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L’Histoire revient à grands pas…
De grands pans de l’histoire des anciens états de Savoie restent dans l’ombre car ils ne sont pas enseignés aux enfants de Nice et de la Savoie dans les écoles de la république française. Un peu comme si le Duché de Savoie et le Comté de Nice n’avaient jamais existé, des siècles durant, et que leur histoire commençait avec l’annexion frauduleuse de 1860.
Et pourtant, leur Histoire est fort riche au sein du continent européen. De plus, cette Histoire fut partagée, pendant des siècles, entre Savoie, Nice et le Piémont voisin. Les Alpes n’ayant jamais été une frontière, mais, bel et bien, un lieu d’échanges et de partages.
Nous savons que l’Histoire du Pays Niçois et du Piémont est liée depuis la préhistoire. Nous avons, dans nos deux pays, des traces de présence humaine à l’époque du néolithique (pour le pays niçois cela remonte à un million d’année avant notre ère). Nos deux territoires ont, ensuite, été habités par les Ligures ou les Celto-Ligures (dont les taurisques dans le Piémont). Ils donneront leur nom à la ville de Turin, née à l’époque Romaine (Julia Augusta Taurinorum). Nous rappellerons, au passage, que le symbole de cette ville est le taureau, taureau que nous retrouverons dans le culte de Mithra, pratiqué par les romains, encore au début du 4° siècle à Cemenelum et sans doute dans le Piémont. Pour mémoire, ce culte du taureau était pratiqué par la civilisation du Mont Bego, bien avant l’arrivée des Ligures.

Pendant ce temps, le territoire de la future Savoie était habité par une tribu Celte, les Allobroges. C’est au moyen-âge que ce territoire deviendra le pays des sapins, Sapaudia (la future Savoie). Les Allobroges, tout comme nos Ligures, furent de vaillants et courageux combattants qui menèrent la vie dure aux Romains. Déjà, l’esprit de résistance des montagnards de nos régions se faisait jour et nos peuples avaient acquis une solide réputation de résistants farouches à tous les envahisseurs.
Un peu d’histoire:
Avant que d’être regroupés au sein d’un même ensemble, les territoires Niçois, Piémontais et Savoisiens faisaient déjà partie du Saint Empire Romain Germanique avec des relations diverses et compliquées entre eux. Cela, simplement, pour dire que nos territoires étaient tous des terres d’Empire, ce qui, en soi, détermine un attachement certain à la notion de liberté.

1027 – 1047 : Humbert (v. 980-v. 1048), surnommé Blanches-mains, fondateur de la Maison de Savoie. En 1032, il reçoit le titre de Comte de Maurienne et le territoire de la Savoie (province de Savoie Propre), qui devient terre d’Empire. 1051 : Othon Ier de Savoie épouse Adélaïde de Suse. 1076 : L’empereur Henri IV (qui a épousé la fille d’Odon 1er, Berthe de Savoie) passe le Mont-Cenis, la famille de Savoie reçoit les terres de Bugey, le marquisat d’Ivrée et le Chablais. 1143 : Amédée III reçoit le titre de comte de Savoie. 1232 : Achat de Chambéry qui devient la capitale des comtes de Savoie. 28 septembre 1388 : Dédition volontaire de Nice à la Savoie. 19 février 1416 : L’empereur Sigismond érige le comté de Savoie en duché. Véritable carrefour stratégique européen, avec à la clef, le contrôle des cols alpins, les maîtres de la Sapaudia obtiennent le titre de Duc , transformant leurs possessions en Duché de Savoie et acquérant le Piémont par la même. 5 août 1401 : Acquisition du comté de Genève. Emmanuel-Philibert comprend que le futur de la maison de Savoie n’est pas du côté français qui est désormais uni à une puissante monarchie mais en Italie, il déplace donc la capitale de Chambéry à Turin en 1562.
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Victor-Amédée II subit en 1706 la plus menaçante des invasions françaises qui aurait pu se terminer en une désastreuse défaite sans l’arrivée du prince Eugène de Savoie avec ses troupes impériales pour défendre Turin assiégée depuis plus de trois mois. Le 7 septembre 1706, la bataille qui se déroule sous les murs de la capitale est décisive pour le Piémont qui inflige une cuisante défaite à ses ennemis et qui, par le traité d’Utrecht de 1713, obtient la couronne du royaume de Sicile échangé par la suite avec celui de Sardaigne. Le prestige de la maison de Savoie est célébré après la bataille de Turin par la construction de la basilique de Superga .
Par leur politique, les « Savoie » agrandissent leur territoire, jusqu’à former les États de Savoie, et leur pouvoir au sein des maisons princières de l’Europe jusqu’à l’acquisition du titre de roi de Sicile de 1713 à 1720, puis celui de roi de Sardaigne en 1720. Charles-Emmanuel III, lui lors de la guerre de succession d’Autriche, perd, d’abord, la bataille de la Madonne de l’Olmo mais réussit à infliger une lourde défaite à ses ennemis sur les hauteurs de l’Assietta le 19 juillet 1747 (aujourd’hui fête nationale du Piémont), victoire qui lui permettra de récupérer la pleine souveraineté sur le Royaume de Piémont- Sardaigne.
S’ensuivront les invasions par les troupes françaises de la république puis de l’Empire, issus de la révolution bourgeoise de 1789. cette période sera marqué par des mouvements de résistance importants. Après la chute de Napoléon Bonaparte en 1815, les vieilles dynasties chassées par les troupes françaises seront remises en place sur leurs trônes et parmi celles-ci les Savoie. En Sardaigne, après l’abdication en 1802 de Charles-Emmanuel IV de Sardaigne, Victor-Emmanuel Ier lui succède et il est placé sur le trône à Turin par le Congrès de Vienne en qualité de nouveau roi de Sardaigne. Cette restauration Sarde marquera en fait le début de la fin de cette histoire commune de presque 5 siècles. Victor-Emmanuel Ier et son successeur Charles-Félix de Savoie sont les fils de Victor-Amédée III de Sardaigne. Victor-Emmanuel Ier a seulement des filles et Charles-Félix n’a pas d’enfant.

La succession de la maison de Savoie devient donc une affaire qui intéresse l’Autriche qui voit la possibilité d’imposer son pouvoir sur ses états si jamais Victor-Emmanuel Ier choisit comme successeur le prince François IV d’Este, apparenté aux Habsbourg. En fait, Victor-Emmanuel Ier choisit Charles-Albert, de la branche des Savoie-Carignan, qui devient roi de Piémont-Sardaigne en 1831(rappelons qu’il a, quand même, conspiré contre sa famille auparavant). Et cela n’augurera rien de bon pour l’avenir à cause du rêve de ce nouveau souverain et de sa vision politique du devenir de la Maison de Savoie. Il sera à l’initiative d’une nouvelle constitution libérale en 1848 en voulant créer un état centralisateur, avec une capitale détenant tous les pouvoirs, ce qui n’avait jamais existé pendant tous les siècles précédents dans nos territoires respectifs. Victor-Emmanuel II de Savoie lui succède et va poursuivre son rêve de se constituer un royaume à sa mesure dans la péninsule. Pour cela, il va trahir son peuple, par le traité du 24 mars 1860 (aujourd’hui abrogé par l’ONU) en abandonnant à la France le territoire de ses ancêtres, la Savoie, il va livrer, pieds et poings liés, à ce même pays, le Comté de Nice qui ne lui appartenait pas (voir l’acte de dédition qui stipulait que, si le représentant de la Maison de Savoie abandonnait sa souveraineté sur le Comté, celui-ci se voyait libéré et libre de se choisir un nouveau souverain) et enfin il va abandonner le Piémont en délaissant Turin de son titre de capitale (pour aller d’abord à Florence puis, pour finir, à Rome). Ainsi une histoire de plusieurs siècles se terminait par une forfaiture.
Des liens indéfectibles:
Pendant presque 5 siècles, nos pays vont vivre ensemble au sein de ce que l’on peut appeler une confédération. La structure même de ces Etats de Savoie était à l’opposé de celle du voisin d’à côté. Autant la France était un état centralisé (monarchie absolue puis république une et indivisible), autant les Etats de Savoie constituaient un ensemble de territoires autonomes avec des communes libres. Leur lien était constitué par la fidélité en leur souverain et par leur Histoire qui se confondait bien souvent.

Les structures politiques des Etats de Savoie se basaient sur une proximité effective entre les populations et les dirigeants (pour ce qui concernait la politique locale). Ce qui est remarquable, c’est que la notion de frontière n’existait absolument pas entre ces états de Savoie et que l’on pouvait passer de l’un à l’autre sans aucune difficulté. Que ce soit, en premier, le Saint Empire Romain Germanique, puis, ensuite, les Etats de la Maison de Savoie, nous avions, de fait, une Europe en miniature qui s’était créée basée sur la liberté des peuples: c’était l’ébauche d’une Europe des Peuples que nous appelons de tous nos vœux.
Et demain ?:
Les liens, que nous avons tissés pendant des siècles, ont certes pu se distendre avec le temps mais ils n’ont jamais été rompus tout à fait. Même les conflits entre les deux nations de tutelle, la France et l’Italie, n’ont pas attisé de haine particulière entre les deux peuples. Il faut savoir que la notion de frontière est quelque choses de difficilement appréhendable par les gens de nos vallées alpines qu’elles soient Nissardes ou Piémontaises. Avant les accords de Schengen, à l’époque contemporaine, il faut savoir qu’un habitant de la Countèa de Nissa ne sentait pas particulièrement à l’étranger en allant à Vintimiglia, DolceAcqua, Pigna ou Borgo San Dalmaso. Cette fraternité historique, multiséculaire, nous liait toujours par delà les vicissitudes des évènement géopolitiques.

Nous pouvons dire que ces liens se sont même renforcés à notre époque caractérisée par un monde sans repères, des états-nations achevant leur cycle et une tour de Babel européenne ayant fait faillite. Bien sûr, ces vieilles structures s’accrochent encore à leurs rêves passés et essaient de survivre à ce monde qui les avait créées lui même en pleine déliquescence. Nous voyons la fin du monde moderne, celui de la révolution industrielle née au XIX° siècle et poursuivi au XX° siècle, à l’inverse des promesses d’un monde meilleur, par des guerres civiles européennes qui ont signé la fin inéluctable des ces états-nations. Ceux ci ont l’impression de survivre dans l’illusion d’une souveraineté perdue, abandonnée à des technocrates européens aux ordres du grand « Marché » mondial. Au milieu de ce magma de fin de règne, les peuples de l’Europe se réveillent et tentent de revivre, libérés de leurs chaînes, en retrouvant leurs souverainetés locales.

Dans la foulée de l’Irlande, il en va ainsi pour tous ces peuples qui ont recouvré leurs libertés après la chute du mur de Berlin et de l’écroulement de l’empire soviétique. Dans leur foulée, d’autres peuples avancent vers leur liberté retrouvée tels ceux de la Catalogne et de l’Ecosse.

Au sein de la « république une et indivisible » de plus en plus de voix se font entendre pour récupérer leurs cultures et leurs Histoires, de plus en plus de forces centrifuges se font jour en Alsace, en Bretagne, en Catalogne, en Corse, en Comté de Nice, en Pays Basque et en Savoie pour réclamer ce qui leur est du.
Notre Pays Niçois entretient des liens forts avec le Piémont, bien sûr, mais a renoué avec la Savoie, la Ligurie, le Val d’Aoste, les cantons de Genève, de Vaud et du Valais dans un ensemble qui se construit, patiemment, jours après jours, celui de l’Arc Alpin. Tous ces anciens états de la Maison de Savoie veulent renouer avec leur passé au sein d’une grande euro-région de l’Arc Alpin, non pas dans cette usine à gaz qu’est l’Union Européenne technocratique mais bien dans une nouvelle Europe, l’Europe des Peuples.

C’est pourquoi, les 6 et 7 septembre 2014, date anniversaire de la fin de l’occupation française de 1706, une forte délégation Niçoise (issue de plusieurs associations nissardes) se rendra à Turin, pour célébrer avec leurs frères Piémontais et Savoisiens, la « Fête Nationale des Anciens Etats de la Maison de Savoie » (la Festa naciounala dei viei estat de la Maioun de Savoia).
Robert Marie MERCIER