Les scientifiques qui firent la renommée du Comté

Quand on évoque le Comté de Nice, sa langue et sa culture, il est courant d’être confronté à des clichés qui donnent une image peu sérieuse  de nos compatriotes.

 

Et pourtant ces clichés faciles, qui tendent à faire croire que la France nous a apporté la civilisation,  ne résistent pas à une analyse sérieuse de ce que fut notre culture avant l’annexion de 1860.

 

Quand on dit que le niçois n’est qu’une langue parlée, uniquement transmise par la tradition orale, c’est faux car nous savons que de nombreux ouvrages littéraires mais aussi scientifiques ont été écrits dans « la lenga nouòstra », dans notre langue. Quand on dit que la culture niçoise n’est que musicale et folklorique, c’est également faux, car s’il est vrai qu’il y a une très ancienne culture musicale dans le Comté de Nice, il existe aussi une culture picturale, une culture littéraire et ce qui est moins connu une culture scientifique qui a largement été pillée par la France. 

Le Fort du mont Alban 2

Nous allons essayer de vous tracer un portrait de ces grands anciens, qui ont marqué l’histoire de notre Comté dans le domaine des sciences, en tentant de conserver un ordre chronologique.

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Il nous faut signaler, en premier,  l’œuvre de Francès Pellos, (né à Nice en 1445), un célèbre mathématicien Niçois qui publia un ouvrage en langue niçoise sur l’arithmétique appliquée qui assurera une renommée incontestable de Nice en matière de commerce pendant le XV° siècle. 

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Cet ouvrage, imprimé en 1492 à Turin, est un véritable traité d’économie et également un code marchand.  Ce traité qui s’intitulait « Compendion de lo abaco »  a donné lieu à la première soutenance de thèse en langue nissarde à l’université de Nice (ce fut d’ailleurs la première thèse de toutes les langues d’oc) . Elle commence ainsi:  « Dieu done a mi gratia et sia en son plaser che fassa principi he fin de aquest compendion de abaco de art de arthmetica he semblantment dels exemples de jeumetria contenguts en los presents sequents capitols, losquals tracteray sub brevibus tant coma a mi sera possible, per che los citadins de la Ciutat de Nisa son subtils e speculatieus en ogni causa et specialment de la dichas arts. Non obstant ordenaray la presente opera per capitols, debitament entendabla a un cascun, per so que las dichas arts son necessari, nedum a merchans, mas ad ogni persona de che condition se vulha sia. Per so vulhas solicitar de aver la copia del present libre, en loqual veyres bel cop de subtilitas, coma s’ensegue apres comensant al present prumier capitol, de nummar, loqual s’ensegue. »    Il ne reste plus que 3 exemplaires  de cet ouvrage dans le monde et ce sont des spécimens de la plus haute valeur de la langue Niçoise du quinzième siècle. Dans son ouvrage, Pellos parle de Nice  qu’il désignait comme « Cap de Terra Nova en Provensa ».  Le livre se termine, d’ailleurs, sur ces mots:  « Complida es la opera, ordenada e conclida
Per noble Frances Pellos, citadin de Nisa,
Laqual opera a fach, primo ad laudem del criator
Et ad laudour de la ciutat sobredicha,
Laqual es cap de Terra Nova de Provensa,
Contat es renomat per la terra universa ».
 

Ce livre nous permet d’apporter un démenti le plus formel  aux assertions de ceux qui prétendaient  que le « niçois n’était qu’une langue parlée mais absolument pas écrite » .  Pellos s’éteindra dans sa ville  Nice en 1520.

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J’aimerai, ensuite, passer à une toute autre discipline scientifique: il s’agit de l’architecture. Un architecte marquera de son empreinte l’histoire de Nice et de son Comté. Domenico Ponsello, né à Pieve di Teco dans la province d’Imperia (Ligurie) au début du XVI° siècle, est un  architecte militaire reconnu de ce siècle. Il se forme vraisemblablement dans des ateliers d’architectes à Gênes et à Turin. Domenico Ponsello est avant tout un ingénieur militaire mais il intervient aussi dans la construction d’édifices civils et religieux. Il fut très actif dans sa la Ligurie, sa région natale, et  aussi dans le Piémont. Après avoir édifié de nombreux bâtiment en Ligurie et particulièrement aux alentours de Gênes, il sera, ensuite, très présent dans le Piémont entre 1563 et 1565, ou il contribuera , sous la direction de Francesco Paciotto, à la fortification de Cunèo et à l’édification de la citadelle de Turin. Lors de ses séjours dans le Comté de Nice entre 1557 et 1572, il réalise le dessin et la construction du Fort de Mont-Alban, et dirige avec d’autres ingénieurs les chantiers des forteresses de Nice et de Villefranche sur Mer.

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Le siège de Nice en 1543, occasionne de nombreuses destructions dans le système défensif de la ville. Sur un projet de Gian Maria Olgiati, ingénieur général militaire de Charles Quint, le duc de Savoie Emmanuel Philibert décide de fortifier la frontière maritime des Etats de Savoie par la construction d‘un nouveau fort, entre les forteresses de Villefranche (citadelle Saint Elme) et de Nice (Château de Nice). Sa réalisation est confiée à l’architecte-ingénieur Domenico Ponsello  sous la direction du capitaine général des galères ducales André Provana de Leyni. La première pierre est posée le 5 avril 1557. Ponsello édifie un fort bastionné selon un tracé dit en étoile pour répondre aux nouvelles techniques de l’artillerie en usage au XVIe siècle. André Provana de Leyni le nomme « mont Alban » (sans doute en référence à la couleur blanche de la roche calcaire du site). Lors des attaques de Nice par les troupes du roi de France, Louis XIV,  son ingénieur et architecte militaire, Sébastien le Prestre, Marquis de Vauban, admiratif devant « ces constructions militaires modernes » , en relèvera les plans pour s’en inspirer très largement dans ses futures réalisations militaires. Beaucoup de gens, d’ailleurs, font l’erreur, en voyant les forts du Comté, de croire qu’elles ont été l’œuvre de Vauban.  Le 18 février 1559, Domenico Ponsello est anobli par le duc Emmanuel Philibert de Savoie.

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Nous revenons, avec le personnage suivant, dans le domaine des mathématiques.  Dans la continuité de Frances Pellos, un autre savant mathématicien, né en 1530 à Lièusoula (aujourd’hui: Isola), François Fulconis, va éditer en 1562  un traité de mathématiques en langue niçoise dont le titre est: « Opera nova d’arismethica intitulada Cisterna Fulcronica novellamen compausada ».  Il expliquera que ce livre est à l’usage des jeunes enfants  et autres gens de Terres-Neuves de Provence et de plus n’entendant pas le latin est composé en langue maternelle.

Fulconis

Ce qui est indiqué dans le sous-titre:  » Aquest present libre per comoditat de ioines enfans, e altres de aquest pais de terra-nova de Provensa e d’autre part non entendent latin es compausat en lenga materna » . Nous rappellerons, ici, que le terme de « Terres-neuves de Provence » désignait le territoire qui a pris récemment (1526) le nom de   « Comté de Nice » .  Ce livre, d’après Roger Rocca, a « le mérite d’évoquer, par les exercices proposés, les échanges économiques et les productions du Pays Niçois à cette époque ». 

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Abordons, à présent, une nouvelle discipline scientifique qu’est l’astronomie, science qui compte parmi ses plus grands savants (et parmi les premiers) des hommes issus du Comté de Nice.  En 1625, naissait à Perinaldo, dans la vallée de la Nervia (Countèa de Nissa) celui qui fut le fondateur d’une véritable « dynastie » dans sa spécialité. Il s’agit de Giovanni Domenico Cassini, premier d’un grande lignée:  son œuvre sera poursuivie par son fils, Jacques Cassini, puis son petit-fils, César-François Cassini, son arrière petit-fils, Jean-Dominique Cassini et le fils de celui-ci, Alexandre Henri Gabriel de  Cassini s’orientera  vers la botanique (mais les descendants de Giovanni Domenico, eux, sont français et n’ont de lien avec le Comté que par filiation).

Giovanni_Cassini

Giovanni-Domenico, de 1648 à 1669, travaille à l’Observatoire de Panzano et enseigne la géométrie euclidienne et l’astronomie de Ptolémée (selon la doctrine de l’Eglise Catholique) à l’Université de Bologne, où il remplace, en 1650, Bonaventura Cavalieri. Il obtient bientôt une telle réputation que le sénat de Bologne et le pape le chargent de plusieurs missions scientifiques et politiques. Attiré en France par Colbert en 1669, il s’y fait naturaliser et il est reçu membre de l’Académie des sciences fondée deux ans plus tôt. Il dirige, à la demande de Louis XIV, l’Observatoire de Paris à partir de 1671.  Il participe à la découverte de la variation d’intensité de la pesanteur en fonction de la latitude. En 1665, il découvre la grande tache rouge de Jupiter et détermine la même année la vitesse de rotation de cette planète ainsi que celle de  Mars et Vénus. Il va découvrir quatre satellites de Saturne (Japet en 1671, Rhéa en 1672, Téthys et Dioné en 1684), et la « division de Cassini » des anneaux de Saturne en 1675.  Il publiera  de 1668 à 1693 les « Éphémérides des satellites de Jupiter » et rédigera un grand nombre de mémoires (dont une partie sera réunie sous le titre « Opera astronomico » en 1728, après sa disparition). En 1673, il fait la première mesure précise de la distance de la Terre au Soleil, grâce à la mesure de la parallaxe de Mars.   En 1683, il détermine la parallaxe du Soleil. Vers 1690, il est le premier à observer la rotation différentielle dans l’atmosphère de Jupiter. Hélas, en 1710 il devient aveugle deux ans avant sa mort en 1712.

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Il est parfois des lieux prédestinés et Perinaldo semble en être un. En effet, 40 ans après la naissance, dans ce lieu, de Giovanni Domenico Cassini, venait au monde, le 21 août 1665,  dans la même ville, Giacomo Filippo Maraldi, qui suivra les traces de son aîné et oncle, pour se lancer dans les mathématiques et l’astronomie. Maraldi est le neveu de Cassini, comme quoi, « bon sang ne saurait mentir », qui le fera venir auprès de lui en 1687 à l’Observatoire de Paris.

Giacomo Filippo Maraldi

Il fait, alors,  un grand nombre de recherches et d’observations que l’on trouvera  dans les Mémoires de l’Académie des sciences. Parmi tous ces textes  on remarquera ses Considérations sur la théorie des planètes. Il sera admis à l’Académie royale des sciences en 1699. En 1705, , il établira  un catalogue des positions des étoiles(le « Catalogue des étoiles fixes »)  dans le but de découvrir des parallaxes, mais ses recherches dans ce domaine seront  vaines. Lors de ses observations de la planète Mars, en 1704 et 1719, il détermine la période de rotation de celle-ci (environ 24 h 40). À la surface de Mars, il observe la tache polaire australe puis en 1704 la tâche polaire boréale. Il remarque une légère excentricité de celle-ci par rapport aux pôles. Il observera, aussi, les lunes de Jupiter et  étudiera le passage de nombreuses comètes. Il démontrera que le halo de lumière visible lors d’une éclipse totale de Soleil provient du Soleil, lui même, et non de la Lune. En 1704, il découvre que l’étoile R Hydrae est une étoile variable. Entre 1700 et 1712, avec Giovanni-Domenico Cassini et Gabriel-Philippe de La Hire (1677-1719), puis, à deux, après la mort en 1712 de ce dernier, jusqu’en 1718 il travaille sur la méridienne et prolonge la triangulation géodésique de Dunkerque à Collioure. C’est à lui (Mémoires de l’Académie des Sciences, 1715) que l’on doit les premiers travaux sur les causes des différentes apparences des anneaux de Saturne. En mathématique, il est reconnu pour son calcul expérimental des angles du dodécaèdre régulier et des angles des rhombes des alvéoles d’abeilles. C’est lui qui éleva son petit neveu César-François Cassini second fils de Jacques Cassini. Des cratères de la Lune et de Mars portent le nom de Maraldi en son honneur.

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 Décidemment, la ville de Perinaldo fut prolixe pour nous fournir des scientifiques de renom, car quelques années plus tard, le 17 avril 1709 naissait, dans les mêmes lieux, Giovanni Domenico Maraldi (également connu sous le nom de Maraldi II ou parfois francisé en Jean-Dominique Maraldi).

Giovani Domenico Maraldi

Il sera, aussi, comme ses prédécesseurs un mathématicien et astronome  renommé. Il est le neveu de Giacomo Filippo Maraldi  (également nommé Maraldi I), qui le fait venir à Paris en 1727 où il deviendra, lui aussi, membre de l’Académie des sciences en 1731. Dans cette ville, il effectuera des mesures géodésiques en utilisant les éclipses des lunes de Jupiter pour déterminer des longitudes et mesure une différence de 9 min 23 s entre les longitudes de Greenwich et de Paris (valeur actuelle : 9 min 20 s 93). Il observera plusieurs comètes : la première comète de 1742 (C/1742 C1, 1742), en 1743 celle découverte par Dirk Klinkenberg (1709-1799) et Jean-Philippe de Chéseaux (C/1743 X1, 1744), en 1746 celle découverte par De Chéseaux (C/1746 P1, 1747), en 1759 la Comète de Halley, en 1762 la Comète de Klinkenberg (C/1762 K1, 1762), en 1769 celle de Messier et calcule leurs orbites. Il observera aussi le transit de Mercure et de Vénus. Parallèlement, il participe beaucoup avec son cousin César-François Cassini à l’élaboration de la carte de France. G.D. Maraldi contribua à la publication de vingt-cinq volumes de la « Connaissance des temps » et publia le catalogue des étoiles australes de Lacaille « Coelum Australe Stelliferum ». D’août 1746 à septembre de la même année , alors qu’il observait avec Jacques Cassini la comète découverte la même année par Jean-Philippe de Chéseaux, il découvrit deux « étoiles nébuleuses » qui sont aujourd’hui reconnues en tant qu’amas globulaires : M15 dans Pégase le 7 septembre 1746 et M2 dans le Verseau le 11 septembre 1746. Il continua à observer la comète jusqu’au  5 décembre 1746 de la même année. Giovanni Domenico Maraldi se retirera en 1772 à Perinaldo, son village natal où il meurt le 14 Novembre 1788. Il sera honoré, après sa mort, car on donnera en 1935, en son hommage ainsi que celui de son oncle Giacomo Filippo, son nom à un cratère de la Lune ( cratère Maraldi, 19,4 N – 34,9 E – 39 km de diamètre).

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Alexandre Victor Papacino d’Antony, naquit à Villefranche le 20 mai 1714 , au moment ou se terminait la guerre de succession d’Espagne, d’une famille de militaires originaire d’Espagne (Son père fut capitaine du port de Villefranche, son oncle capitaine dans l’artillerie et son frère aîné, Joseph Antoine, obtint lui aussi le grade de lieutenant-colonel d’artillerie avec le commandement de l’arsenal de Nice).

Victor_Alexandre_Papacino_D'Antony

Son père était Antoine Victor Papacino, capitaine de l’armée Sarde à Villefranche et sa mère Giovanna Angela d’Antony.  Toute sa famille fut fort dévouée à la Maison de Savoie.  Lui est considéré comme un des pères de l’artillerie moderne. Brûlant de suivre les traces de ses aînés, le jeune Alexandre-Victor s’engagea, en 1731,   à 18 ans dans le corps d’artillerie où sa valeur le fit s’élever au grade de capitaine en 1744, après l’affaire du Mont-Alban. Au milieu de la vie militaire, l’officier trouva le temps d’étudier tout ce qui concernait son art et gagna l’estime du comte Ignace Bertola, à la tête des écoles d’artillerie fondées  à Turin en 1739. Auteur de plusieurs travaux de physique et de mathématiques, Papacino fit tant de progrès qu’il  prit à son tour la direction des Ecoles de Théorie en 1755. C’est en cette qualité qu’il publia son Cours de mathématiques, d’artillerie et d’architecture militaire qui allait être traduit en plusieurs langues et enseigné dans les écoles militaires de Prusse et de la République de Venise. Il  obtiendra, ensuite, le grade de major et la décoration de l’ordre des Saints-Maurice-et-Lazare. Il  sera, également, professeur de sciences militaires, brigadier des armées, lieutenant général, enfin chef du corps royal de l’artillerie. Dans le monde savant, il est connu sous le nom d’Antony (nom sous le quel il publie). Ses ouvrages de mathématiques, de physique, de mécanique et d’art militaire, qui font référence,  ont été traduits en français, en anglais, en allemand..    Nombre de ses ouvrages connurent le même succès. Pour ces travaux, les rois de Sardaigne successifs le récompensèrent, Victor-Amédée III  lui confiant même la direction supérieure de toute l’artillerie en 1783 et lui octroyant un an plus tard, le 24 décembre 1784, le grade de lieutenant-général. Il  mourut à Turin le 7 décembre 1786.

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Le personnage suivant est assez atypique et n’est pas d’une vieille famille de Nice ou du Comté, et, s’il figure, de façon anecdotique,  dans notre galerie de portrait il le doit simplement au fait d’être né dans notre bonne ville de Nice et d’être devenu un scientifique de renom. À partir du début du XVIIIe siècle de nombreuses familles britanniques hivernent à Nice. Cela explique la naissance dans notre ville, le 10 octobre 1731, du grand chimiste Henry Cavendish.

Henry Cavendish

Il appartient à une famille aristocratique, fort riche. Son père Lord Charles Cavendish est le troisième duc de Devonshire et sa mère Lady Ann Grey est la fille du duc de Kent. Cette dernière étant de santé fragile, ses médecins lui conseillèrent la douceur du climat niçois. Enceinte, Lady Ann accouche à Nice du petit Henry. Il sera un pionnier de la physique moderne, en matière d’électricité et de magnétisme. Cavendish isola l’hydrogène en 1766. Il fît la première analyse précise de l’air, réalisa la synthèse de l’eau en combinant l’hydrogène et l’oxygène par action des étincelles électriques. En 1798, il déduisit la densité moyenne de la terre. Il montra que l’action électrique est nulle à l’intérieur d’un conducteur chargé et introduisit la notion de potentiel. Il mourut en 1810 à Londres.

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François-Emmanuel Fodéré est un médecin et botaniste savoyard, né le 15 Janvier 1764 à Saint Jean de Maurienne. C’est sous les prénoms de Joseph Benoit qu’il fut baptisé, mais,  François Emmanuel, son ainé de deux ans, mourût en 1767 et c’est ainsi que fut, alors, prénommé désormais le cadet.

François Emmanuel Fodéré

Son père, originaire de Bessans, étant mort avant sa naissance, sa mère, Marie-Nicolette Vectier, fille de Nicolas Vectier de Thonon, l’éleva avec toutes les difficultés que pouvait alors rencontrer une veuve. Au collège Lambert, on remarqua vite les qualités exceptionnelles de cet adolescent. Une intervention de l’Intendant de Maurienne, le chevalier de Saint-Réal, lui permit d’aller étudier la médecine à l’université de Turin. Il y obtint son titre de docteur en médecine, en 1787, à l’âge de 23 ans, où il suivit les cours de Carlo Allioni (1728 ou 1729-1804) aux côtés de Giovanni Battista Balbis * (1765-1831). Grâce à une bourse du roi Victor-Amédée III de Sardaigne, il pourra aller étudier, trois années durant, la médecine légale à Paris, puis à Londres en 1792 et s’engagera dans l’armée des Alpes avec laquelle il participera au siège de Marseille et de Mantoue (1796-1797). A la fin de l’année 1789 il fut nommé médecin du fort de Bard en Val d’Aoste. Il démissionna en 1792, peu avant l’entrée des troupes françaises en Savoie. En décembre il était à Saint-Jean en décembre, puis à l’hôpital de Modane mais il s’illustra surtout à Marseille, à Nice, à Martigues, avant d’être nommé à Strasbourg Plus tard, lorsque la chaire de médecine légale (dont il est considéré comme le père) fut créée à Strasbourg, le docteur Fodéré, alors âgé de 50 ans et au sommet de sa carrière, concourut et fut nommé à l’unanimité. Il garda sa chaire jusqu’à sa mort en 1835. II publia des mémoires sur les sujets les plus variés : le crétinisme et le goître (Traité du goître et du crétinisme, 1800), les affections scorbutiques de la bouche, la phtisie pulmonaire, le choléra, une épidémie de typhus l’amena à publier un traité en 4 volumes  (Leçons sur les épidémies et l’hygiène publique,  1822-1824)…et en général sur les maladies des montagnards, sur le délire et sur la pneumologie humaine. On considère que son œuvre maîtresse est son « Traité de médecine légale » publié la première fois en 1798 et qui sera augmenté et réédité (Traité de médecine légale et d’hygiène publique ou de police de santé, adapté aux codes de l’Empire français, et aux connaissances actuelles, à l’usage des gens de l’Art, de ceux du Barreau, des jurés et des administrateurs de la santé publique, civile, militaire et de marine, 1798 ; 2e éd.1813, 3 vol). . En ce qui concerne notre Comté, il publiera en 1821 son fameux « Voyages aux Alpes-Maritimes ».

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Nous continuons ce panorama de nos scientifiques célèbres par un autre médecin qui verra le jour à Pigna (Countèa de Nissa) en 1769 dans la vallée de la Nervia.

Pigna 5

Cet éminent praticien se nommait Pierre Richelmi et, après avoir terminé ses études de médecine et pratiqué quelques temps son art, il se retrouva engagé comme officier de santé dans l’armée d’Italie, puis dans l’expédition en Egypte et finalement dans la calamiteuse campagne de Russie. Deux de ses fils moururent d’ailleurs dans les rangs de la « Grande Armée » (sic) pendant les guerres engagées par le premier empire. Après cela, reversé dans la vie civile, il exercera comme médecin tout d’abord à Menton puis à Nice où il terminera sa carrière. Il mourra dans notre ville à l’âge de 72 ans en 1841. Il publia, en 1822, un ouvrage intitulé « Etude sur les agréments et sur la salubrité du climat de Nice » qui sera diffusé dans tous les pays d’Europe et qui lui valut d’être nommé comme membre de nombreuses sociétés savantes de l’époque à l’étranger.  

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L’année 1777 vit la naissance à Nice (Comté de Nice, Etats de Savoie), le 8 avril, d’un personnage qui compte dans notre florilège de savants nissart , un des enfants les plus célèbres de Nice, j’ai nommé Giuseppe Antonio Risso (dit Antoine Risso) qui deviendra un très célèbre naturaliste niçois.

Antoine Risso

Il sera très tôt passionné par l’histoire naturelle et suivra les cours de Giovanni Battista Balbis *(1765-1831). Il entrera à l’âge de douze ans comme apprenti dans une pharmacie. Le 1er octobre 1792, au surlendemain de l’entrée des Français dans Nice, Antoine Risso, alors âgé de 15 ans va entrer, en qualité d’apprenti, dans le laboratoire de pharmacie chimique et galénique des citoyens Chartroux père et fils. Il y demeurera sept années au cours desquels il sera, tout  d’abord, élève puis, ensuite, approuvé comme pharmacien stagiaire. Augustin Balmossière-Chartroux va  lui remettre  un certificat de stage, constatant son habileté, son assiduité et sa probité, qui lui servira pour l’obtention de l’examen de pharmacie le 4 novembre 1802. Il travaille, alors, à l’hôpital de Nice, devient jardinier en chef de l’École centrale des Alpes-Maritimes en 1801. Il  est, dans le même temps,   professeur de botanique au lycée impérial (aujourd’hui devenu Lycée Masséna) et à l’École préparatoire de médecine. Il s’occupe également du jardin botanique de la ville. Il y retrouvera son maître en pharmacie, Augustin Balmossiere-Chartroux qui a été nommé administrateur des bâtiments et jardins, puis conservateur et administrateur des trois établissements par le préfet Dubouchage. Il va s’occuper, dès lors, de multiples sujets d’histoire naturelle. Il publiera en 1810 une bonne étude de la faune de Nice, « Ichtyologie de Nice », étendue en 1826 en une « Histoire naturelle de l’Europe méridionale ». Il découvre une cinquantaine d’espèces auxquelles il s’attache à donner des noms de Niçois célèbres. Ses ouvrages sont nombreux et bien argumentés. Il les a publié par catégories: (1826). Vol. 1: XII + 448 pp., 1 planche.(November 1827). Vol. 2: VII + 482 pp., 8 pl. (fleurs). (September 1827). Vol. 3: XVI + 480 pp., 14 pl. (poissons). (November 1826). Vol. 4: IV + 439 pp., 12 pl. (mollusques). (November 1827). Vol. 5: VIII + 400 pp., 10 pl. (autres invertébrés).   Il sera membre d’un grand nombre de sociétés savantes internationales : Paris, Turin, Londres, Bâle et Philadelphie. Aujourd’hui une école, un collège et un boulevard portent son nom à Nice. Il a donné son nom à une espèce de dauphin le Grampus griseus, dit  Dauphin de Risso. Il mourra dans sa ville de Nice le 25 août 1845.

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Louis Gardon, vit le jour à Nice en 1780. Cet homme est peu connu des Niçois et pourtant ce fut un ingénieur de talent à qui nous devons les plans ayant permis la construction de l’ancien Pont-neuf et du Pont Magan.  Le Pont-Neuf est le deuxième ouvrage d’art construit sur le Paillon depuis le Moyen-Age dans la ville de Nice. Au XIX° siècle, l’expansion de la ville s’effectue avec la création de nouveaux faubourgs au nord-ouest de la ville. Le franchissement du torrent Paillon devient vite un obstacle entre les nouveaux faubourgs habités par une clientèle d’hivernants et le Cours où sont réunis les services administratifs et culturels. L’accès à la zone du Cours par l’unique pont dit Pont Vieux est trop éloigné.

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La municipalité décide, alors,  la construction d’un nouveau pont situé en aval du Pont-Vieux non loin de l’embouchure du torrent, dans l’axe de la place Charles-Albert (et de la future place Masséna). Le projet sera confié à l’ingénieur Louis Gardon qui en établira les plans et la construction débutera en juillet 1820. Ce pont est construit en pierre avec trois arches de vingt-et-un mètres de portée. Il est achevé en 1824. L’évêque Colonna d’Istria le bénit le 4 novembre de la même année, le jour de la fête de la saint Charles qui est le même saint que le nouveau souverain, le roi Charles-Félix. Officiellement il se nomme « Pont Royal Saint Charles ». Les niçois l’appellent simplement le « Pont-Neuf ». (En 1882, le pont sera détruit puis enseveli sous la couverture du Paillon pour la construction du casino municipal sur la place Masséna). Au cours de sa vie, il sera, également, conseiller communal et provincial sous l’administration sarde, responsable de l’aménagement du parc du Château, de l’endiguement du Var et du cadastre. Il mourra dans sa bonne ville de Nice en 1855.

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Jean-Baptiste Vérany, lui, est né en 1800 à Nice. C’est un pharmacien et naturaliste niçois spécialisé dans l’étude des céphalopodes. Issu d’une famille de pharmaciens, diplômé lui-même en 1820, il marche sur les traces de son illustre prédécesseur Antoine Risso, collectionnant dans toute la région niçoise, roches, fossiles, oiseaux qu’il empaillera lui-même ainsi que d’autres invertébrés marins.   

J.B. Verany

En 1846, il fonde le Muséum d’histoire naturelle de Nice avec Jean-Baptiste Barla et Antoine Risso. Ses notes illustrées sur les céphalopodes de la Méditerranée furent publiées à Turin en 1851 (1851 Céphalopodes de la Méditerranée. Mollusques Méditerranéens Observes, Decrits, Figures et Chromolithographies a apres le vivant ouvrage dedii ASM le roi Charles Albert, I:1-132.). Il publiera de nombreuses contributions à la science des mollusques (en 1844 Description de deux genres nouveaux de mollusques nudibranches. Revue Zoologique par la Société Cuvierienne, pp.1845. Janus Spinolae. Guerin Magazin de Zoologie, series 2, 7:121-122, pl. 136., en 1846 Descrizione di Genova e del Genovesato 1(2): Regno Animale Molluschi, pp. 90–110, pls. 2-4., en 1846 Catalogo delgi animali invertebrati marini del golfo di Genova e Nizza. Est. dulla Guida di Genova 3: 1-30., en 1849 Description d’un nouveau genre et d’une nouvelle espece de Mollusque. Revue et Magazin de Zoologie pure et appliquee (2), 1:593-594, pl. 17., en 1850 Lomanotus, eine neue Gattung und Art Molluske. Tagsberichte uber die Fortschritte der Natur- und Heilkunde, Abth. fur zoologie und palaeontologie 1(16):89-96., en 1853. Catalogue des Mollusques cephalopodes, pteropodes, Gasteropodes nudibranches, etc. des environs de Nice. Journal de Conchyliologie 4:375-392., en 1862 Zoologie des Alpes-Maritimes. Statistique générale du département par J. Roux., en 1862 Zoologie des Alpes-Maritimes ou catalogue des animaux observes dans la département, Nice, Imprimerie et Librairie Ch. Cauvin, pp. 1–102. Nudibranchia pp. 86–90. et en 1865. Notice sur les Mollusques Nudibranches et description des six nouvelles Eolides de la Mediterranée. Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes 1:241-252.).   Installé, par la suite, à Gênes, il léguera sa collection à la ville de Nice qui s’en désintéressa quelque peu, malgré une visite de Napoléon III qui finira par l’honorer de la Légion d’honneur jusqu’à ce que Barla devenu à sa mort le directeur du musée qui allait porter son nom, ne l’installât dans le bâtiment actuel. Le Calmar Chiroteuthis Veranyi a été nommé ainsi, en 1834 par d’Audebert de Férussac, pour lui rendre hommage. Il mourra à Nice en 1865.

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En 1807, naissait à Oulx (Piémont) Louis Des Ambrois de Nevache connu sous les nom de Louis Désambrois sera un intendant général de Nice (au titre d’administrateur civil, le titre de gouverneur étant réservé à l’administrateur militaire) avisé et apprécié. Si nous le citons parmi les scientifiques, c’est qu’il fut le promoteur de l’endiguement du Var, de l’Estéron, de la Vésubie, de la Tinée et du Paillon.

Louis Désambrois

Il participera, également, de façon très active, comme ministre du gouvernement du Royaume  à l’élaboration du « statuto » qui sera la constitution libérale du Royaume de Piémont-Sardaigne en 1848. Il prévoyait et approuvait l’autonomie de Nice et du Comté afin d’éviter la cession à la France et sera écarté des allées du pouvoir à Turin pour cette raison. Il aima Nice et fut aimé des Niçois et le Conseil Municipal lui décernât le titre de « Citoyen de Nice ». Il mourût à Rome en 1874.

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Encore un médecin qui trouve sa place dans cette énumération de scientifique de notre pays. Maurice Maccario naitra à Barbania, dans la Province de Turin, en 1812.

BarbaniaAprès avoir obtenu son diplôme de Docteur en Médecine, Il écrira différents ouvrages sur le sommeil, l’hydrothérapie, les bains de mer et le climat de Nice, ouvrages qui seront appréciés de ses contemporains. Il mourra à Nice en 1898.

 

 

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Le 29 novembre 1816, à Puget-Théniers, naquit Antoine Auguste Riboty.  Il sera appelé à faire carrière dans la marine sarde, au titre d’Amiral Comte (puis, il versera dans la marine  italienne à partir de 1861). Il participa à différentes campagnes militaires dont la guerre de Crimée puis, durant la guerre contre l’Autriche, il se distingua particulièrement à la bataille de Lissa en 1866.index

Il commandait le « Ré di Portogallo », une frégate cuirassée avec laquelle, pressé par les navires ennemis, il réussit à se dégager en endommageant le navire amiral autrichien « Kaiser ». Ce fait d’armes lui valut la médaille d’or de la valeur militaire. Après avoir commandé l’École Royale de Marine de Gênes, il fut sénateur du Royaume d’Italie et le premier marin à être rappelé au ministère de la Marine. Il en profita pour moderniser la flotte et créera, en 1872, l’Institut Hydrographique. Il se retirera à Nice à la fin de sa carrière et y mourra le 8 février 1888.

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Jean-Baptiste Barla, né le 3 mai 1817 à Nice, dans une famille niçoise.Il est fils et petit-fils de commerçants fortunés de la ville. Il s’intéressera  dès son enfance à l’histoire naturelle, ce qui le prédestinera à devenir  un naturaliste niçois des plus célèbres .  

Jean-Baptiste Barla

Il fut l’élève d’Antoine Risso et il commença par s’intéresser à la flore de la région. Par la suite, il se passionne pour la mycologie et publie dès 1855 son premier ouvrage. D’autres travaux sur les orchidées et sur la flore de Nice et des Alpes-Maritimes suivront cet ouvrage. Ce fut un auteur prolixe à en juger par ses productions: J. B. Barla, Aperçu mycologique et catalogue des champignons observés dans les environs de Nice, Nice, Canis Frères, 1858, 62 p.,  J. B. Barla, Tableau comparatif des champignons comestibles et vénéneux de Nice, Nice, Canis Frères, 1855., J. B. Barla, Champignons de la province de Nice et principalement les espèces comestibles, suspectes ou vénéneuses, Nice, Canis Frères, 1859, 158 p., J. B. Barla, Flore illustrée de Nice et des Alpes-Maritimes : Iconographie des orchidées, Nice, Caisson et Mignon, 1868., J. B. Barla, Description et figure du Xanthium spinosum : Lampourde épineuse spécifique contre l’hydrophobie, Nice, Caisson et Mignon, 1876., J.-B. Barla, « Liste des champignons nouvellement observés dans le département des Alpes-Maritimes », Bulletin de la Société mycologique de France, no 1, 1885, p. 189-194., J.-B. Barla, « Liste des champignons nouvellement observés dans le département des Alpes-Maritimes », Bulletin de la Société mycologique de France, no 2, 1886, p. 112-119., J.-B. Barla, « Liste des champignons nouvellement observés dans le département des Alpes-Maritimes », Bulletin de la Société mycologique de France, no 3, 2e fascicule, 1887, p. 138-144., J.-B. Barla, « Liste des champignons nouvellement observés dans le département des Alpes-Maritimes », Bulletin de la Société mycologique de France, no 3, 3e fascicule, 1887, p. 195-214.  Spécialiste des plantes et des champignons, il est, avec Antoine Risso et Jean-Baptiste Vérany, l’un des co-fondateurs du Muséum d’Histoire Naturelle de Nice. En 1865, il va prendre  la direction de ce musée qu’il avait fondé . Il rejoindra la Société Mycologique de France et publiera régulièrement dans son bulletin dès 1885.Il lèguera  à la ville de Nice une grande partie de ses biens parmi lesquels le bâtiment du Musée d’histoire naturelle. Il mourra dans sa ville le 6 novembre 1896.   En hommage, la ville de Nice  nommera  un pont et une rue en sa mémoire (aujourd’hui, le pont à disparu avec la couverture du Paillon)

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Nous mentionnerons, pour en terminer avec cette liste de niçois célèbres, un écrivain qui était très porté vers les sciences. Louis Roubaudi, né à l’aube du 19° siècle dans le Comté et habitant  Nice depuis sa plus jeune enfance, comme il le rapportera dans l’introduction de son œuvre majeure, publiée en 1843 à Turin et à Paris, « Nice et ses environs ».

Nissa 16

Cette étude, très documentée du point de vue scientifique, pour son époque, sera, comme il aimait le rappeler « un livre de bonne foy, écrit avec le respect d’un fils pour sa terre natale ». Avant de coucher ses impressions sur le papier, il s’était, pendant des années, livré à des  observations sur l’agriculture, la botanique et la météorologie. Louis Roubaudi était membre de l’Académie Royale des sciences de Turin, de la société des Sciences physiques, chimiques, arts agricoles et industriels de France, de la Chambre Royale d’Agriculture et de commerce de Nice ainsi que de nombreuses autres sociétés scientifiques. Il vécut et mourut à Nice.

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Dans cet article, nous vous avons donné un aperçu de ce que fut la culture scientifique du Comté de Nice, même dans les temps les plus reculés. Ces scientifiques qui excellèrent dans tous les domaines (Architecture, Astronomie, Botanique, Mathématiques, Médecine…) et qui,  soit furent appelés dans les plus hautes sphères d’autres pays que le notre au service de souverains étrangers, soit largement copiés et imités par leurs semblables au travers de l’Europe. Nous avons, aussi, vu que « la nouòstra lenga », notre langue, la langue niçoise n’était pas seulement un simple dialecte vernaculaire limité au langage courant du peuple nissart, laissant accroire que les seules langues utilisées, alors, dans le domaine des sciences, étaient les langues françaises et italiennes, mais bien une langue écrite dont la transmission, n’en déplaise à ceux qui disent le contraire, n’était pas qu’orale.

Nissa 10

Nous avons contribué, me semble t il, à mettre à bas un certain nombre de clichés qui ont la vie dure et donné à un bon nombre de nos concitoyens Nissart l’occasion d’exprimer la fierté de leur pays.

 

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* Giovanni Battista Balbis: (1765- 1831) Ce personnage que nous rencontrons plusieurs fois tout au long de  notre recension de savants niçois a croisé la route de nombre d’entre eux et leur fit partager sa science en étant leur enseignant. Il est né à Moretta (Province de Cunéo) le 17 novembre 1765.

Moretta

Moretta

Il sera un botaniste et médecin de talent mais, malheureusement un homme politique peu recommandable, puisque très généreusement aidé par les souverains de la Maison de Savoie, il n’aura de cesse de trahir ceux-ci et son pays.

Issu d’une famille aisée, il fréquenta les écoles primaires de son village natal. Il obtint une place dans le Collège des Provinces, créé par Victor-Amédée II de Savoie (1666-1732), et partit à Turin pour étudier tout d’abord la philosophie et ensuite la médecine en 1788. Trois ans seulement après la licence, il réussit l’agrégation en médecine.

Fasciné par la botanique, Balbis réalisa un recensement des espèces végétales présentes autour des sources de Valdieri, un petit village du Val Gresso dans les Alpes-Maritimes. Cette étude fut par la suite incorporée, et publiée, en 1793 dans l’ouvrage « Des eaux sulfureuses et thermales de Vaudier » du chimiste Giovanni Antonio Giobert (1761-1834).

En revanche, en politique , cet homme de tendance libérale et progressiste  fut impliqué dès 1794 dans les mouvements révolutionnaires piémontais et complota contre les souverains de la Maison de Savoie. A cause des idées qu’il professait, il dut s’exiler en France. il n’aura de cesse de trahir sa patrie et essaiera, en permanence, de faire envahir son pays par la France. Il profitera, à plusieurs reprise, de l’invasion de son pays d’origine par les armées françaises pour revenir dans les fourgons de l’occupant et obtenir, en collaborant avec l’ennemi, des positions avantageuses. Lors de la première occupation du Piémont, il obtint de gouverner, il spolia le clergé et magouilla pour faire croire que les Piémontais étaient favorables aux français et voulaient leur intégration dans la république.  Les armées Austro-Russes ayant chassé les français, Balbis dut se réfugier en France. Puis, avec l’armée d’Italie il revint dans les bagages de l’ennemi. Lors de son retour, il décida de se consacrer uniquement à la science et l’université de Turin l’invita à reprendre la fonction de professeur de botanique et de directeur du jardin botanique, qui au cours des dernières années, après l’abandon d’Allioni, était presque tombé en ruine, notamment à cause du manque de ressources financières. Seul s’en était occupé le gardien-chef Molineri, qui avait réussi à conserver les plantes existantes mais celles-ci étaient en piètre état et en total désordre. Durant les treize années de son mandat, Balbis réussit à augmenter le recueil de plantes de près de mille neuf cents espèces, grâce également à la correspondance suivie qu’il entretint avec les botanistes les plus renommés et les organisations scientifiques d’Europe (dont beaucoup l’admiraient en qualité de membre). À l’occasion de ses excursions botaniques, il était normal de le voir randonner dans les campagnes environnant Turin, décrivant de temps en temps les caractéristiques botaniques ou curatives d’une plante ramassée par ses très nombreux étudiants qui le suivaient toujours. Grâce à sa renommée, qui dépassait désormais les frontières du Piémont, il fut élu membre de l’Académie des sciences de Turin, puis président de la Société agraire de Turin et joua le rôle de correspondant de nombreuses sociétés scientifiques étrangères. Cependant, à la suite de la chute de Napoléon en 1814 et de la restauration qui s’ensuivit du trône des Savoie, Balbis tomba en disgrâce. Exclu, à cause de sa collaboration avec les Français, de la nouvelle organisation de l’Académie royale des sciences, il fut contraint, faute de moyens, d’emménager dans une petite maison du quartier de la Crocetta à Turin, alors en pleine campagne, où se trouvait le jardin expérimental de la Société agraire. La maison était la propriété du chimiste Evasio Borsarelli, directeur du jardin et ami intime de Balbis. Là, il consacra son temps à cultiver des plantes rares, à collaborer avec Borsarelli et à aider les malades démunis qui se présentaient à lui à la recherche d’herbes médicinales. Toutefois, l’écho de sa renommée, désormais bien établie, parvint rapidement jusqu’au roi Victor Emmanuel I° qui, étant magnanime et s’étant rendu compte des capacités et de la compétence du botaniste, le nomma professeur émérite, lui attribuant également une rente. Il le fit réintégrer dans l’Académie royale des sciences et dans la Société royale d’agriculture. Peu de temps après, Domenico Nocca, professeur de botanique à l’université de Pavie et directeur de 1797 à 1826 du jardin botanique rattaché, ayant décidé d’inventorier la flore locale, demanda à Balbis de l’aider dans le travail de classification. Le résultat de leur collaboration fut publié, sous le titre de Flora ticinensis, en deux volumes, le premier en 1816, le second en 1821. Finalement, Balbis qui fut un grand scientifique mais un triste personnage par ailleurs, mourra à Turin en 1831.