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RESISTANCE !

Village de Castellar (Castéla, Countéa de Nissa)

Tout le monde a lu les albums d’Astérix le Gaulois et se souvient de son petit village qui résiste  dans la Gaule occupée.  Savez vous que, plusieurs siècles après, un autre petit village du païs mentounasc, résiste lui à l’envahisseur gaulois (c’est l’histoire inversée, quand on sait que ce village, s’appelle  Castellar, dont le nom ne laisse aucun doute sur les origines: des romains encerclés par des gaulois). Dernièrement, une grande journée festive fut organisée, pour l’affirmation de l’identité Nissarde du village de Castellar, à l’occasion des 150 ans de l’annexion du Comté de Nice par la France. L’association « Sian d’Aqui«  était venue offrir une plaque d’entrée de la ville – « Castéla, Countéa de Nissa » qui ne laissait aucun doute sur la volonté des habitants du pays de s’affirmer comme tel. De nombreux conférenciers de renom se succédèrent pendant la journée à la tribune  (Benvenuto, Martin, Rocca), captivant le public présent, heureux d’apprendre l’histoire de son pays autrement que par la version officielle qui nous est servie depuis des années en France. Je ne résisterai pas au plaisir de vous transcrire, ici, le discours de Madame le maire de Castellar, prononcé à l’occasion de la fête Castellarenque. Même si nous pouvons avoir un avis différent sur tel ou tel point (des détails, d’ailleurs, car l’essentiel nous est commun), ce discours courageux d’un élu du Païs Nissart mérite d’être porté à votre connaissance.

 » Mes Chers Amis,

Nous voici tous réunis pour une occasion vraiment unique…spéciale…

Nous voici réunis pour fêter le 150° anniversaire …du rattachement…de l’annexion…du Comté de Nice à (ou par) la France. En utilisant les deux mots, car je voudrais souligner que je ne veux en aucune façon être à l’origine du regain d’une polémique qui n’a que trop duré. Je voudrais vous donner les bases et le cheminement des idées que m’ont inspiré l’anniversaire d’un évènement qui a marqué définitivement le destin du Comté de Nice et, bien évidemment, par  voie de conséquence, le destin de notre village.

A 150 ans de distance, loin de l’aveuglement des tensions émotionnelles…loin des intérêts économiques immédiats…on voit bien que le Comté ne fut qu’une monnaie d’échange  diplomatique payant les services rendus par un potentat à un autre: témoins, les accords secrets de Plombière et les marchandages de dernières minutes de maquignons dûpés achevant de démembrer le Comté…(je parle de Tende et La Brigue occupés en 1860 par les bersaglieris de Victor Emmanuel II qui ne reviendront dans le giron du Comté qu’en 1946,  je pense aussi aux troupes de Napoléon III sur trois vaisseaux croisant en Baie des Anges,  je pense aux bureaux de vote tenus par des soldats français…etc)

A 150 ans de distance…on voit mieux que le référendum ne fut que l’aboutissement d’une grande manipulation commencée par Charles Albert qui délaissa le développement économique du Comté (pas de trains, peu d’infra-structures) et continuée par Cavour, Ministre de Victor Emmanuel (digne fils spirituel de Macchiavel) qui supprima les franchises portuaires et donna la préférence à Gènes (ce qui eut pour effet de supprimer l’arsenal de Villefranche)..Manipulation, également, du clergé, L’Evèque Pierre Sola en tête (le curés étaient chargés de la propagande au sein d’une population trés croyante), votes à mains levées pour certains bureaux de vote. Le correspondant du « Times » de l’époque écrit:   « le plébiscite de 1860 fut la farce la plus abjecte qui n’ait jamais été jouée dans l’histoire » (il y avait déjà un tourisme anglais dans notre Pays).

Donc, « Rattachement volontaire » voulu par une population trahie et manipulée ou « Annexion » que voulait réussir un empereur (le troisième) en mal de conquêtes pour parfaire celle que son oncle (le premier) avait ratée…Donc, annexion, rattachement, les mots sont peu de choses en regard des transformations que va subir le Comté.

Bien des Niçois eurent à regretter leur choix.

Avec le train promis en récompense, débarquèrent les affairistes et leurs capitaux qui ne laissèrent que quelques miettes de leurs enrichissements…

Une admnistration pesante Francofrançaise, lourde (voire méprisante) se met en place, des plaisanteries bien grasses sur les Niçois (comme celles sur les Corses ou les Belges)  circulent dans les milieux « pounchut »,  les lieux géographiques  ( plus que millénaires. NDLR) sont traduits (avec la justesse que l’on sait),  les règles de droit changent, la cour d’appel est transferrée à Aix en Provence (elle y est toujours), les enseignements supérieurs sont démantelés…

De la capitale régionale de Charles Félix, ne restait qu’un petit chef  lieu d’un petit département frontalier vite oublié par le Prince Président.

Si la troisième république sut pallier au désintérêt du second empire, par la réalisation d’infrastructures, dont les Niçois n’eurent qu’à se féliciter par un développement rapide, boosté par le tourisme naissant des têtes couronnées (les peoples de l’époque…) peut être trop rapide d’ailleurs, et su faire taire les mouvements autonomistes de l’époque, elle n’en appliqua pas moins la règle du centralisme et le Comté, petit à petit, vit son âme s’étioler au fil des décennies et des gouvernements successifs pendant près d’un siècle. (le seul enseignement supérieur, jusqu’en 1960, ne fut il pas l’école Normale ?…ou se formatait les instituteurs de la république, gardiens et transmetteurs des valeurs de cette même république…instituteur…le mot est bien dans l’esprit. Si on voulait faire des études supérieures il fallait aller ou l’on parlait français).

Une terre forge son peuple par ses habitudes à le faire vivre, la terre du Comté a donné des hommes et des femmes rudes et solidaires qui ont été fidèles à leur nouvelle patrie en témoignent les plaques de nos monuments aux morts.

Et, finalement, on peut dire avec Bessi que l’intégration du Comté à la France fut un exemple de colonisation réussie,et que la grande majorité des Niçois se sentent aussi français que la grande majorité des Bretons, des Alsaciens ou des Basques.

Mais un individu cherche ses racines et son appartenance par delà la volonté des politiques.

De plus en plus, fleurissent les associations les recherchant (je dois ici remercier l’équipe rédactionnelle dou Païs Mentounasc pour les richesses des informations fournies , sa documentation et le travail fourni). Je dois, aussi, remercier, particulièrement, Pascal Brun, pour son travail de fond à Castellar pour tout ce qui est patrimoine et pour l’organisation de cette journée.

…succédant aux Rancher, Guisol, Rondelli, Francis Gag, Compan, Sauvaigo, Scatenna et bien d’autres (la liste est longue de ceux qui entretiennent la langue dans son verbe, son esprit et ses particularismes locaux…) il est quand même révélateur et sympathique que les supporteurs de l’OGC Nice chantent l’hymne Niçois, même si, pour la plupart, ils n’ont jamais été bercés dans cette langue.

Bien sûr, ces regains d’intérêt pour les langues locales, la vivacité des groupes folkloriques, des associations de préservation de l’identité, prêtent à sourire dans certains milieux »pseudos intellectuels » dont les idées s’apparentent aux idéologie laminatrices qui ont porté nos sociétés dans l’uniformité la plus désolante où le hamburger et le coca remplacent le Barbajouan et la Socca.

En fait, la culture du Comté ne se limite pas  à ces évocations culinaires et je vous engage à faire un tour sur le « net » pour voir tout ce qui se crée encore en langue Niçoise: chansons, poèmes, théâtre et spectacles.

L’évolution des libertés fait que, maintenant, il est possible de préserver nos racines et de renouer avec le passé.

Vouloir une indépendance bien sûr, relève de l’utopie, dans le contexte mondial actuel, mais faire partie d’une Europe où chaque région serait une entité respectée dans ses origines, sa langue, ses coutumes et ses activités, entité participant à un devenir européen commun serait redonner à notre Comté et à notre village un destin qui lui soit propre dans le prolongement de ses origines.

Je vous invite, dans cette perspective, à suivre les conférences que feront Messieurs Benvenuto et Martin et Monsieur et Madame Rocca…bien plus compétents et talentueux que moi sur le sujet. l’identité du Comté et de Castellar y sera éclairée sous différents aspects. Et, peut être, pourrez vous dire un jour, comme beaucoup qui revendiquent leur appartenance à ce petit bout des Alpes  qui baigne ses oliviers au soleil: « Sian Nissart! »  (H. Layet, Maire de Castellar)

Nous n’avons rien à ajouter à cette conclusion.Puissent d’autres femmes ou hommes politiques du « Païs Nissart » s’en inspirer!