Entretien avec…Serge Chiaramonti

Ceux qui s’intéressent à la culture niçoise ont sûrement entendu parler de la FACN (Fédération des Associations du Comté de Nice)

Mais, combien savent qui est derrière dette association, qui la dirige, quels sont ses buts …? Nous sommes allé à la rencontre de son président pour tenter de mieux vous la faire connaitre.

Robert-Marie MERCIER: Serge Chiaramonti, bonjour et merci de nous accorder cet entretien pour le site « Racines du Pays Niçois ».

Serge CHIARAMONTI: bonjour et merci de m’accueillir dans ce site. C’est réellement un plaisir pour moi.

SC

RMM: parlons un peu de vous et de votre vie. Vous êtes né ici ?

SC: Bien sûr, je suis Niçois, né à Nice, en 1960 à la clinique Emmanuel Philibert, au sein d’une famille nissarde.

RMM: Dites nous quelques mots sur vos parents

SC: mes parents habitaient, à l’origine, rue Defly. puis, nous avons bougé. Ce fut le quartier Saint Roch Boulevard Virgile Barel et, plus tard, mon épouse et moi migrâmes vers Nice Nord à Saint Pierre de Féric

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RMM: Que faisaient vos parents ?

SC: Mon père était peintre en carrosserie et ma mère, femme au foyer (elle nous a élevés) tout en travaillant un peu au quartier Lépante.

RMM: Vous êtes donc issu d’une famille populaire niçoise et sans doute, dès la prime jeunesse, vous avez été bercé par cette culture.

SC: Effectivement, dans ma famille on parlait le « niçois ». De plus, tout les étés, et ce jusqu’à l’âge de 15 ans, j’allais à Tende, pays de ma grand-mère maternelle,où l’on pratiquait la langue. De la même façon, dans la famille de son mari on parlait également le « niçois » et dans celle de mon père. C’est dire que cette langue, bien qu’interdite par le pouvoir, m’était familière.

RMM: Assurément, j’ai bien compris que vous étiez immergé dans cette culture et cette langue, mais qu’est-ce qui a fait que vous vous soyez engagé dans la défense de ce patrimoine ?

Mais

SC: en fait, une rencontre tout d’abord avec Francis Gag dans les années 80, puis avec Jean Luc Gag dans les années 90 a été l’étincelle qui a déclenché mon engagement.

RMM: Mais vous étiez déjà bien sensibilisé à la pratique de notre langue et à notre culture ?

SC: Bien sûr, car j’ai eu la chance de rencontrer des enseignants animés de cette volonté de promouvoir notre langue. Par exemple, lorsque j’étais à l’école Rothschild, ce fut Madame Girard qui m’a initié à l’étude de cette langue niçoise. Elle fait partie des gens qui ont guidé mon chemin. Ensuite, au collège, j’eut la chance d’avoir comme enseignants deux personnages indiscutables et incontournables de la langue et de la culture nissarde que sont Raoul Nathiez et Roger Gasiglia. Enfin, quand j’étais au Lycée Masséna, en même temps qu’Hervé Barelli, j’ai eu comme prof André Compan et Adolphe Viani.

RMM: Vous vous êtes donc dirigé vers l’enseignement de notre langue ?

SC: Non, au sortir de mes études, peut-être influencé par le métier qu’exerçait mon père, j’ai travaillé, pendant un certain temps, dans le domaine automobile. Chez Renault dans les années 80, puis chez Ford. Dans le quartier Riquier d’abord, puis à Monaco. Ensuite, j’ai travaillé chez un distributeur de jeux, bien connu des Niçois, Contesso. Puis, je suis revenu à mes premières amours, si je puis dire, c’est à dire dans l’automobile chez Ford.

RMM: C’est après cela que vous embrassez une carrière d’enseignant ?

SC: Effectivement, sentant que mes emplois pouvait être remis en question du jour au lendemain, signe de notre époque, je me suis posé la question de savoir si je ne pouvais pas me lancer dans l’enseignement. Les réflexions de certains de mes amis en ce sens m’y encourageant.Je me suis lancé dans les études pour l’enseignement de l’histoire et géographie puis au début des années 90 celui d’enseigner la langue devient possible et évident pour moi. Je me lance donc dans cette direction en m’inscrivant à la faculté d’Aix en Provence avec le statut de salarié (nous pouvions avoir certaines facilités à ce moment là).

RMM: vous êtes donc allé faire vos études supérieures hors du Comté ?

SC: Pas exactement. Je suivais mes études à Aix par correspondance jusqu’à la licence terminée à Nice car licencié entre temps de mon travail. J’ai entrepris un DEUG à Aix suivi d’une licence que j’ai d’ailleurs fini à la fac de Nice. C’est à cette occasion, à la fin de mon cursus universitaire,  que je fais la connaissance de Paul Castella, puis, une rencontre importante va suivre, celle avec Roger Rocca qui était alors conseiller au Rectorat. c’est lui qui me pousse à continuer plus loin mes études d’enseignant. Je réussis le CAPES en 1996.

RMM: Et , alors, vous devenez enseignant de Nissart ?

SC: je débute par un stage au collège de Contes où j’étais rattaché adminstrativement, stage à la suite duquel je passerai titulaire dans ce collège. Je vais ensuite enseigner dans plusieurs endroits, le collège de Contes, bien sûr, mais aussi le collège Antoine Risso et le collège Jean Giono. Finalement, le poste du collège de Contes, dont j’étais le titulaire est officiellement créé, assurant ainsi la pérennité de celui-ci. Et je suis encore aujourd’hui enseignant du Nissart à Contes.

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RMM: C’est cette volonté de transmettre aux jeunes générations qui vous a poussé à agir dans le domaine culturel, sans doute ?

SC: Tout à fait, j’ai senti ce besoin de m’investir dans la défense de la culture de notre Pays Niçois. Et, à cet égard, une rencontre a été à l’origine de mon engagement. J’ai rencontré Jean Marc GIAUME, en 1996, à la faculté, alors qu’il créait la FACN (Fédération des Associations du Comté de Nice). Il me demandat de participer à cette aventure, ce que j’acceptais bien évidemment. Et j’en ai été le secrétaire général lors de la naissance de la FACN. Depuis, je suis resté fidèle à cet engagement en étant, par la suite, Trésorier de l’Association puis, pour finir Président.

SC et JMG

RMM: Aujourd’hui, le président que vous êtes est il satisfait des progrès de l’association sous votre direction ?

SC: Oui, très content de voir la progression de la FACN. Imaginez, nous avions 30 associations en 2008 et, aujourd’hui ,il y en a 50 qui sont adhérentes de la FACN.

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RMM: Comment envisagez vous le rôle de la Fédération ?

SC: Comme son nom l’indique, elle pour rôle premier de fédérer toutes ces associations . Cela se double d’un rôle d’aide auprès de ces associations qui peuvent venir nous consulter quand elles ont des problèmes d’administration ou de gestion. Nous pouvons également leur ouvrir des portes. Enfin, nous un important relais de communication de leurs actions et manifestations.

Bureau
RMM: Je sais que vous êtes insatiable et que vous avez d’autres cordes à votre arc. Parlez nous un peu du Théâtre.

SC: Vous voulez parler du « Rodou Nissart » sans doute. Cela s’est fait naturellement quand je rencontre Steve Betti en 2002/2003 et que j’accepte de rentrer dans la troupe. Cette troupe théâtre avait déjà pas mal d’heures au compteur quand j’arrive. Elle fut créée en 1977, au Collège Roland Garros par Raoul Nathiez. Celui-ci la tiendra à bout de bras quelques années avant de passer le flambeau à Jean Christophe Grasso qui, lui même, passera le flambeau à Steve Betti. Il y aura plusieurs créations qui seront jouées à côté du répertoire classique comme « La Rosa », « La Sabatière » et « Recordance ».
Puis quand Steve Betti se retirera, trop occupé à ses nouvelles fonctions, je deviendrai Président par défaut (personne ne voulant prendre la suite et moi-même étant désigné par les membres de la troupe).

Amalgame
RMM: Vous avez continué à produire de nouvelles pièces de théâtre en niçois ?

SC: Sous ma présidence, nous avons créé sur scène et joué des pièces de Reinat Toscano « Revira Meinage » et « Misteri au Commissariat », que nous jouons toujours là où l’on nous appelle.

RMM: Vous renouvelez le répertoire ?

SC: Je me dois de vous dire que les pièces sont jouées, en général, un an à un an et demi. Et, pour ce qui concerne la périodicité, nous jouons, en moyenne, une fois par mois.

Lo Rodou Nissart
RMM: Quels sont les effectifs de votre troupe ?

SC: actuellement nous tournons avec 13 à 15 membres environ.

RMM: Vous avez des projets de développement ?

SC: D’ores et déjà, nous sommes présents, depuis 2015, dans les Estivales. Quant aux projets, nous souhaitons, bien sûr, être présents le plus possible sur le devant de la scène.

RMM: Cela vous fait de nombreuse « casquettes  » à porter (comme d’ailleurs un bon nombre de ceux qui agissent dans le même sens que vous) ?

SC: C’est vrai que nous devons nous démultiplier et cela continue puisque depuis cette année je suis Secrétaire du CAT.

RMM: Nous ne pouvons que vous dire bravo et bon courage et, surtout, merci de nous avoir accordé un peu de temps pour que nos lecteurs vous découvrent.

FACN
SC: Merci à vous.