Terres Hautes

Il est des livres qui vous marquent car ils parlent au plus profond de votre être et font vibrer votre âme.  Ces livres qui font remonter des souvenirs enfouis dans votre mémoire et que l’on croyait, à jamais, oubliés.

 

Je voudrais vous parler des sensations que peut procurer la lecture d’un tel livre lorsque vous avez la chance d’en tenir un entre vos mains. Cela m’est arrivé dernièrement, quand j’ai eu le livre d’Alain Grinda, « Terres Hautes », entre les mains.

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Nous voila transporté sur les plus hautes terre de notre Comté en un temps où la vie était rude, le confort sommaire et le travail très dur. C’était un temps où les hommes ne se plaignaient pas et acceptaient leur sort tout en essayant de l’améliorer. Il savaient que la nature pouvait être hostile comme, à l’inverse, leur apporter tout le bonheur possible.

L’auteur nous entraine dans ces coins de montagnes devenus souvent incompréhensibles aux citadins que nous sommes devenus.

Aujourd’hui, il nous suffit de tourner un bouton pour avoir la lumière, d’appuyer sur un autre pour être aussitôt chauffés, de se servir dans des étals bien garnis pour avoir la nourriture dont nous avons besoin et de tourner un robinet pour que l’eau jaillisse. Et, le soir, les informations (souvent peu joyeuses d’ailleurs) et les divertissements nous arrivent par le biais de la télévision.

Nous avons vite fait d’oublier qu’en ce temps là, pour se chauffer, il fallait faire son feu et le surveiller, pour s’éclairer, il fallait préparer la lampe à huile ou à pétrole, pour se nourrir, il fallait chasser ou partir à la cueillette, sans compter qu’on devait sortir pour aller au puits chercher l’eau ou à la ferme chercher le lait cru (qu’il fallait ensuite faire bouillir). Et, le soir, c’était lors des veillées que l’on se rassemblait et que certains donnaient des nouvelles « d’aqui et d’aia » quand d’autres, par leurs récits égayaient les soirées.

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Notre vie moderne nous a conduit à des vies plus autocentrées et individuelles. Car, si la vie était dure, chaque acte accompli renforçait le lien communautaire du village et cela était encore plus vrais dans ces « Terres Hautes » pour ces gens qui vivaient loin de tout.

Les récits d’Alain Grinda sont toujours une source d’émerveillement. Chaque fois, nous nous laissons prendre par ses récits dans lesquels le sacré est tellement présent. Non pas le sacré qui a été codifié dans les « livres » des Dieux uniques, mais ce sacré bien plus ancien émanant de la terre et des éléments, ce sacré païen qui remet l’homme à sa juste place au sein de la nature, ce sacré qui associe, à la fois, le bien et le mal comme deux composantes essentielles de ce qu’est l’être humain.

Et c’est bien pour cela que nous suivons l’auteur dans ses récits d’une époque où le réel se mélangeait avec la légende. Il nous entraine très loin de notre quotidien pour nous faire partager la vie de ces femmes et de ces hommes de chez nous, dont la vie était une lutte permanente contre les éléments et contre les préjugés. Cette lutte qui leur semblait naturelle puisque leurs pères vivaient comme cela avant eux et leurs grand-père avaient fait de même avant leurs parents. C’était un temps où il y avait des repères transmis de générations en générations. C’était un temps où il y avait des secrets, de lourds secrets parfois, de ces secrets qui pèsent tant et que l’on ne peut les partager. C’était un temps où l’on parlait peu; on ne parlait que lorsque c’était nécessaire voire indispensable (… et encore).

Nous avons aimé ces clins d’œil qui nous ramenaient à des œuvres précédentes d’Alain Grinda, à des histoires dont nous avions apprécié la lecture dans des livres plus anciens.

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Car, la constante de ces histoires, que nous offre l’auteur, se situe dans l’évocation d’une mémoire collective de nos montagnes qui fait que, même dans des histoires fort différentes, nous poursuivons le même chemin.

Enfin, je dirai, que dans ces histoires des « Terres hautes », aussi dures puissent elles être parfois, il y toujours de l’amour, un profond amour que nous partageons avec ces gens d’en haut, car nous nous reconnaissons en eux.

Pour terminer mon propos sur ce livre que j’ai dévoré, j’ai noté un « fil rouge » qui se déroule tout au long de ces récits. La plupart des histoires se passent à la période de Noël, « lou temp de Calèna ».

C’est pourquoi je vous conseillerai fortement, puisque nous allons entrer dans cette période des fêtes de fin d’année, non seulement de l’acheter et de le lire (pourquoi pas lors de la veillée de Noël) mais aussi de l’offrir à ceux que vous aimez ou à vos amis à qui vous voudriez faire découvrir notre pays et le leur faire aimer.

Lou castèu

Terres Hautes  (Contes, fables et récits) de Alain Grinda aux éditions « Gilletta ». Edition brochée, 160 pages,format 15×21 cm, prix public: 16.50 €