Un grand niçois au sein de l’Europe: Alexandre Michaud de Beauretour

Nous avons eu des personnages célèbres dans notre Comté de Nice et ce dans tous les domaines. Il en est un qui a eu un destin exceptionnel dans l’Europe du 18° siècle.

On a tendance à oublier certains Niçois qui n’ont pas eu une vie tranquille toute tracée (comme ils auraient pu y prétendre) au prétexte que la plus longue période de leur vie ne s’est pas passée dans le Comté de Nice mais les a mené loin de leur terre natale. Ils n ’en font pas moins partie des nos ancêtres célèbres. C’est le cas de ce personnage dont nous allons vous parler : Alexandre Michaud, comte de Beauretour (en russe: Александр Францевич Мишо).

Alexandre Michaud est né le 19 janvier 1771 à Nice (dans le Comté de Nice, état de la Maison de Savoie dans le royaume de Piémont-Sardaigne)  de Jean-François Michaud, ingénieur et de Marie-Antonia Raynaud. (mort le 22 juillet 1841 à Palerme).

Son destin exceptionnel va le conduire à travers toute l’Europe et le mènera à être un aide camp du tsar de toutes les Russies et un général de l’armée russe.

Alexandre Michaud va commencer sa carrière militaire en 1792, en se mettant à la tête de 300 volontaires décidés, comme lui, à barrer la route  à une colonne révolutionnaire de l’armée française qui marchait sur Nice. La résistance qu’il va leur opposer (avec ses hommes) au Vallon de Magnan va le faire remarquer par les « Sans-culottes » qui vont l’inscrire à l’encre rouge sur les listes des aristocrates dont le sort est fixé d’avance (condamnés à être pendus à la lanterne). Il se verra alors obligé de quitter Nice et rejoindre toute sa famille qui avait émigré en Piémont quelques temps avant. Il va alors s’engager dans l’armée Piémontaise et devenir officier dans le régiment des pionniers. Il va faire la campagne des Alpes jusqu’au traité de Churasco.

Il va ensuite partir pour Naples, Rome et, enfin, Corfou. Là, il reprend du service et, comme officier de génie, est employé aux fortifications. Les événements ayant forcé le roi de Naples à demander des secours à la Russie, une flotte russe vient bientôt occuper les îles Ioniennes pour y rétablir l’ordre ébranlé par l’anarchie. Le comte Mocenigo, ministre plénipotentiaire du tsar Paul Ier de Russie le remarque et l’engage à prendre du service en Russie et de le suivre à Moscou ainsi que son frère. Donc, avec son frère, Jean-Louis (né à Nice le 21 janvier 1775, mort à Sébastopol le 17 novembre 1821), ils vont poursuivre, tous les deux, en Russie, une carrière militaire surprenante. En très peu de temps, ils devinrent, tous les deux aides de camp du Tsar, place honorifique, difficilement accordée à des étrangers et encore moins à deux frères. Tous deux reçurent de nombreuses distinctions piémontaises et étrangères et même après la restauration. Alexandre Michaud va se mettre totalement au service du souverain de toutes les Russies. Il sera aux côtés du tsar sur tous les champs de bataille.

Après la paix de Tilsitt (en 1807), il va conduire les troupes russes en Crimée, et il entre en campagne en Bessarabie, à la suite de quoi il va recevoir la croix de l’Ordre de Saint-Vladimir, après avoir combattu les Turcs à Ismaïl. Là, il s’illustre sur le Danube ce qui lui va lui valoir le grade de major et la prestigieuse croix de Saint-Georges. Il fait ensuite prisonnier un corps de 30 000 hommes. À cette occasion, le tsar lui fait parvenir l’Ordre de Sainte-Anne en brillants et le grade de lieutenant-colonel. C’est une promotion assez exceptionnelle pour notre illustre niçois.

En 1812, lorsque l’empereur Napoléon Ier marche sur Vilna, Michaud est convoqué au conseil de guerre par l’empereur Alexandre Ier de Russie, pour délibérer sur le plan général de défense. Il encourage le tsar à continuer de se battre sur la haute Bérézina, pour couper à Napoléon sa ligne de retraite (novembre 1812). Il sera un acteur primordial de la chute de Napoléon et, à ce titre, mérite la considération des Russes, des Européens et des Niçois.

En 1813, il prend part à la Campagne d’Allemagne, où il reçoit la croix de Saint Léopold d’Autriche. En octobre de la même année, il est à la bataille de Leipzig. Il est nommé général aide de camp du tsar et décoré de l’Ordre de l’Aigle rouge. En 1814, le général Michaud participera au siège de Paris.

En 1815, au Congrès de Paris, il use de son influence auprès du tsar pour la restitution du duché de Savoie et du comté de Nice au roi de Piémont. Alexandre 1er, le charge, au nom des souverains alliés, d’inviter le roi Victor-Emmanuel Ier de Sardaigne, à revenir dans ses États. Le jour de leur entrée dans Turin, le souverain sarde lui remettra le cordon de l’ordre des Saints Maurice et Lazare (la plus haute distinction de la Maison de Savoie).En plus, le roi de Sardaigne attribue à Alexandre Michaud le titre de comte de Beauretour (Beauretour n’est pas un lieu mais le rappel du « beau retour » du souverain dans son royaume). C’est bien grâce à lui que nous réintégrons les Etats de la Maison de Savoie.

Après 1818, le général Alexandre Michaud remplit plusieurs missions diplomatiques pour le tsar, puis pour son frère le grand-duc Nicolas qui, en 1825, lui succédant au trône, confirme notre niçois dans son grade de général aide de camp et le décore du grand-cordon de Sainte-Anne. En 1826, il reçoit le grade de lieutenant-général.

En 1830, malade, il va revenir à Turin. En 1841 il se rend à Palerme (Royaume des Deux-Siciles), dont il pensait le climat meilleur pour sa santé, mais, finalement,  il y meurt le 22 juillet 1841. Il décèdera  sans postérité.

Nice lui a bien accordé une rue de la cité, bien peu en rapport avec le prestige de cet homme (au carrefour de l’échangeur des Bosquets de la Voie rapide). Il eut mérité mieux au regard de son histoire.