Nice et l’Europe…

Quel rapport peut il y avoir entre Nice et l’Europe ? Quel rapport entre une  ville de province telle qu’elle est vue par les petits barons de Paris et l’Europe qu’ils ont construit (ou cautionné) et qui n’est, en fait, qu’un ensemble hétéroclite et impuissant.

Ce lien semble si dérisoire au plus grand nombre d’entre vous que vous allez penser, au vu de ce titre, que je vais parler de notre bon vieux « Gym » qui s’est brillamment qualifié pour l’Europa League, cette année, ce qui a procuré un plaisir énorme aux supporteurs du club et une fierté partagée entre tous les Nissart… dont  nous aussi, bien évidemment.

Il est vrai que, à l’examen de notre histoire contemporaine et de la situation géopolitique du monde actuel, on ne voit pas bien ce qui relie Nice à l’Europe.

Et pourtant, si on se penche un plus attentivement sur notre plus longue histoire, on s’aperçoit déjà que les routes de Nice (je précise que sous ce terme nous désignons le Pays Niçois…Alpae Maritimae, Provence Orientale, Terres Neuves de Provence ou Comté de Nice,  selon les circonstances de l’histoire) et de l’Europe ont fait bien plus que se croiser. Du plus loin que nous pouvons nous projeter, notre Pays Niçois a toujours été Terre d’Europe et même Terre d’Empire. Bien avant que la Provence, la France ou l’Italie n’existent…
Nous avons été au carrefour de toutes les tentatives de construction européenne de l’Antiquité à nos jours. La première tentative fut celle de l’Empire Romain qui a duré plus de 5 siècles.  Mais l’idée Impériale a toujours été présente au cœur de ce Continent. Plus tard viendra l’Empire de Karl der Gross (plus connu sous le nom francisé de Charlemagne voire Carolus Magnus, il régnera 14 ans). A sa mort, en 814, de son Empire naitront trois Empire dont la Lotharingie (notre pays niçois en fera partie). Puis, ce sera un peu plus tard, le Saint Empire Romain Germanique (neuf siècles et demi d’existence).

Il faut savoir que Nice et son territoire ont été partie prenante au sein de tous ces Empires qui voulaient unifier l’Europe. Nous avons été dans l’Empire Romain pendant près de 5 siècles, nous avons fait partie de l’Empire  Carolingien pendant un siècle et demi, nous avons fait partie du Saint Empire Romain Germanique pendant six siècles et demi. Nous ferons partie ensuite d’un ensemble qui, s’il n’était pas un Empire, en tant que tel,  avait bien les caractéristiques d’une mini-Europe par la diversité des Etats et de peuples qui le composait: les Etats de Savoie rassemblés au sein du Royaume de Piémont Sardaigne.

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Pourquoi me suis je attardé sur ces considérations historiques ? 

En fait, j’aimerai faire comprendre au lecteur de ces lignes que la permanence de notre présence au sein même de l’Europe ne date pas d’hier. La position de Nice et de son territoire, sur la carte de notre Continent, peut expliquer cette particularité singulière. Si on regarde de plus près le positionnement géographique de notre pays, on remarque qu’il se trouve au cœur du plus grand massif montagneux de notre continent européen. De plus, il a une position stratégique de première importance en étant, non seulement le débouché sur la mer de l’ensemble géopolitique qu’il intègre, mais, aussi, le premier (et, en fait, souvent le dernier) rempart face aux envahisseurs. Cela est accentué par le fait que la ville de Nice est un carrefour très fréquenté par tous les pèlerins d’Europe, ceux qui se rendent à Rome, dans un sens, comme ceux qui se rendent à Saint Jacques de Compostelle, dans le sens inverse (ce n’est pas pour rien qu’une confrérie de pénitents, les rouges en l’occurrence, avaient pour mission, l’accueil des pèlerins). Pour toutes ces raisons, Nice et le Pays Niçois, étaient inévitablement impliqués dans la longue histoire de l’Europe. Et, très souvent, ils étaient l’enjeu de luttes sévères, entre les différentes factions en présence, pour sa possession.

1° Festa de la Countèa de Nissa

 

 

 

 

 Voulez vous quelques exemples ?

Nice sera l’enjeu de luttes farouches entre le Comté de Provence et la République de Gênes, entre le Saint Empire Romain germanique et le Royaume de France, entre la Maison de Savoie et  les alliés franco-turcs, entre les Austro-Sardes (Arc Alpin oblige) et les alliés franco-espagnols, entre les gens de la montagne et ceux de la plaine. Le Pays Niçois sera un bastion des mouvements de résistance, tout au long de son histoire: résistance des tribus Ligures face aux légions Romaines, résistance des Barbets contre l’envahisseur républicain français, résistance des maquis face aux troupes d’occupation et, enfin, à l’époque moderne, résistance des Niçois face au dirigisme parisien.

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Les Niçois se sont battus pour défendre la dernière place forte de la Maison de Savoie, le Château de Nice, le seul à être resté debout devant la coalition des troupes de François 1° et de Soliman la magnifique. Les Niçois étaient aux avant-postes de la « Sainte Alliance », cette grande coalition européenne qui poussera la flotte turque dans ses derniers retranchements, jusqu’à la coincer dans la baie de Lépante où elle sera entièrement coulée. Les galères de Savoie, commandées par Andrèa Provana de Leyni, donneront l’exemple et c’est la galère amirale de Provana de Leyni avec la galère amirale de la coalition menée par Juan 1° d’Autriche qui aborderont le vaisseau amiral turc et décapiteront le chef de la flotte, mettant fin, ainsi, aux combats. Nous retrouverons nos fiers Niçois dans les rangs des armées de Savoie venues défendre Vienne assiégée par les troupes de l’empire ottoman en 1683.

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Ou en sommes nous aujourd’hui ?

Depuis 1860, le territoire du Pays Niçois a été intégré dans un département (nouveauté pour lui à l’époque) qu’il partage avec une partie orientale de la Provence (l’arrondissement de Grasse), puis il sera fondu (dans tous les sens du terme) dans une « Région » sans nom et sans identité dominée par Marseille. Pendant longtemps, notre territoire résistera aux appétits grandissants de la métropole Phocéenne. Mais, tout fut fait pour que le Pays Niçois perde son identité, son rayonnement et sa place dans l’histoire européenne contemporaine. Le pouvoir central de la république française a concentré tous ses efforts et ses moyens pour Marseille, réduisant les autres cités, dans cette région sans nom, à la portion congrue. Le système centralisateur institué par la « révolution » de 1789 en France (appelé système Jacobin puisque défendu par le groupe du même nom à l’assemblée nationale), est les seul que connaisse cet état français. La Nation est dirigée par Paris, la Région dirigée par Marseille et le Pays Niçois (sous couvert de métropole) dirigé par Nice. Le système politique français est une organisation sous tutelles à tous les échelons avec une circulation à sens unique du haut vers le bas. L’inverse de la démocratie en quelque sorte ou tout doit remonter du bas vers le haut. Avec un tel système, il paraît évident que Nice et son territoire associé ne peuvent mener la politique qu’ils voudraient, empêtrés qu’ils sont dans les réglementations multiples et les lois restrictives et contraignantes que leur impose l’état français. Avec un tel système, notre « Païs Nissart » ne peut jouer un rôle qui lui soit propre au sein de ce continent européen. Avec un tel système, notre territoire ne peut s’affranchir des projets nationaux ou régionaux qui lui sont nuisibles pour mettre en œuvre ses propres projets interétatique et intracontinentaux sans avoir l’obligation de demander si cela est en conformité avec la politique de l’hexagone.  Nice et le pays niçois sont véritablement pris en otage par le pouvoir central et ils ont les mains liées pour décider librement de leur avenir (ils ne sont pas les seuls, car c’est le cas en Alsace, en Bretagne, en Catalogne, en Corse, en Flandres, au Pays Basque et en Savoie aussi).

La France Charnelle

Y a t il d’autres perspectives que celles que nous propose     (impose ?)  l’état français ?  

Déjà, si toutes les « Patries Charnelles », les « Pays Réels » (ceux que nous avons cités précédemment) pouvaient s’affranchir de la tutelle pesante du pouvoir central, représenté par les gouverneurs mis en place que sont les préfets, je pense que nous aurions, déjà, des politiciens locaux qui compteraient bien plus compte de l’avis des populations locales, puisque leurs carrières ne dépendraient plus, entièrement comme aujourd’hui, du gouvernement qui siège à Paris et des partis qui sont devenus des syndicats de politiciens français nécessaires à la promotion des leurs adhérents et entièrement voués au service de la politique de l’état français.
Cela ne vous a jamais semblé bizarre que pour décider de la forme, de la décoration ou de la peinture d’un bâtiment, nous soyons obligés de passer sous les fourches caudines d’un  « architecte des bâtiments de france », qui la plupart du temps n’est pas né ici, ne connait pas l’histoire, la langue et la culture de notre pays…ce qui mène parfois à des aberrations grave ? Et surtout, présente un réel danger de voir transformer un patrimoine local,  qui est un aboutissement de plusieurs siècles d’une culture spécifique, par des réalisations standardisées que l’on retrouve dans tous le coins de la planète…image d’un mondialisme pervers envahissant  sans racines ni repères.
Ne vous êtes vous jamais posé la question de savoir pourquoi, l’état français nous impose une perspective d’avenir uniquement tournée vers l’Ouest, alors que notre avenir est plutôt tourné vers l’Est ?  Par exemple, une LGV passant par Marseille pour venir à Nice est une aberration, alors qu’un ligne de chemin de fer vers l’Est allant de Nice à Alessandria, puis deux direction à partir d’Alessandria, une vers Turin, Chambéry, Lyon, Genève, Paris, Bruxelles, Amsterdam et Londres et l’autre vers Milan et l’Europe centrale et de l’Est, est la solution. Voilà un projet qui remettrait Nice au centre de l’Europe. Ne vous êtes vous jamais posé la question de savoir pourquoi l’état français nous imposait, et à nous seuls, une autoroute de contournement payante (et chère) qui, de plus engendre un trafic de camion incessant, alors que si nous pouvions décider chez nous ce qui est bon pour nous, nous instaurerions la gratuité de l’autoroute de contournement, nous imposerions le ferroutage et nous taxerions les camions qui circulent à vide et qui polluent ? Est ce que vous trouvez normal que le littoral qui doit être protégé continue à être bétonné ? Est il normal que « l’architecte des bâtiments de france » autorise des constructions (ou la réhabilitation de celles-ci) en bord de mer ?  Pourquoi un état centralisé à Paris peut-t-il autoriser la mise en place d’une OIN (Opération d’Intérêt National) dans une plaine alluvionnaire agricole en bafouant le principe de précaution pour ce site protégé ?  Comment se fait il que les entrepreneurs locaux, par le système qui est aujourd’hui imposé sur notre territoire, ne puissent plus obtenir les marchés locaux ? Trouvez vous normal que le système mis en place aboutisse à ce que les grands groupes français ou internationaux (Vinci, Veolia, Bouygues, Eiffage…) fassent main basse sur la ville ?  Est ce que vous trouvez normal que des travailleurs d’ici finissent par abandonner la petite entreprise qu’ils avaient montée et en laquelle ils avaient cru, parce qu’ils ne pouvaient plus supporter les obligations d’une administration française tatillonne et toutes les charges nouvelles qui en découlaient ? (J’en vois tous les jours…et pas plus tard qu’hier). La liste est longue quant aux contraintes que nous subissons qui sont à l’opposé de la façon de vivre des gens d’ici depuis des siècles.

Le Palais Royal à Turin

 

 

 

 

Demain ?

Comment le Pays Niçois peut il retrouver toute sa place au cœur de l’histoire de notre continent? Cela est il possible ? De quoi notre futur sera-t-il fait ? Bien sûr, nous n’avons pas de réponse toute prête à ces questions. L’histoire n’est écrite nulle part et elle se fait au gré des évènements et de la volonté des peuples. Mais, encore, faudra-t-il être prêt au moment où un changement se produira, où un bouleversement aura lieu, afin de choisir notre destin. Ce que nous savons, en revanche, c’est tout ce qui dessert la cause de notre territoire et de sa population. L’application copié/collé des structures françaises sur notre Pays Niçois n’est pas bon pour nous. La lutte au sein du système politique français dont les règles sont fixées par le pouvoir central de la « république une et indivisible » ne peut mener à rien de positif. Même s’inscrire dans des partis français pratiquant une opposition permanente au pouvoir central, si elle peut paraître sympathique, n’en est pas moins vouée à l’échec tant les dés sont pipés au départ. Tout combat mené au sein de l’hexagone est un combat sclérosé tant il est limité à un territoire étroit et refermé sur lui même. L’alter mondialisme est, également, une fausse piste qui ne fait que conforter le projet mercantile globalisant.

Faut-il, pour autant, se renfermer sur soi-même ?

Non, ce serait une attitude suicidaire à terme. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut se dégager du combat franco-français, sortir de cet hexagone rabougri pour s’ouvrir à d’autres qui partagent notre vision du monde: celle d’un monde libre, permettant l’épanouissement des peuples, de leurs langues, de leurs cultures et de leurs histoires. S’ouvrir aux autres pour les rencontrer, confronter nos cultures, découvrir d’autres façons d’être particulières et de rapport avec la terre sur laquelle on vit. Notre attitude pour survivre et éviter l’étouffement que, petit à petit, l’état français nous a imposé depuis un siècle et demi, n’est surtout pas de nous enfermer dans une tour d’ivoire, encore plus mortifère, mais bien, au contraire, de favoriser les rencontres et les échanges avec tout ceux, qui, en Europe, partagent notre désir de rebâtir de nouvelles structures qui survivront à l’écroulement de ce vieux monde, car elles ont montré pendant des siècles la force de leur permanence. N’oublions jamais que vivre une culture c’est aussi tendre à l’universel. Pour notre part, nous sommes favorables à développer les contacts et les échanges avec tous les anciens états de la Maison de Savoie qui ont bien vécu ensemble, que ce soit au sein du Saint Empire Romain germanique ou au sein du Royaume de Piémont-Sardaigne , des siècles durant et qui, de leur côté, demandent la même chose que nous. Recréons cette solidarité de l’Arc Alpin, qui, déjà, au sein de l’ Europe actuelle (même si elle ne nous convient pas) permettra de faire bouger les lignes. Ainsi, le jour venu, Nice et le Pays Niçois retrouveront toute leur place au sein de ce continent. 

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