université (ce sont d’ailleurs, les intervenants d’alors qui sont les professeurs avec qui je travaille aujourd’hui). Car, j’avais compris que pour mener une bataille il fallait créer des structures).

RMM: Alors, une fois sorti de la fac’, vous vous êtes lancé en politique ?

JMG: Pas du tout, j’ai continué mon action en profondeur, avec la Fédération, pour imprégner les mentalités de notre culture (conférences, publications, etc.) En 2003, j’apprends que la plus grosse collection de timbres rares sur Nice va être vendue aux enchères: j’ai un déclic, un truc de folie et lors d’une réunion de la Fédération, je dis à mes partenaires il faut que la Ville achète ces timbres…On m’a gentiment dit que c’était bien ce que je faisais mais que là je rêvais. J’alerte « France Bleue Azur » pour en parler sur les ondes, et à l’antenne je demande au maire de Nice de récupérer ce patrimoine qui ne doit pas se perdre. Deux jours après, le maire avait envoyé deux fonctionnaires pour acheter ces timbres en ma présence, pour la ville de Nice. C’est à ce moment là que je me suis dit: « Jean Marc, le combat pour la langue c’est bien, il faut aussi se battre pour récupérer tout notre patrimoine historique, car si nous ne sauvons que la langue sans la rattacher aux monuments que nous ont transmis nos ancêtres, notre combat ne sera pas abouti. »

RMM: Oui, il est important de montrer que ce pays a une histoire qui existait bien avant la création du concept de Côte d’Azur par Stephen Liegeard.

JMG: C’est la condition primordiale pour pérenniser notre culture. C’est pourquoi, je me suis attelé à faire renaître la route Royale que tout le monde avait oublié et sur cette route Royale, je me suis attelé à la restauration de la chapelle de Bon-Voyage qui marquait les limites de la ville alors. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé, avec une délégation de la Fédération, dans le bureau de l’ambassadeur de France auprès de l’UNESCO pour présenter le dossier de cette route Royale: je ne sais pas si j’arriverais à faire classer cette route Royale, mais le but est de faire comprendre que les Niçois en se battant pour la culture Niçoise se battent, en fait, pour préserver une partie de la culture de l’humanité. C’est René Cassin qui était un grand ami de mon grand-père et auquel  je rends hommage qui m’a fait comprendre cela. Mon grand-père était résistant comme la plupart des membres de ma famille et cela a forgé mon histoire et développé mon amour pour ma patrie Niçoise.

RMM: A cet égard, l’autre jour j’ai été choqué, en passant devant le monument aux morts, au moment de la célébration de la libération de Nice, de voir un immense drapeau français qui barrait la façade et qu’il n’y avait pas un drapeau Niçois équivalent, car, il ne faut pas l’oublier, Nice s’est libérée toute seule sans l’apport des troupes françaises ni américaines.

JMG: Tout à fait vous avez raison et je vous comprends.  Mais, je voudrais   revenir sur ce  que je voulais dire à propos de René Cassin: il me disait lui même que s’il tendait vers l’Universel c’était parce qu’il était imprégné de sa culture Niçoise.  Que cette culture Niçoise lui permettait de se confronter à d’autres cultures dans le monde. Si demain, il n’y a plus de cultures différenciées, quelle sera l’intérêt de  rencontrer l’autre puisque les cultures n’existeront plus.

RMM: De la même façon, vous serez d’accord avec moi que nous vivons une époque dangereuse pour les cultures dans la mesure ou le mondialisme économique a pour finalité de détruire toutes ces cultures pour développer le « Marché ».

JMG: Je suis à 100% d’accord avec vous. Il y a quelques années, j’avais monté une exposition à l’occasion des 500 ans du Brésil et j’avais mis comme sous-titre à cette exposition: Un monde en a rencontré un autre. Il s’agit d’une phrase extraite des Pensées de Michel de Montaigne. Le XXI° siècle sera un siècle dont le défi sera l’affirmation de cultures et d’identités: comment aller vers l’autre sans se renier ? Comment aller vers l’autre en affirmant fortement sa culture ? C’est tout le sens de ce que j’entreprends aujourd’hui en mairie.  Pourquoi suis je arrivé dans ce bureau au poste que j’occupe: je n’ai absolument rien demandé. Trois mois avant les élections, le futur maire de Nice (le maire actuel) est venu me trouver en me disant: Jean Marc je te veux sur ma liste pour une mission précise, j’ai besoin de toi pour t’occuper de la culture niçoise. J’arrive donc, à  ce moment, dans une municipalité  ou la culture niçoise se résumait à l’organisation de fêtes assez caricaturales. Il y avait un déficit très important à ce niveau. Je suis arrivé à la mairie avec une simple  subdélégation que je me suis attelé à transformer en délégation. Et pendant la première année, mon seul travail a été de structurer cette administration: j’ai donc créé une direction au patrimoine historique avec quatre services et vingt-cinq fonctionnaires (un service à la langue niçoise avec un enseignant qui enseigne le niçois au personnel de la mairie gratuitement entre midi et 14 H et ils sont plus de deux cent à assister à ces cours et en supplément, je leur dispense, une fois par mois, un cours sur l’histoire de Nice sur mes heures personnelles, tous les six mois on fait une sortie historique sur le Comté de Nice pour les personnels). Quand je suis arrivé, l’image des Niçois était déplorable aussi bien dans la mairie qu’à l’extérieur, aussi bien auprès des Niçois que des autres: ceux qui s’occupaient de culture Niçoise ne se rendaient pas compte qu’ils donnaient une image négative des Niçois et de leur culture. Ils propageaient l’image négative que certains, hors de notre pays, donnaient de notre peuple et de notre culture. A partir de ce constat nous avons créé une administration avec quatre services cohérents (service langue et culture, service du Patrimoine, service archéologique et service patrimoine historique). Il a fallu former des jeunes intervenants bilingues, éditer plus de 250.000 dépliants bilingues (nous sommes la seule ville dans ce pays à faire cela)…

Aujourd’hui, nous arrivons à une nouvelle phase de développement, la création du cinquième service qui sera la « petite école du patrimoine » au sein de l’école du Château. Cette école du Château qui me ramène encore à mon enfance, il n’y a pas de hasard. Il y avait une partie de cette école qui était désaffectée et j’ai proposé au directeur de l’aménager pour en faire une centre pour la langue et la culture Niçoise et au bout de deux années, il y a deux mois le conseil d’école a validé le projet de « petite école du patrimoine ». Dans ces deux salles remises à neuf avec une cour extérieure, nous allons recevoir en premier les élèves de l’école du Château, ce qui semble normal, mais également, sur le principe des classes vertes, toutes les écoles de la ville de Nice: ils feront une demi journée consacrée à la découverte de la vieille ville (histoire, langue et culture) et l’autre demi-journée il feront des ateliers de découverte du patrimoine dans les classes de l’école du Château. Nous allons inaugurer cela au mois d’octobre à l’occasion des journées de la transmission du patrimoine. Et nous allons utiliser pour faire découvrir tout cela aux enfants, ces CDRom que nous avons réalisé à 10.000 exemplaires et qui seront distribués dans les écoles de Nice, CDRom  réalisé avec  le CRDP pour avoir un outil de qualité.

RMM: Ceci est vraiment fondamental pour permettre la transmission de notre patrimoine aux petits. Et cela fait quand même pas mal de choses qui ont été mises en place.

JMG: Oui, ce programme, la ballade instructive sous forme de jeu de piste dans le Vieux Nice (Léopard de Fulginet), les conférences multiples que nous donnons ci et là, ou nous disons au public: « vous êtes aussi les transmetteurs de cette culture ». » Que vous soyez Niçois d’origine ou d’adoption, transmettez cet amour de Nice à vos enfants et à vos petits enfants ». Il ya aussi les promenades commentées à travers Nice. Pour cela nous avons mis au point des fiches et, actuellement, je demande à mon personnel de numériser toutes ces fiches, car nous sommes maintenant à l’heure du DVD et de l’ordinateur. Dans cet ordre d’idée, notre gros projet actuel est la réalisation de la reconstitution en 3D du Château de Nice. On va leur montrer que non seulement les Nissart ne sont pas ringard mais au contraire qu’ils sont en avance. Nous allons utiliser les nouvelles technologies au service de notre patrimoine. Par exemple, la technologie NFC (No Fil Contact) qui permet de faire plein d’opérations avec son téléphone portable. Pour ce qui est du domaine culturel, nous allons équiper tout le Vieux Nice de plaques de rues et de monuments qui seront lisibles par les téléphones portables dotés de la technologie NFC: on pourra télécharger les commentaires qui sont sur cette signalétique (commentaires réalisés en quatre langues dont le Niçois), c’est unique. Si nous voulons que le Niçois soit reconnu à l’international, il faut nous donner les moyens pour y parvenir. Déjà pour les « Mais », j’ai fait de cette fête une vitrine de notre culture. Il faut que chaque lieu de notre ville soit une vitrine de notre culture. Culture qui a aujourd’hui la reconnaissance de la ville.


RMM: J’ai cru comprendre que vous étiez très attaché aux symboles.

JMG: Tout à fait? Un exemple, pour les journées du patrimoine, lors desquelles vous étiez présent, on a joué dans la cathédrale Santa Réparata une oeuvre de Rossetti, œuvre  créée et jouée pour la première fois en 1560 quand le  Duc de Savoie, Emmanuel Philibert, est venu pour l’ouverture du Fort du mont Alban et, dans le même temps, nous avons ouvert à nouveau ce même fort, que nous avons récupéré de l’état français, au public 450 années plus tard. Il y a là un symbole très fort. c’est pourquoi la réouverture de la Tour Bellanda avec une exposition de Charles Martin Sauvaigo, le fondateur du « Mesclun » est tout aussi significative. Ca c’est Nice et c’est pas rien. Une Nice cultivée et qui rayonne. Il nous faut les meilleurs: un exemple, pour réaliser le montage en 3D sur le château, j’ai demandé à l’ancien directeur de la cité de la Villette qui a fondé le Futuroscope à Poitiers, afin d’avoir un outil de qualité. et il faut dans le même temps que nous restaurions tout les trésors que nous avons dans cette ville et dans ce Comté.


RMM: Et il y en a des trésors délabrés avec des années d’abandon.

JMG: Depuis Jean Médecin, il n’y a plus rien qui a été réalisé dans ce domaine. Jean Médecin a réalisé trois actions: le Palais Lascaris, les fouilles archéologiques du Château et le réaménagement de la colline du Château. Depuis, plus rien, et, aujourd’hui, il faut reprendre tout ces chantiers, mais cela ne se fait pas en un tour de main. Pour terminer cet entretien, car je vois que l’heure tourne sans que nous ne nous en apercevions, et on pourrait continuer des heures, je voudrais dire que cette ville et le pays qui l’entoure sont un véritable joyau, le seul endroit ou je peux vivre et qu’il faut préserver cela. Je pense que notre Comté est un concentré d’Europe et un moyen de comprendre le monde actuel parce que nous avons de tout temps fait partie de cette Europe, parce que nous sommes une peuple complexe et que nous avons toujours parlé plusieurs langues, ce qui est une particularité assez rare dans l’histoire européenne, que sur le même territoire il y avait des déclinaisons de notre culture sous des formes multiples et des parlers divers, que notre pays mélange des paysages fort divers voire opposés allant des plaines maritimes jusqu’aux flans escarpés de nos montagnes, des atmosphères et des odeurs à nulles autres pareilles qui font qu’on a du mal à imaginer pouvoir vivre ailleurs. De plus, je voudrai dire que la conservation de notre patrimoine est un moyen de sauver l’économie de notre région, économie basée sur le tourisme. Il ne faut pas se faire d’illusion, les gens ne viendront plus ici pour se baigner car, ils trouveront des destinations beaucoup moins chères. Alors, si nous ne leur proposons pas de découvrir une culture unique, plus personne ne viendra chez nous.  de plus, il est beaucoup plus intéressant d’attirer des touristes curieux de découvrir une culture multimillénaire, culture qui valorise les habitants de ce pays plutôt que de passer pour un pays de « farniente » superficiel.

RMM: je vous avais fait passer mon recueil de poèmes que vous avez lu, je pense, et dans le poème « Ma terre » qui avait été primé par la Ville de Nice, je disais que nous étions une terre de paradoxe. C’est un peu ce que vous êtes en train de me dire.

JMG: Oui, c’est exactement cela, nous vivons sur une terre de paradoxe et nous vivons tout ces paradoxes au quotidien. Je terminerai en disant que le combat pour cette culture est un enjeu pour l’avenir. C’est aussi pour cela qu’il est important d’avoir un nouveau « Consiglio d’Ornato » pour ne pas laisser les mains libres aux  architectes d’ailleurs qui ne ressentent pas le Comté de Nice comme nous. De la même façon, je suis très fier d’avoir créé ce département d’archéologie: il y a actuellement 40 étudiants de chez nous qui travaillent sur le site du Château. Et, il y a encore pour des dizaines d’année de fouilles. Nous allons y ajouter la communication: trois de ces étudiants vont faire un journal quotidien sur le Web pour donner des nouvelles des fouilles. Nous avons encore beaucoup de travail.

RMM: Et bien, Jean Marc Giaume, je vous remercie d’avoir été aussi complet dans vos explications pour nos lecteurs et nous nous croiserons sûrement à nouveau à  l’avenir puisque notre but est le même et que nous partageons le même amour pour le Comté de Nice.

JMG: J’en suis sûr, Robert, et nous aurons encore plein de choses à nous dire car le chemin est encore long.