Entretien avec…Fabrice MAURO (Sian d’Aqui)

Sian d’aqui…. e minga d’aïa

 

suivant la ligne que nous nous sommes fixé sur ce site, à savoir mettre en ligne tout ceux qui font la culture « Nissarde » au quotidien et pour appliquer notre devise : « Tout ce qui est Nissart est notre », nous sommes allé à la rencontre du Président de l’Association « Sian d’Aqui », Fabrice Mauro.

Fabrice Mauro

Une association qui œuvre dans « lou nouostre païs » depuis pas mal d’années déjà.

Robert Marie MERCIER : Fabrice Mauro, bonjour. Je suis heureux de vous rencontrer pour que vous nous parliez de l’association « Sian d’Aqui », association que vous dirigez, de son histoire depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, des actions menées, et des projets à venir.

Fabrice Mauro : Bonjour, moi aussi, je suis très content de pouvoir m’entretenir avec vous pour éclairer vos lecteurs sur les tenants et aboutissants de notre association.

RMM : Alors, Sian d’Aqui, depuis quand ?

FM : Et bien Sian d’Aqui, à l‘origine, est né d’une idée orpheline de Jacques Médecin. En 1990 Jacques Médecin abandonne la mairie de Nice et part à Punta del Este : presque aussitôt, une association se crée, suscite un engouement formidable, plusieurs centaines d’adhérents en quelques jours, et  provoque des évènements importants sous l’impulsion d’un homme André (dit Dédé) Truqui, alors au sommet de la vague (homme de culture musicale et théâtrale, Radio Baïa de Ange, Tanta Vitourina, lou Papé, etc).

RMM : Mais, l’Association qu’avait créé Dédé Truqui n’était pas encore « Sian d’Aqui » me semble t il ?

FM : Non, en effet, l’association de départ s’appelait « Sian de Nissa » qu’il avait monté avec quelques copains dans les années 90. Cette association a pris rapidement de l’importance, mais, pour son malheur, la politique s’en est mêlée avec toutes les tares que véhicule la politique politicienne et cela a nuit à la bonne marche de l’association. Le succès aidant,  les « ego » sur dimensionnés se sont révélés et  assez vite tout cela a explosé.

RMM : Cela aurait pu être la fin de l‘histoire, non ?

FM : Segur, mais il faut reconnaître le talent de Dédé Truqui pour rebondir et il a très bien imaginé ce qui devait faire suite à « Sian de Nissa » (rendons lui grâce pour cela) en créant « Sian d’Aqui ». Mais, il ne s’est pas contenté de remplacer un terme par un autre car le titre complet de la nouvelle association était « Sian d’Aqui – Nissa e Countéa ». Et cela c’est important, c’est une idée qui m’a beaucoup plu car on englobait plus de 100 communes dans cette nouvelle structure.

RMM : Mais, cette évolution positive s’est effectuée à quelle époque. ?

FM : En fait, il s’est écoulé dix années entre la création de « Sian de Nissa » et son implosion qui a mené à la création de « Sian d’Aqui », création de notre association actuelle qui s’est faite en 2000.

RMM : Et tout de suite, l’association a repris du poil de la bête ?

FM : Non, il y avait peu d’adhérents et elle vivotait. Mais, et c’est en cela que l’action de Dédé Truqui a été fondamentale, car elle a permis de maintenir ce qui pouvait l’être. Sans sa persévérance, nous ne serions pas là à parler de ce que nous faisons pour la culture Nissarde.

RMM : Et vous avez repris, cette association à ce moment là ?

FM : Non, pas du tout. A cette époque j’étais membre de la jeune chambre économique et la jeune chambre avait un stand à la Foire de Nice, mais les membres ne se bousculaient pas pour tenir ce stand. On m’a refilé le « bâton merdeux » en me confiant la tenue du stand JCE sur la foire. J’ai accepté le bébé, à la condition de pouvoir faire comme je l’entendais. J’ai donc créé un concept qui s’appelait « a cadun la siéu Nissa » (à chacun sa Nice)  et j’avais monté mon projet sous forme d’ateliers avec mon équipe : il y avait l’atelier langue, l’atelier histoire, l’atelier art, l’atelier sport, l’atelier gastronomie, etc. Et chaque après-midi, on faisait venir des intervenants de renom  tel l’OGC Nice pour le sport, l’Ecole de Nice pour les arts…du beau monde quoi ! Et le premier jour, nous recevions les invités de l’atelier traditions et les seuls qui sont venus, ce sont deux papys de « Sian d’Aqui » (j’avais, pourtant, contacté pratiquement toutes les associations Niçoises, sans avoir de réponse de leur part). Ces deux soci de « Sian d’Aqui » ont passé la première journée avec nous, et le soir, ils nous ont demandé s’ils pouvaient revenir le lendemain. On leur a répondu : on veut bien, mais, demain le sujet est l’art. Et eux de nous dire : c’est pas grave, l’art ça nous intéresse. Puis chaque soir ce fut la même chose. Nous avons, ainsi, passé une semaine ensemble. Et, en fin de compte, nous avons fait le constat réciproque que l’on ne pouvait se quitter comme çà, cela aurait été un déchirement.

RMM : Et, alors, vous les avez fait rentrer à la JCE ?

FM : Bien sûr que non, mais, en revanche, eux nous ont sollicité pour dynamiser l’action de leur association « Sian d’Aqui ». Ils nous ont dit : l’association est vraiment en sommeil et il faudrait la réveiller, vous avec vos copains de la jeune chambre, çà pourrait marcher. Qu’est ce que vous en pensez ? Moi, pour ma part, je n’en voyais pas l’intérêt et je n’étais pas très chaud pour m’engager. Alors, ils ont insisté : Ecoute, pour le moment, on ne fait pratiquement rien et tu aurais la liberté de pouvoir proposer des trucs pour qu’on « boulègue » comme tu l’as fait sur cette foire. Finalement, je me suis retrouvé dans une assemblée générale de l’   association au cours de laquelle j’ai été bombardé président de « Sian d’Aqui » ;

RMM : Et vous situez cela à quelle époque ?

FM : C’était en 2002, deux ans après que Dédé Truqui eut créé l’association. J’ai, donc, fait entrer des copains de la JCE et nous avons, tout d’abord essayé de savoir comment on pourrait agir. La première des façons d’agir, est propre au Niçois, c’est de revendiquer, c’est de râler, de « rougna » à propos de tout et de rien (Oui, tu ne fais que râler !…. C’est vrai, mais si on nous avait laissé tranquille, on ne serait pas à là à râler). La deuxième façon de procéder était de se dire : montrons ce que nous savons faire, valorisons ce que nous avons fait et faisons de bien. Ainsi les regards se porteront sur nos réalisations et on pourra les exporter à l’extérieur. En revanche, les colloques, réunions, séminaires, très peu pour nous, nous allons nous lancer dans des actions concrètes. C’est ainsi que nous avons créé la lettre de « Sian d’Aqui » (lettre qui paraît encore de nos jours), nous avons lancé l’action à propos de « 1388, création du Comté de Nice » Alors, bien sûr, la date est peut-être contestée par un certain nombre (et est peut-être contestable) mais c’est le symbole qui compte.  Que l’on nous laisse faire notre fête nationale à nous, le quatorze juillet ne représente rien pour les Niçois. En parallèle, nous avons lancé l’opération plaque en double affichage pour l’entrée de nos villes et villages : et là, on a commencé par ramer, avant que cela ne démarre vraiment ; en quatre ans nous avons du, au maximum,  poser 6 plaques (Actuellement, nous en sommes à 85, car tout est monté de façon exponentielle et, à cet égard,  l’année écoulée a été très éprouvante, il a fallu se  démultiplier tant les demandes étaient pressantes). Dans le même temps, nous avons lancé les « Fourres de Rire », un festival annuel humoristique permettant de lancer de jeunes talents de chez nous. C’est vrai qu’au début, les « Papys » et les « Mamies », comme j’aime appeler, affectueusement, les membres plus âgés de l’association qui étaient là avant nous, étaient un peu affolés devant l’ampleur du programme que nous avions mis sur pied.

RMM : En fait, d’une association qui vivotait sur un mode purement convivial, vous avez voulu faire une vitrine de notre culture Nissarde, montrer que nous existons, affirmer qui  nous sommes ,nous les  Niçois ?

FM : Bien sûr, nous pouvons être fier de ce que nous sommes et surtout  d’être resté ce que nous sommes, après toutes les vicissitudes de l’histoire.  En premier lieu, nous sommes apolitiques, en ce sens que notre action se situe ailleurs que sur ce terrain là. On nous a affublé de toutes les tendances depuis le front national jusqu’à l’extrême gauche, cela devient risible et nous ne répondons plus à cela. Sian d’Aqui a dix ans et nous n’avons pas à nous justifier de quoi que ce soit. Nous sommes apolitiques et militants. Nous faisons partie d’une constellation de diverses associations ou personnes qui, à leur niveau, comme nous, défendent ou promeuvent la culture Niçoise. Chacun fait ce qu’il a à faire dans son coin  et nous trouvons cela très bien car nous sommes complémentaires. Mais ce qui est gonflant, c’est qu’il y a un personnage, connu de  tous, qui  s’érige en statue du commandeur pour décerner des satisfecit et des brevets de bonne Nissartitude. Mais, lui, qu’est ce qu’il fait, à part juger non pas nos adversaires mais ceux qui sont censés se trouver dans le même camp. Basta ! A part mettre en avant son arbre généalogique, qu’est ce qu’il fait ?

RMM : Il est un fait qu’il passe son temps à jeter des « fatwas » contre tout ce qui et Nissart. C’est peut-être une taupe ! D’autant qu’il se complait à faire le vide autour de lui, ce qui lui évite d’avoir des contradicteurs.

FM : Surtout quand on cherche à décrypter sa ligne politique : il passe des années à allumer « sa très haute suffisance » comme il se plaisait à appeler un ancien maire de Nice pour, au final, dés l’approche des élections municipales rejoindre la liste de celui qu’il dénigrait un mois avant. Je serais lui, si je devais sortir dans Nice, je me laisserai pousser une longue barbe pour ne pas être reconnu ou alors je partirai à Punta del Este. Alors, il a beau critiquer ce que nous faisons, par exemple dans le domaine du spectacle humoristique, car ce n’est pas très sérieux d’après lui, mais nous nous sommes fiers d’avoir fait et de faire cela.  En montant les « Fourres de Rire », nous avons montré que les Niçois sont capables de promouvoir leurs jeunes talents sur scène, sans avoir à s’exiler et galérer beaucoup plus hors de chez eux. D’autant que, lorsque leur valeur professionnelle a été reconnue ici, ils peuvent se faire engager ailleurs et particulièrement dans l’hexagone voisin. Nous en avions assez de voir de jeunes Niçois être obligé d’aller faire reconnaître leurs talents sur les scènes Marseillaises ou Parisiennes. Nous avons monté des plateaux découvertes ou ils ont pu être appréciés par le public, élus par ce public, puis passer en tête d’affiche  et…il y a moins d’un mois, je passais devant le « Théâtre de dix heures », à Paris, et j’ai vu, à l’affiche, deux de nos jeunes talents issus de nos planches. Ca m’a tellement ému que j’ai pris une photo de l’affiche du théâtre. Et bien, nos pouvons être fier d’avoir mis le pied à l’étrier à nos jeunes artistes. Ca c’est du concret. Alors, le « procureur », dont nous parlions tout à l’heure, peut nous dire que nous avons une action de saltimbanques, il n’empêche que notre bureau de « Sian d’Aqui » peut être fier de ses actions. Pareil pour les plaques bilingues à l’entrée des villes et des villages du Comté de Nice, cela semble « folklorique » à certains, mais nous voulons marquer le territoire de notre « Pays » et ce qui est important, ce n’est pas tout le travail très important que nous devons faire pour poser une plaque (réalisation de celle-ci, prise de rendez-vous, cérémonie de pose) tout çà pour indiquer l’entrée d’un village, non, ce qui nous semble plus intéressant c’est de se poser la question : « Qui osera les enlever ? Quel maire prendra la responsabilité de les faire déposer ? » Voilà pourquoi c’est important pour la pérennisation de notre culture.  Voilà pourquoi nous avons tenu à identifier nos villes et nos villages en tant que partie du territoire du Comté de Nice (Countéa de Nissa).  Maintenant ce qu’en pensent certains ne nous fait ni chaud, ni froid.

RMM : C’est sûr, on ne peut s’arrêter aux critiques émises par des gens qui sont censés défendre le même camp. En tout les cas, nous à « Racines du Pays Niçois », même si cela nous agace et même si nous avons été attaqués par certains, nous garderons la même ligne : ne pas formuler la moindre critique à l’encontre de qui que ce soit parmi ceux qui ont une action favorable à notre Pays, notre langue, notre culture, notre histoire. Et nous ne critiquerons pas plus la LRLN de Roullier que d’autres, car, quelque part, ils font du bon boulot dans leur domaine. Et ce n’est pas parce que les stratégies des uns et des autres divergent que cela justifie l’invective ou les attaques injurieuses.

FM : D’accord, mais qu’ils s’occupent d’eux et nous laissent tranquilles.

RMM : Vous avez posé un grand nombre de plaques cette année, ce qui est une bonne chose. Cela démontre qu’il existe à un besoin d’identité très fort.  N’avez-vous pas l’impression que, la mondialisation galopante ayant fait exploser les anciens repères, les gens d’ici revendiquent plus fortement leur identité Nissarde ?  Nous avons même l’impression, que l’escalade dans l’exagération des célébrations de l’annexion de 1860, a eu un effet contraire à celui recherché : à savoir que, maintenant, beaucoup de Niçois, qui étaient indifférents auparavant,  se revendiquent comme Nissart.

FM : Cela va d’ailleurs beaucoup plus loin que ce non évènement des célébrations des « 150 ans ». Aujourd’hui, au prétexte que nous sommes Européens (ce qui est une réalité historique et géographique, bien sûr), la tendance actuelle  est à vouloir fondre dans le même moule tout les peuples d’Europe, en gommant leurs diversités qui a fait que l’Europe est ce qu’elle est, en en faisant des Européens indéterminés. Ce qui voudrait dire que, si nous suivons ce raisonnement biaisé, un Niçois serait identique à un Lituanien (avec tout le respect que je dois aux Lituaniens et à leur culture). Cela voudrait que un Niçois et un Portugais, c’est pareil…et bien non, j’aime bien les Portugais mais nous sommes différents. Sans compter que certains aimeraient faire des Niçois des Parisiens voire des Américains. Et bien, moi, j’ai la mer, j’ai la montagne, j’ai une façon de m’habiller, une façon de faire la cuisine et de manger, j’ai ma langue à moi…je suis Niçois et je ne suis pas Parisien, Portugais ou Américain. Et tout ça  fait que les gens ont une réaction pour s’affirmer encore plus fort de leur culture Nissarde.

RMM : Oui, cependant j’aimerai que les choses soient claires. Je pense que quand vous faites une critique de l’Europe, il s’agit en fait de l’Union Européenne actuelle qui n’est, en fait, qu’un grand marché ouvert aux quatre vents à l’image du marché mondial. Il faut se méfier des termes employés, car, par un glissement sémantique, le signifiant des mots peut varier fortement par rapport à ce qu’ils signifiaient à l’origine. N’oublions pas, et je le rappelle dans tous mes textes, que le « Païs Nissart » a toujours été au centre de l’Europe.

FM : C’est vrai, il faut bien définir de quoi nous parlons…je voulais, en effet, parler de  la structure européenne actuelle. Mais, en plus, il y a la France qui refuse qu’il y ait des Bretons, des Corses et des Niçois. Et, je pense qu’il prenne un risque énorme à agir ainsi : un exemple, le discours officiel se veut pluraliste en reconnaissant les langues dites minoritaires alors que dans le même temps on diminue, jour après jour, les moyens pour mettre en place l’apprentissage de la langue. Conséquence, les gens se sentent persécutés par le pouvoir central, tenus pour quantité négligeable, méprisés.  Le danger est de voir les revendications légitimes des régions enracinées se radicaliser. Il suffit que quelques inconscients montent la tête à des jeunes un peu fragiles pour que l’on se retrouve face à un drame, comme il  a pu s’en produire ailleurs. Et, si on n’écoute pas les gens responsables comme nous, les associations responsables qui plutôt que la violence préfèrent utiliser la persuasion voir l’indifférence ou le mépris, fatalement, à un moment donné, cela risque de déboucher sur la violence.

RMM : Maintenant, il faut peut-être voir les aspects positifs de l’Europe. On a vu de nombreuses nations se libérer, se séparer ou se rejoindre. Il y a eu une redistribution des cartes, et, à cet égard, une certaine forme de libération des peuples. Nous pourrions envisager cela comme une chance, car, nous avons de tout temps, nous Niçois, été dans l’Europe et nous avons constamment été terre d’Empire. Tout cela pour dire que la primauté de la Nation Nissarde par rapport à beaucoup de Nations actuelles, dont la France, nous autorise à faire valoir la richesse de notre culture alors que l’histoire officielle, depuis l’annexion, tend à faire croire au Français eux même qu’il n’y avait rien ici et que la France nous a amené la civilisation.

FM : Alors, non seulement ils ne nous ont rien amené, mais ils nous enlevé beaucoup de choses. Un exemple, la cour d’Appel qui a été envoyée à Aix juste après l’annexion, c’est une profonde injustice. Le problème c’est que les gens s’en foutent et que les politiques uniquement intéressés par la pêche aux voix, de ce fait, évitent le sujet : on va même jusqu’à te répondre « Mais Aix n’est pas d’accord et ne veut pas perdre une partie de se prérogatives » On croit rêver ! Et tout est comme ça. Pour toutes les infrastructures nécessaires, la démarche intellectuelle des Français est la même à notre encontre.

RMM : Nous abondons totalement dans ce sens. Et nous pensons qu’il ne fait rien attendre de Marseille ou de Paris. Nous pensons que notre avenir doit  s’inscrire dans une relation retrouvée avec le Piémont et Turin. Et surtout qu’il faut préparer les mentalités, dans ce Païs Nissart, à des changements voire des bouleversements inéluctables pour la survie de notre peuple et de sa culture.

FM : Je suis d’accord avec vous et avec cette forme d’action, mais cela n’empêchera pas ceux qui ont le pouvoir actuellement de nous étouffer  quand ils le voudront. Parce que le problème qui se pose à nous est soit d’être dépendant en demandant des subventions pour développer les évènements soit d’être autonome ce  qui nécessite d’avoir du temps. Comme nous n’avons ni le temps, ni l’argent, nous demandons des financements publics. Alors, certains vont nous dire « c’est scandaleux, vous demandez de l’argent aux français, donc vous êtes à leur solde »

RMM : Nous savons bien qui fait ce genre de remarques et ça n’a aucune espèce d’importance. Nous pensons, quant à nous, que ce n’est pas gênant de demander de l’argent public dans la mesure ou nous pouvons récupérer une partie de ce qu’ils nous ponctionnent par ailleurs et que si cet argent ne vient pas à Nice, il ira à Marseille. D’un autre côté, il y a le risque de voir la source se tarir si on déplait aux financeurs.

FM : C’est exactement ce qui nous arrive pour une phrase malheureuse et maladroite de ma part quand on nous a demandé de fêter le rattachement. Tout les dossiers de subventions ont été arrêtés et, pour des manifestations qui étaient bien établies dans le calendrier local, telles les « Fourres de Rire » et dont le lancement avait été programmé (avec les dépenses y afférent), nous nous sommes retrouvé gravement dans le rouge.

Que nous participions pas à ces manifestations des « 150 ans » semblait être une évidence pour tout le monde, que nous n’ayons aucun avis à donner peut se concevoir et que nous restions chez nous aussi. Mais, ce qui m’a  profondément déplu, ce qui nous a profondément déplu, ce sont ces articles qui laissaient croire qu’ils nous avaient amené la fourchette pour manger. C’est bien mal connaître l’histoire et avoir une volonté de nuisance certaine.

RMM : C’est bien pourquoi, nous sommes totalement indépendants à « Racines du Pays Niçois » pour pouvoir mener ce travail de longue haleine visant à changer les mentalités forgées actuellement par le pouvoir en place. Nous voudrions faire comprendre à tout ceux que nous rencontrons que retrouver notre souveraineté est un chose possible et viable dans le cadre d’accords avec d’autres nations (y compris la France, pourquoi pas, dans le respect de la liberté de choix de chacun). Nous voudrions faire venir à nous des responsables économiques pour leur faire valoir que ce n’est pas le volume territorial  d’un pays qui compte aujourd’hui, mais bien l’homogénéité de sa population pour assurer une stabilité nécessaire et mener des projets communs à leur terme. Nous pouvons démontrer que ce sont les petites nations en Europe qui induisent le plus de sécurité, de stabilité et de prestations sociales assurées. Voilà quel est notre ambition et nous pensons que ceux qui, tel « Sian D’Aqui », oeuvrent à nous mener vers une souveraineté retrouvée doivent continuer leur action  d’utilité publique.

FM : Oui, je suis d’accord avec cette vision des choses et pour le rapprochement avec nos cousins du Piémont. Il paraît évident que l’avenir va dans ce sens.

RMM : Ce me semble d’autant plus vrai que la France est pratiquement le seul état en Europe à avoir supprimé toutes ses structures de décisions intermédiaires (par exemple, il y avait des Parlements Régionaux sous l’ancien régime que la Révolution a supprimés). Et comme cet état jacobin centralisateur veut tout régenter depuis sa capitale, s’il n’évolue pas vers des structures fédérales, il risque d’éclater prochainement dans le cadre de la restructuration de la nouvelle Europe.

FM : Oui, il y a des échanges économiques très intéressants à développer avec le Piémont et la Ligurie et qu’il faut aller dans ce sens d’autant que l’Europe serait tout à fait favorable au développement et au financement de tels projets et que les Régions de l’autre côté de la frontière sont demanderesses. Alors que l’on voit que tous les projets qui impliquent la Région de Marseille sont bloqués par les intérêts particuliers des uns ou des autres.

RMM : Vous avez évoqué, précédemment, des problèmes financiers pour votre association : pourriez vous nous en toucher un mot ?

FM : En préambule, il faut que je précise pour vos lecteurs que nous avons pour principe à l’association « Sian d’Aqui »  de réinvestir 95% de nos recettes dans les actions que nous menons, il reste 5% de frais fixe de gestion. Quand nous percevons 10 €, 9.5 € sont utilisés pour nos actions et 5% servent au fonctionnement de l’association, il n’y a pas de permanents, pas de remboursements de frais, sans compter l’argent personnel que nous pouvons mettre dans certaines actions. Tout cela pour dire que si on nous supprime des recettes (telles les subventions destinées à certaines actions) on se retrouve dans la panade. Un exemple, pour le « Festin d’Aqui » ça nous coûte 23000 € et nous rentrons 18000 €. C’est pas mal comme rapport quand on sait que certaines manifestations coûtent prés de 200.000 € avec des recettes de 300 € ou quand on finance D. Guetta pour 250.000 € alors qu’il fait payer les places entre 100 et 200 €.  Pour nous le but est que d’ici trois ans les recettes propres de l’association (entrées, ventes, buvettes) financent la manifestation « Festin d’Aqui » en gardant des prix d’entrée abordables par les Niçois. Nous souhaiterions, à l’avenir, ouvrir le Festin d’Aqui à d’autres cultures enracinées tels des groupes Bretons, Catalans et autres. Il faut s’ouvrir aux autres pour ne pas se scléroser. Nous comptons bien développer cette manifestation qui rassemble 3000 personnes au bout de trois ans d’existence…mais nous devrions en avoir 20.000 si il y avait des organes de diffusion favorables à la culture locale. C’est bien ce qui nous manque ici.

RMM : C’est vrai que nous avons un public moins nombreux qu’en Bretagne par exemple, mais il faut dire que notre annexion est plus récente et que la prise de conscience a pris le temps de mûrir.

FM : A cet égard, le « Gym », notre club de football a été un facteur déclenchant et un bon vecteur d’identification. L’affirmation par tous ces jeunes de cette identité retrouvée, à vouloir être et rester ce qu’ils sont…des « Nissart fier de l’estre » en entonnant le « Nissa la Bella » au stade avant chaque match est une des premières actions fondatrices de la réappropriation de notre culture.

RMM : D’ailleurs, tout ceux qui m’approchent aujourd’hui et qui mènent des actions fort bien pensées sont des jeunes entre 20 et 30 ans. Cela est réconfortant d’un certain point de vue. Revenons à ces problèmes actuels dont nous avons dévié.

FM : Pour ce qui est des problèmes financiers que nous subissons aujourd’hui, il va falloir que nous nous retroussions les manches pour trouver des solutions diverses de financement (augmentation du nombre d’adhérents, entreprises partenaires,etc…) mais ce qui est paradoxal c’est qu’au moment ou nous sommes exsangues au niveau trésorerie, nous ne nous sommes jamais aussi bien porté en terme d’adhérents (750 adhérents dans tout le Comté soit 750 familles). Nous avons un bureau assez jeune et des projets plein la tête. L’association est en bonne santé morale mais elle  manque de fonds. Si nous arrivons à passer ce cap de début  2011 (c’est-à-dire à remonter notre trésorerie), nous avons un projet énorme pour septembre 2011, un truc fabuleux au niveau symbolique…mais dont je ne peux parler actuellement. Encore faut il que nous nous relevions. Il nous manque 10.000 €, c’est beaucoup et c’est peu. Si certains nous tendent la main, des entreprises par exemple, on s’en sort : 5 entreprises niçoises à 2000 € chacune et nous voilà tirés d’affaire.

RMM : Il ne faut pas que « Sian d’Aqui » disparaisse car elle fait partie des associations dont nous avons besoin dans notre combat.

FM : Touts les bonnes volontés seront les bienvenues. On peut nous joindre sur notre site www.sian-daqui.org , notre numéro de téléphone 04.92.38.12.53, par le journal qui est distribué gratuitement chez pas mal de commerçants, la permanence du vendredi matin de 10 H à midi au siège 3 rue Michel Ange, adhérer et si en plus on a un peu de temps à consacrer à l’association, il ne faut pas hésiter à venir nous rejoindre.

RMM : Fabrice Mauro, je vous remercie de nous avoir consacré un peu de temps pour mieux nous faire connaître « Sian d’Aqui ».

FM : C’est moi qui vous remercie et qui souhaite que nous puissions travailler en concordance avec « Racines du Pays Niçois » dans le futur.