Espaces verts en danger !

Sauvons l’essentiel !

Un combat est mené, depuis plusieurs mois, de l’autre côté de la frontière du Var, par des habitants de Cagnes sur Mer, sous la houlette de Patrice Arnaudo, pour empêcher que l’on bétonne un des derniers espaces verts de cette ville. Notre ami Patrice nous a demandé si ce combat qu’il menait, là bas, nous intéressait, nous à « Racines du Pays Niçois » et si il pouvait compter sur notre appui. Nous avons répondu favorablement à sa demande de soutien, car la situation précaire de l’agriculture dans le « Païs Nissart » nous inquiète au plus haut point. Nous comptions, d’ici peu, développer une action en ces  sens avec tout les acteurs concernés (producteurs locaux, consommateurs locaux, restaurateurs locaux, écolo-conscients locaux…). Nous nous sommes rendu à Cagnes sur Mer, il y a un mois,  lors d’une manifestation organisée par le collectif « Mar e Terra » dirigé par Patrice Arnaudo et nous en avons profité pour lui poser quelques questions.


Bob Lenissart: Patrice Arnaudo, bonjour, nous aimerions savoir qui vous êtes et quel a été votre parcours dans la mouvance de défense des peuples, des langues et des cultures.

Patrice Arnaudo: Bonjour, tout d’abord, laissez moi vous dire que je suis très content de vous voir aujourd’hui à nos côtés. Quant à moi, je suis fils de pêcheur du Cros de Cagnes et petit-fils d’ouvrier de la Madeleine. Comme beaucoup de familles d’origines italiennes arrivées dans la région au début du 20ème. Siècle ,mes ancêtres se sont intégrés en grande partie grâce à la langue  nissarde. J’ai toujours eu la musique de cette langue au fond de l’oreille et le comprenais parfaitement. Mon engagement effectif pour la défense de la conservation de la langue, c’est à la fac’ qu’il a pris corps  grâce à un bon  copain, Erwan, un breton qui apprenait le nissart et là j’ai pris conscience que cette langue avait une dignité et méritait que l’on se batte pour elle. Petit à petit, j’ai pris conscience  que j’avais le niveau pour passer le concours de professeur d’occitan (ndlr : puisque le nissart est intégré dans l’enseignement dans la rubrique Occitan). Depuis je milite au sein de l’association des professeurs de Langues régionales. Dans le secondaire, depuis dix ans, nous sommes passés de 400 élèves à 1300 élèves. C’est encourageant, mais il y a encore beaucoup à faire pour informer les parents et enseigner notre langue au plus grand nombre. L’enseignement des langues occitanes est très formateur sur le plan citoyen et pour l’identification à une culture locale. En s’investissant dans la langue, on s’intéresse forcément à la culture locale et  obligatoirement aux « choses de la cité » (ndlr : ce qui correspond à la définition de la politique dans la démocratie Grecque ancienne), choses de la cité qui sont souvent reléguées au second plan par les structures du centralisme français. On oublie trop souvent que la linguistique peut jouer un rôle important dans notre vie de tous les jours et que la citoyenneté inclue la notion de cité. De la même façon le nissart m’a ouvert les portes de l’univers radiophonique sur France bleu Azur et Frequence K ou depuis dix ans nous avons pu constater des évolutions puisque de nouvelles émissions viennent de voir le jour avec des jeunes qui prennent la relève.


B.L.: Alors, comment êtes vous passé de la culture à l’agriculture ?

P.A.: En 2009, j’ai entendu parler d’une enquête publique car un permis de construire avait été accordé pour deux immeubles sur les deux derniers champs non construits du Cros de Cagnes. Le projet portait sur des immeubles de 3 et 4 étages dans un quartier pavillonnaire composé de petites allées, ces petits allées qui font l’identité villageoise du Cros. Je me suis dit: « Si on lâche là c’est cuit. Les promoteurs arriveront, ensuite, à acheter toutes les petites villas alentour et «adiéu la tranquilità !» J’ai signé le cahier d’enquête publique avec ceux qui ne voulaient pas de ce projet, sans trop y croire, et en fin de compte le projet à été bloqué. Mais, c’était trop beau : un an après le promoteur est revenu avec un nouveau  projet et la mairie a accordé un nouveau permis. Cela ressemblait à de l’acharnement! Un des signataires du texte qui s’opposait au projet de construction, avait évoqué des jardins « bio » en bord de mer. J’avais trouvé l’idée folle mais géniale. Avec quelques riverains nous avons créé « Mar e Terra », un collectif qui ne se contente pas de s’opposer à la  bétonisation à outrance,  mais propose une alternative réfléchie afin de préserver un de nos bien les plus précieux: les dernières terres fertiles qui nous restent. Il y avait un  problème car que l’un des deux terrains était privé et la mairie nous a, dans un premier temps, demandé de faire une quête pour acheter ce terrain. Cela avait pour signification que la « loi littorale » et le « Grenelle de l’environnement » ne faisaient pas le poids face à la loi du marché qui, elle, n’a que faire des espaces verts et de la culture des tomates. Depuis  nous avons appris qu’une subvention venait d’être instituée par la Région pour « soulager » au niveau financier, toute ville qui souhaiterait acquérir un espace à vocation  agricole. Nous avons interrogé les pouvoirs publics et nous allons bientôt savoir si de telles dispositions existent au niveau du Conseil Général des Alpes Maritimes et  au niveau de l’Union Européenne. Bien sûr, il n’a jamais été question de spolier la propriétaire de  ce terrain (qui vit aux Etats-Unis) et  c’est pourquoi nous activons pour trouver une solution acceptable : je pense que, si chacun fait un effort de son côté, nous pourrions sortir de cet imbroglio qui s’éternise depuis près de 15 ans. Quand je vois que la mairie de Mandelieu se disait prête à dépenser 5 millions d’Euros simplement pour permettre à une dizaine de Yachts l’entrée dans son port de plaisance, je me dis que si nos élus locaux (qui se disent, à présent, tous écolos) ont de l’argent à mettre dans des réalisations somme toute polluantes, ils devraient également pouvoir en débloquer pour la protection de l’environnement.


B.L.: Avez vous avancé sur vos projets ? Avez vous été entendus ? Quel est le projet final ?

P.A.: Faire aboutir nos légitimes revendications sera  quand même difficile et particulièrement pour le terrain sud qui est privé. Mais, en cas de succès de notre démarche, nous souhaiterions que l’on puisse créer des jardins familiaux, ces jardins qui donneraient la possibilité à environ une vingtaine de familles aux moyens limités de cultiver des potagers communautaires et, donc,  permettraient à ceux-ci (au minimum une soixantaine de personnes) de manger une nourriture saine à moindre frais.  Tous les riverains seraient invités à recycler leurs déchets organiques dans des containers à compost. Quant au champ nord, nous souhaiterions en faire un jardin pédagogique et paysager parsemé d’arbres fruitiers et de plantes méditerranéennes, ouvert aux « scolaires ». Je peux vous dire qu’il y a deux écoles à proximité et que les parents d’élèves sont enthousiasmés par notre projet. On pourrait créer un lieu de vie avec des bancs pour que les anciens du quartier viennent s’y asseoir et même un petit local dans lequel des cours de cuisine, de jardinage, des vidéo-projections sur l’environnement et des rencontres avec des artistes locaux pourraient voir le jour. Puisque vous m’avez posé la question de la gestion future de telles structures, je vous dirai qu’il y a deux solutions : soit le collectif prenant la forme d’une association déclarée pourrait gérer les lieux, soit la mairie crée une régie municipale. Une telle réalisation serait unique sur le littoral. Cagnes/mer pourrait ainsi développer un tourisme vert et intelligent en organisant des visites et, je lance l’idée, pas si folle que cela, pourquoi ne pas ouvrir un restaurant « bio » qui permettrait à la commune de faire rentrer des recettes.

B.L.: Dans cette affaire, je suppose que vous avez des soutiens.

P.A.: En plus des riverains qui sont concernés, bien sûr, il y a des habitants d’autres quartiers de Cagnes ou même d’anciens habitants du Cros, chassés par le colonialisme immobilier, mais toujours attachés à leur village. Il y a aussi des associations écologistes comme Région Verte, Le Collectif pour les Terres Fertiles et  Agri-Bio 06. Nous avons beaucoup d’élus de l’opposition Cagnoise, le chargé de mission pour l’environnement du Conseil Régional et beaucoup d’artistes nissarts comme les « Nux Vomica », les « Gépètos » ou « l’AOC06000 » qui ont eu même la gentillesse de composer une petite chanson sur le Cros de Cagnes. Et, il ne faut pas oublier les jeunes de Castagniers qui ont été formidables. Bien sûr, je ne saurai passer sous silence le soutien que votre association « Racines du Pays Niçois » nous a apporté.


B.L.: Patrice, vous avez su nous convaincre de sortir de notre Comté et de venir soutenir votre combat, ici, à Cagnes. Vous pensez donc que nos intérêts sont liés. En fin de compte vous avez été très persuasif.

P.A.: Parce qu’il y a des gens bien à Nice ou peut-être parce que 150 ans après l’annexion Nice a réussi à coloniser un bout de France avec la CUNCA!…. Plus sérieusement, nos élus, sans nous demander notre avis, nous ont imposé cette communauté urbaine. On ne nous avait promis que des avantages. Mais on ne dit jamais assez que les Cagnois vont devoir payer pour une ligne 2 du tram qui, en fin de compte, ne viendra peut être jamais chez eux. Quant aux gens de Colomars ou de Levens ils vont certainement devoir financer un nouveau port de plaisance sur Cagnes dont ils n’ont strictement rien à faire. Ce gigantisme éloigne un peu plus le citoyen des centres de décision. Nos maires ont perdu la main c’est le président de la CUNCA qui prend les décisions les plus importantes. Ils n’ont même plus la maîtrise de leur PLU, ils vont peu à peu devenir de simples  présidents de Comité de quartier. Il faut être conscient d’une chose, si les gens de Castagniers, d’Aspremont ou du Cros se battent seuls  dans leur coin, ils sont foutus, mais s’ils s’unissent ils seront plus nombreux que les spéculateurs qui vivent sur le dos des habitants de ce pays en en voulant toujours plus sans rien faire pour ce pays.


B.L.: Vous savez que nous avons en projet un grand dossier à ouvrir sur l’agriculture dans le Comté de Nice, agriculture qui est menacée par le béton à l’heure actuelle. Nous pensons que nous pourrions produire ici pour consommer ici, ce qui serait un bien pour tous tant au niveau de moindre dépense d’énergie que de moindre pollution due au transports pour importer ce que nous pourrions produire ici.  Nous vous appellerons à notre tour à ce moment là.

P.A.: Bien sûr j’espère que vous allez vous organiser pour ne pas les laisser bétonner une des plaines les plus fertiles d’Europe, la Plaine du Var,  et tout çà au nom de l’écologie!! Je pense qu’il y a   un potentiel de mobilisation sur Nice, particulièrement sur les collines et dans le Haut-Pays et les vallées où les gens ont gardé l’esprit de résistance des « Barbets ». Quand je vois que dans un village comme le Cros où les gens sont d’ordinaire si fatalistes on a pu mobiliser  je suis sûr que vous allez pouvoir agir. Il y a un réseau d’associations assez dense et  maintenant il va vous falloir le fédérer. Il n’est plus possible d’entasser, de sur-construire, de surconsommer. Le développement que l’on nous propose pour la future « éco-vallée » vise à créer une grande métropole jusqu’à Plan-du-Var avec un semblant de « Central Park » en contre partie…Il faut se bouléguer car, si on laisse détruire toute notre agriculture locale, un beau jour « lu caga-blea ne pouran  plu caga de blea! »


B.L.: Et bien Patrice, nous suivons votre combat. Vous savez que vous pouvez compter sur notre soutien et…bon courage. A bientôt pour vous retrouver à nos côtés dans le dossier « agriculture dan le Comté de Nice ».

P.A.: Je serai là avec mes amis plus déterminé que jamais. Et  encore merci.