Entretien avec… Jean Luc Gag

La permanence de notre culture Niçoise, prend certes ses sources dans notre passé, mais s’alimente au quotidien des  productions culturelles de tout ceux qui créent aujourd’hui.

 

 

Cette culture est multiforme, comme nous l’avons vu dans nos entretiens précédents, mais nous n’avions, jusqu’alors, pas abordé une des facettes de celle-ci: la production  théâtrale. Il est  vrai que, dans notre rubrique « Nos Grands Ancêtres », nous avions présenté une biographie, forcément élogieuse, d’un grand homme de Théâtre Niçois, Francis Gag. Aujourd’hui, nous allons à la rencontre de son petit-fils, Jean-Luc Gag. Il nous a reçu dans les bureaux de l’annexe du « Théâtre niçois Francis Gag », pour ce qui est plus un échange entre deux Niçois amoureux de leur ville, de leur pays et de leur culture, qu’un entretien conventionnel.

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Robert Marie MERCIER: Jean Luc Gag, je vous remercie de m’accorder cet entretien pour notre site « Racines du Pays Niçois » dans ce lieu qui respire le théâtre.

Jean Luc GAG: c’est un plaisir pour moi, d’autant que nous avons mis du temps avant de trouver un créneau satisfaisant pour chacun, mais, vous voyez, nous y sommes finalement arrivé. Oui, ici, tout respire le théâtre car c’est un lieu que nous utilisons souvent pour répéter, par exemple, quand le théâtre est occupé, pour y entreposer des costumes que vous avez pu apercevoir en entrant et aussi pour faire office de bureau pour régler toutes les affaires administratives concernant le théâtre.

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R.M.M: Jean Luc, avant de parler de ce que vous faites, j’aimerai que l’on parle de vous, de votre famille de vos origines.  

J.L.G: Pour me présenter, dans ce que l’on peut appeler une histoire de famille, je suis le petit-fils de Francis Gag, le fondateur, et fils de Pierre-Louis Gag, son fils et mon père, mais, pour compléter l’énumération de cette série, je dois ajouter que ma fille, Marie, joue dans la troupe du « Théâtre Niçois de Francis Gag ».

R.M.M: Nous avons là toute une lignée de « Nissart » AOC

J.L.G: Si cette histoire a commencé un jour, c’est parce que mon arrière-grand père, un Gagliolo (le père de Francis) était parti de sa Ligurie natale pour venir s’installer à Nice et sa femme, mon arrière-grand-mère, elle, était originaire du Piémont. Et c’est parce que leur intégration s’est faite par l’adoption de la langue « nissarde » que mon grand-père a baigné dans cette musique parlée, qu’est notre langue, depuis son plus jeune âge et qu’il a tant voulu conserver ce qui était, pour lui, un véritable trésor.

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R.M.M: En fait, il a entendu cette langue et a parlé niçois depuis son plus jeune âge ?

J.L.G: Bien sûr, il a passé son enfance dans Nice, imprégné de cette langue dont il avait perçu la richesse. Mais, les générations suivantes en ont été sevrées et, c’est en faisant le constat que notre langue risquait de se perdre qu’il a créé le « Théâtre Niçois », son théâtre. Les statuts en ont été déposés le 17 Janvier 1936, sous le nom de « Théâtre Niçois de Francis Gag », nom qui est le sien encore aujourd’hui.

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R.M.M: Si vous le voulez bien, revenons un peu à vous.

J.L.G: En ce qui me concerne, après des études menées à leur terme, j’ai longtemps travaillé dans la banque, mais, il y a quinze ans, j’ai choisi une autre orientation plus en conformité avec mes activités culturelles. Comme depuis tout petit, j’entendais et parlais plutôt pas mal le « Nissart », j’ai décidé de passer les concours pour devenir professeur de Niçois et transmettre aux plus jeunes les subtilités de notre langue. J’enseigne en collège, en BTS et en Fac’.

R.M.M: Vous me dites que vous entendiez et parliez notre langue, tous les jours… chez vous ?

J.L.G: Oui, dès que nous le pouvions, nous parlions en Niçois pour être en phase avec notre père et grand-père, mais, aussi, au Théâtre, car je suis monté sur les planches dès l’âge de 8 ans. C’est ainsi que je me suis perfectionné avec la « lenga nouòstra ».

R.M.M: Quel est votre rôle dans ce théâtre ? Vous en êtes le directeur ?

J.L.G: Non, je ne suis pas le directeur du théâtre, c’est mon père qui tient ce rôle et cette fonction. Pour ma part, je pourrai dire que je m’occupe de l’organisation logistique du théâtre. Cette fonction consiste à veiller à l’organisation générale au quotidien, à assure la communication avec les membres de la troupe (qui sont au nombre de 40 quand même), à gérer tout ce qui est Internet et à déléguer les tâches.  Je peux vous dire que cela occupe bien. D’autant que j’écris de nouvelles pièces quand je peux dégager du temps.

R.M.M: Vous avez 40 comédiens dans votre troupe ?

J.L.G: Non, il ya 40 membres dans la troupe dont 30 comédiens. Les 10 autres sont indispensables car ils assurent tout ce qui va autour des pièces  jouées sur scène: les costumes,  les décors, l’accueil, etc. Et, sans leur travail, rien ne serait possible. Nos comédiens forment une palette de plusieurs générations, le plus jeune a 10 ans et le plus âgé, 82 ans. Toutes ces générations ont un dénominateur commun qui est la langue, véritable fil conducteur de notre engagement.

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R.M.M: Votre répertoire est, sans doute, essentiellement, celui de Francis Gag  ?

J.L.G: Nous n’avons pas abandonné l’œuvre immense de mon grand-père, mais nous avons bien été obligé de la compléter par des créations plus récentes. il faut dire qu’à la mort de Francis, en 1988, nous avons repris un théâtre dont le public avait vieilli et qui se faisait plutôt rare. Nous avons dans un premier temps modernisé les outils. Ensuite, dès 1997, nous avons renouvelé le répertoire, avec pas moins de 14 créations à ce jour.

R.M.M: Vous nous avez dit que vous écriviez de nouvelles pièces: c’est donc de vous que vient ce regain ?

J.L.G: C’est vrai que j’écris, mais je ne suis pas le seul. Pour ma part, j’ai écrit 7 pièces depuis 2011. J’ai suivi les préceptes que nous avait enseigné mon grand-père et qui étaient inscrits dans les statuts originels du « Théâtre Niçois de Francis Gag » : le but était de maintenir et illustrer le dialecte niçois. Il faut prendre le terme illustrer dans son acceptation d’origine…mettre en lumière, étymologiquement « in lux ». en fait, donner tous les sentiments cachés. c’est que j’essaie de faire lorsque j’écris: partir de rien, de quelque chose d’inerte pour lui donner vie.

R.M.M: Et les autres auteurs, qui sont ils ?

J.L.G: Nous avons la chance d’avoir deux auteurs, qui sont aussi, metteurs en scène, dont le talent n’est plus à reconnaître. Notre plus vieux membre, Laurent Térèse, qui est chez nous depuis 1958 et Hervé Barelli, un spécialiste de la langue et de l’histoire de notre pays. Mon père Pierre Louis Gag fiat aussi partie de nos auteurs. Je me réjouis d’avoir la chance de collaborer avec ces magnifiques écrivains, et, ce, d’autant plus que je me suis fixé pour règle de ne pas jouer dans les pièces que j’écris ni de les mettre en scène.

 

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R.M.M: Et parmi tout ce répertoire, y a t il des pièces qui traite de sujets contemporains ?

J.L.G: Si je voulais classifier toutes les pièces qui sont à notre répertoire, je pourrais les classer en 4 catégories. Les pièces dont l’action se situe dans le passé: ce sont celles qui racontent l’histoire de notre pays et qui montrent que la langue était bien le véhicule quotidien de l’expression, il n’y a pas si longtemps (trop longtemps pour nous. Ndlr). Vous avez une catégorie de pièces intemporelles dont l’action peut avoir eu lieu à n’importe quelle époque. Nous avons, ensuite, ce que j’appelle les pièces contemporaines, comme la trilogie des années 60 et qui fait ressortir que le la langue niçoise était en danger ainsi que la volonté de résistance d’un certain nombre pour qu’elle ne se perde pas. Enfin, les pièces actuelles dont l’importance n’est pas à démontrer car elles permettent aux jeunes de s’identifier aux personnages et montrer que la langue peut être utilisée de nos jours.

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R.M.M: Et ce théâtre dans une langue enracinée est il suivi par le public ?

J.L.G: C’est notre grande satisfaction, car nous avons souvent des sales pleines. A peu près 4000 spectateurs par an viennent au théâtre chez nous et nous devons fonctionner sur le principe des réservations pour ne pas être débordés. Bien sûr, cela ne doit pas démobiliser les gens qui veulent venir voir nos productions dans la langue du pays. Il suffit de s’y prendre à l’avance et de réserver. Nous diffusons des messages publicitaires par tous les vecteurs qui veulent bien nous soutenir et je dois dire que votre site ne manque pas de faire la publicité du « Théâtre Niçois de Francis Gag » dont la page culturelle mensuelle est très bien faite et que je consulte régulièrement.

 

R.M.M: Je vous remercie, mais c’était notre but dès le départ d’être une tribune pour la culture niçoise contemporaine. Est ce que votre troupe donne vous des spectacles en dehors du « Théâtre Niçois de Francis Gag » ?

J.L.G: Bien sûr, même si la plus grande partie de notre activité se déroule dans notre théâtre au numéro 4 de la rue Saint Joseph, il ‘en est pas moins vrai que nous nous produisons aussi dans le Comté de Nice ainsi qu’à l’international.

R.M.M: Depuis le début de cet entretien, nous sommes devant la « statue du commandeur », le tableau de votre grand-père qui trône au dessus de votre bureau. Il y a une forme de fidélité dans votre engagement ?

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J.L.G: Vous avez parfaitement défini la motivation qui me guide, la Fidélité. Pour moi, c’était évident de continuer l’œuvre entreprise par mon grand-père. Fidélité à mon grand-père qui a commencé cette formidable aventure et dont j’ai l’impression de respecter la volonté: il me semble, tout le temps, qu’il est, là, parmi nous. Fidélité à ma langue qui m’est aussi indispensable que le sang qui coule dans mes veines: elle est le support de ma culture. Fidélité à mon pays qui, aujourd’hui, n’existe plus que par sa culture, que nous essayons, avec d’autres de maintenir bien vivante. Nous sommes des héritiers et des transmetteurs: ce bien précieux que nous avons reçu de nos ancêtres, nous devons le léguer aux générations futures.

1° Festa de la Countèa de Nissa

R.M.M: S’il fallait terminer cet entretien par une phrase, quelle serait elle ?

J.L.G: Je pense que ce serait: « donner du bonheur au gens tout en se faisant plaisir ».

R.M.M: Voilà une belle conclusion pour notre entretien, il ne me reste plus qu’à donner les coordonnées nécessaires pour vous joindre (Responsable : Mr GAG Jean-Luc, Adresse : 4 RUE SAINT JOSEPH Théâtre Municipal Francis Gag
Code postal : 06300, Ville : Nice. Téléphone : 04.93.74.83.05. Mobile : 06.61.74.89.12. Email : contact@theatrenicoisdefrancisgag.fr . Site internet :
www.theatrenicoisdefrancisgag.fr) et à vous remercier.

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J.L.G: Merci à vous et à bientôt au théâtre.