L’Histoire finit toujours par présenter l’addition…

Les événements qui viennent de se dérouler pas très loin de chez nous, en Europe, nous montrent que rien n’est figé dans le temps et que l’histoire des peuples et des nations est en perpétuel mouvement.

 

Un petit peu d’histoire :

Il faut situer l’histoire de toutes les communautés enracinées au sein de notre continent comme parties prenantes de l‘histoire de l’Europe. Ce continent, aux peuples multiples, a vu deux conceptions bien différentes s’affronter au cours des siècles : la conception impériale et la conception impérialiste. La France, un des rares états en Europe à s’être construite par la conquête ou l’annexion, imposant sa culture et sa langue aux peuples soumis, représente  la conception impérialiste. Beaucoup d’autres états se sont bâti sur un principe confédéral, préservant les « droits et privilèges » des peuples, leur langue, leur culture et leurs cultes religieux : c’est la conception impériale que l’on retrouve dans le « Saint Empire Romain Germanique » (héritier spirituel des empire de l’antiquité européenne). Les rois de France, tout comme ceux qui leur ont succédé, au cours de notre histoire se sont opposé à cette Europe des Peuples que représentait le « Saint-Empire Romain Germanique ». La naissance des « Etats-Nations » au 19° siècle a accentué ce phénomène. Cette lutte entre les Bourbons et les Habsbourg sera une constante de l’histoire européenne.

 

Pour comprendre les événements actuels, il faut se placer dans une perspective historique qui aide à déchiffrer notre monde, aujourd’hui. L’affrontement entre les nations espagnoles et catalanes y trouve sa source.

 

La Catalogne, en tant que nationalité et communauté autonome du nord-est de l’Espagne (avec une partie en France actuelle) devient une réalité sociale et politique à partir du Xe siècle

Au Bas-Empire, les provinces sont réorganisées et la Tarraconaise réduite au nord-est de la péninsule, correspondant à peu près à un territoire légèrement plus vaste que l’actuelle Catalogne. Il s’agit, alors, du seul territoire hispanique à rester sous contrôle romain et à ne pas passer sous la domination des autres peuplades germaniques au Ve siècle, C’est l’installation dans cette région d’un peuple barbare fédéré à Rome, les Wisigoths, qui contribue au maintien d’une certaine stabilité. Déjà, la Catalogne se distingue du reste de la péninsule ibérique. Certains prétendent que l’origine du mot Catalunya viendrait de Gothalonia (ce qui signifie « pays – ou Land en allemand – des Goths », les Wisigoths en l’occurrence). L’autre hypothèse qui semble aujourd’hui plus crédible, fait découler Catalunya du « pays des castlans » (en français castellans ou châtelains)), des habitants des châteaux, comme semble le prouver l’usage dans le Languedoc du XIIe siècle du même mot latin cathalani pour parler des Catalans et des castlans. Ainsi le nom de Catalogne viendrait de son dense réseau castral.

Après la prise de Barcelone par Charlemagne en 801, la frontière entre son territoire et les terres arabes est intégré à la marche hispanique de l’empire carolingien. La marche n’est qu’un ensemble de comtés avec majeures droits et libertés car ils devaient répondre rapidement aux éventuelles attaques des arabes. Au début, la plupart des comtes nommés par les empereurs carolingiens sont des grands aristocrates francs qui portent souvent le titre de « marquis ». Les comtés des territoires où il y a la Catalogne actuelle sont ceux de Barcelone, Urgell, Cerdagne, Empúries, Pallars, Ausone, Roussillon et Gérone.

À partir de 878, ces comtés sont virtuellement indépendants, les rois francs se contentant désormais d’entériner simplement les successions comtales, les différents pouvoirs locaux étant devenus de fait héréditaires.

La marche catalane s’émancipa progressivement de la tutelle franque à partir de 985. Ni les derniers Carolingiens, ni Hugues Capet ne répondent aux demandes de secours de Borrell II (947-992), comte de Barcelone, assiégé en 987 par Mohammed ibn-Abi Amir dit el-Mansour. Des historiens catalans voient dans ce renoncement l’acte fondateur de l’indépendance catalane, qui amène la population à se défendre par soi-même sans influence du lige.

La Principauté de Catalogne (Principat de Catalunya), est l’État+, sous l’autorité des cours catalanes, le Parlement), créé en 1162 par l’union de tous les comtés catalans dont le souverain est Alphonse I de Catalogne-Aragon. Ce n’est pas un royaume mais une union de comtés indépendants unis par des lois uniformisées par les Corts. Sa configuration finale ne s’est achevée qu’en 1491. Elle est organisée en vigueries. Sa langue est le catalan. Sa capitale est Barcelone, la Ciutat Vella avec ses propres droits fors et une représentation directe au Parlement), les autres villes importantes étant Perpignan, Gérone, Lleida, Manresa, Vic, Tarragona et Tortosa. Le souverain de l’ensemble de ces comtés unis avait la dignité de Comte de Barcelone.

Déjà, en 1064, aux usages de Barcelone, on parle de Ramon-Berenger Ier et d’Almòdis de la Marcha comme des principes du principatu; le principatu étant l’ensemble des comtés de Barcelone, Gérone, et Osone.

Dans les cours catalanes, en 1283, on utilise l’expression Université de Catalogne (en catalan, Universitat de Catalunya) pour se référer à l’ensemble des personnes qui habitent la Principauté de Catalogne. Les îles Baléares, les comtés de la Cerdagne et du Roussillon sont considérés comme faisant partie de la Principauté de Catalogne.

Sous le règne du fils de Jean II, Ferdinand II d’Aragon dit le Catholique, eut lieu l’union dynastique avec la Castille en 1472 mais chaque royaume gardait ses coutumes, droits, langue et culture à soi.

Désormais intégrée à l’empire des Habsbourg espagnols, la Catalogne resta en retrait de l’aventure coloniale en Amérique. La Catalogne essaya de conserver son autonomie, et de rester à l’écart des préoccupations du reste du royaume d’Espagne.

Cette situation se heurta à la politique centralisatrice espagnole. Lorsque l’Espagne et la France furent en guerre au début du XVIIe siècle, la Catalogne se révolta contre les excès de l’armée impériale.

Éclata alors la guerre des Faucheurs (dels segadors). Les Catalans développèrent des sympathies pro-françaises. La France profita de la situation pour conquérir la partie nord de la Catalogne et conclut le traité des Pyrénées en 1659, qui scella définitivement la séparation du Roussillon et d’une partie de la Cerdagne du territoire catalan. La Catalogne continua à être soumise à la politique centralisatrice espagnole. Lors de la guerre de Succession d’Espagne, les Catalans choisirent les Habsbourg moins centralistes que les Bourbons. La Catalogne paya cher de s’être alliée aux vaincus. Les Bourbons lui ôtèrent ses prérogatives en 1714 après une sanglante guerre qui finit avec la capitulation de Barcelone après un très long siège. Le jour de la capitulation de Barcelone le 11 septembre, jour de la dernière résistance catalane, est devenu jour de « fête nationale » en Catalogne.

À la fin de la Guerre de Succession d’Espagne, en 1716, le Décret de Nova Planta du Roi Philippe de France de la maison de Bourbon marqua le début de la monarchie absolue et abolit le Parlement catalan. Les Catalans du sud perdirent leurs libertés nationales Pourtant, dans ce décret, la Principauté de Catalogne désignait encore l’ensemble des territoires cités ci-dessus, à l’exception des comtés de la Catalogne Nord, offerts par Philippe IV d’Espagne à la France en 1659.

Après cette partie historique fondamentale, qui explique le « particularisme catalan », nous allons voir les évolutions de l’histoire contemporaine qui permettra de comprendre le traumatisme subi, aujourd’hui, par le peuple catalan.

En 1931, avec la chute du roi Alphonse XIII et une heure avant la proclamation de la République à Madrid est proclamée la République catalane confédérée à l’Espagne par Francesc Macià , premier président de la Catalogne républicaine, à la suite de la victoire électorale des partis catalanistes de gauche et obtient en échange, après une transaction avec le nouveau gouvernement de la République espagnole, un statut d’autonomie en 1932 qui ressuscite l’institution de la Généralité de Catalogne comme gouvernement autonome.

L’adoption du statut de la Catalogne, le 15 juin 1932, fut portée au crédit du gouvernement. Manuel Azaña n’avait pas ménagé sa peine pour faire voter par les Cortes un texte qui, tout en accordant à la Catalogne les institutions, dont la Generalitat, auxquelles elle aspirait depuis un siècle, était compatible avec la Constitution espagnole. La Généralité étant tenue par l’Esquerra, il s’agissait d’un appoint précieux pour le gouvernement. En revanche celui-ci ne mettait aucun empressement à faire avancer les revendications des nationalistes basques, catholiques bon teint et tenus pour hostiles à la République, ce qui, jusqu’en 1936, était vrai dans une large mesure.

Au cours de la guerre civile d’Espagne, la Catalogne républicaine finit par tomber aux mains des partisans du général Francisco Franco. Lluís Companys, qui fut président de la Généralité de Catalogne de 1934 à sa mort, exilé en France après la Guerre civile espagnole, a été livré au régime franquiste par la Gestapo et exécuté à Montjuïch, au cri de « Per Catalunya! » (« Pour la Catalogne ! »). Sous le régime autoritaire du dictateur Francisco Franco (1939-1975), la Catalogne perdit son statut d’autonomie et le catalan fut interdit. Des livres en catalan furent brûlés, tandis que les imprimeries furent sujettes à une censure brutale. Un grand nombre d’écrivains catalans s’exilèrent. Durant au moins une décennie, le catalan ne put s’employer qu’à l’intérieur du foyer familial, même si, par exemple, la publication très limitée d’ouvrages en catalan fut autorisée à partir de 1943. Les années qui suivirent se caractérisèrent par une résistance culturelle d’ordre général.

La Constitution espagnole de 1978 accorde à la Catalogne une autonomie politique et rétablit la Generalitat, et le Parlement catalan. Depuis lors, la Catalogne est devenue une Communauté autonome (CA) au sein de l’Espagne. En 1982-1983, en lien avec le coup d’État un an auparavant, une loi, la LOAPA, limitera le développement des CA « historiques ».

La politique linguistique catalane est axée sur la normalisation du catalan et sur sa promotion dans un contexte de bilinguisme imposé par l’État. La politique linguistique actuelle s’applique aussi sur une petite minorité, les Aranais du Val d’Aran, au nord-ouest de la Catalogne, qui parlent l’occitan dans sa variété gasconne et dont les droits linguistiques sont reconnus et respectés.

Jordi Pujol fondateur en 1974 du parti politique Convergència Democràtica de Catalunya (C.D.C.), devient en mai 1980 le président de la Généralité de Catalogne, chef du gouvernement autonome de la région.

Il sera investi président par le Parlement de Catalogne à 6 reprises et se retirera progressivement de la vie politique après les élections de 2003. Els Segadors devient officiellement l’hymne national de la Catalogne en 1993

Les élections de 2003 voient l’accession du socialiste Pasqual Maragall (Partit dels Socialistes de Catalunya, PSC) à la présidence catalane. Il gouverne avec Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) et Iniciativa per Catalunya Verds-Esquerra Unida i Alternativa (ICV-EUiA), coalition qui dépasse le nombre de sièges de CiU.

Le 16 septembre 2005, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers approuva officiellement le « cat », premier domaine pour une communauté linguistique. L’association Plateforme pour le droit à décider est créée fin 2005 et deux grandes manifestations sont convoquées en 2005 et 2006, avec plus de 500,000 participants. Un grand mécontentement se manifeste ainsi devant les reculs que supposent les modifications du Statut. L’impossibilité de négocier avec Madrid des améliorations, pourtant accordées au préalable par consensus, met en évidence le processus de recentralisation de l’État initié depuis les années 1990 par les gouvernements espagnols qu’ils soient de droite ou de gauche. Ce mouvement s’accompagne du développement de l’indépendantisme.

Le gouvernement de coalition composé de trois partis (« tripartit ») entame le processus d’élaboration d’un nouveau Statut d’autonomie de la CA, statut resté inchangé pendant 25 ans. Après d’âpres discussions, il est approuvé par la Parlement de Catalogne le 30 septembre 2005. La proposition du nouveau Statut est ensuite présentée au Parlement espagnol. Malgré l’engagement pris par le président du gouvernement de l’État espagnol, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero (PSOE), de l’accepter en l’état, le statut est substantiellement modifié. Il est approuvé par le Parlement espagnol sous cette nouvelle forme au printemps 2006 et adopté en Catalogne par referendum le 18 juin 2006.

En 2006, après un référendum au mois de juin, un 3e statut d’autonomie devait être adopté, mais la Cour Constitutionnelle l’annule. Ce geste inaugure une nouvelle étape, le processus d’indépendance que vit la Catalogne depuis lors et qui devrait aboutir en la consultation du 9 novembre 2014.

Des élections catalanes suivent ces événements politiques et sociaux, le 8 novembre 2006. Elles sont à nouveau remportées par CiU mais les trois partis PSC, ERC et ICV reforment une coalition. José Montilla (PSC) devient Président de la Generalitat de Catalunya. Parmi les lois approuvées sous ce second « tripartit » on peut noter la loi pour l’éradication de la violence sexiste et la loi des services sociaux.

En 2009, le mouvement social indépendantiste et favorable à l’autodétermination organise un referendum non officiel à Arenys de Munt, ville du Maresme. Malgré l’opposition du gouvernement espagnol, le mouvement organise des centaines de consultations dont une à Barcelone en 2011. Au total presque un million de personnes se sont exprimées dans les urnes ; une grande majorité en faveur de l’indépendance de la Catalogne (N).

Entretemps, une grande manifestation est organisée le 10 juillet 2010 par plusieurs organisations civiques de la région. Elle fait suite à l’arrêt de la Cour constitutionnelle espagnole défavorable au modèle d’immersion linguistique en catalan. En place depuis les années 1980, ce modèle est déclaré anticonstitutionnel. Une mobilisation à Bruxelles a également lieu.

Les élections du 28 novembre 2010 voient le PSC et l’ERC perdre des députés. La coalition des trois partis devient difficile à reconduire. Investi Président de la Generalitat le 23 décembre 2010, Artur Mas revendique un nouveau modèle de financement pour la Catalogne, inspiré de celui du Pays basque et Navarre Il évoque également l’idée d’une transition nationale de la Catalogne, unitaire et basée sur le droit à décider.

En février 2011, Mas obtient le règlement par l’État de sa dette envers la CA catalane de 759 millions d’euros, mais José Luis Rodríguez Zapatero exige des coupes budgétaires supérieures à 10%. Ceci débouche sur d’importantes restrictions, la création de nouvelles taxes, l’augmentation des droits d’inscription universitaires, etc.

Créée début 2012, l’association Assemblée Nationale Catalane (ANC) organise la manifestation du 11 septembre 2012. Favorable à l’indépendance de la Catalogne, elle réunit près de deux millions de participants selon les organisateurs, un million et demi selon la police (NOTE). Face au refus par le nouveau président de droite du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy (Parti Populaire), de négocier la proposition d’un « pacte fiscal » approuvé par le Parlement catalan cette même année et face au mouvement social, Artur Mas se positionne progressivement en faveur du projet d’un État indépendant pour la Catalogne et convoque des élections anticipées le 25 novembre 2012. Elles ont comme éléments centraux le débat sur l’autodétermination et l’indépendance. La participation est de 70 % de l’électorat. Premier parti, CiU doit toutefois négocier un certain accord de gouvernement avec ERC, grande gagnante des élections, deuxième force politique pour la première fois de l’histoire postfranquiste. Cette formation proposait la célébration d’un referendum d’autodétermination en 2014.

Artur Mas est investi président de la Generalitat de Catalunya pour la seconde fois fin 2012. Après l’organisation par l’ANC de la Voie Catalane, une chaîne humaine d’entre 1,6 et 2 millions de personnes qui se sont donné la main tout au long de 400 km du pays le 11 septembre 2013, le président de la Generalitat Artur Mas annonce en accord avec 5 des 7 partis du Parlement de la Catalogne la double question et la date pour le référendum d’autodétermination en décembre 2013: « Souhaitez-vous que la Catalogne devienne un État? Et dans l’affirmative, souhaitez-vous que cet État soit indépendant? ». La consultation est prévue pour le 9 novembre 2014. Le gouvernement espagnol refuse d’utiliser un des articles de la Constitution permettant de l’autoriser, l’opposition socialiste ne la soutient pas non plus. Le gouvernement catalan va alors étudier d’autres possibilités juridiques dont la possibilité de faire une consultation telle que prévue dans le Statut de 2006, approuvé par le Parlement espagnol. Cela débouchera sur la consultation du 1° Octobre 2017, initiée par le nouveau président de la Generalitat, Carles Puigdemont, avec les graves incidents provoqués par le pouvoir central espagnol, dont le résultat sorti des urnes est de 90% pour l’indépendance.

Des parallèles saisissant.

Si nous y regardons de plus près, on peut s’apercevoir que l’histoire de la Catalogne et celle du Pays Niçois présentent, en certaines périodes de leurs histoires respectives bien des ressemblances. Un autre constat que nous pouvons faire est que souvent nos nations catalane et nissarde se sont retrouvées du côté des tenants de l’idée impériale (Saint Empire Romain Germanique – Habsbourg) opposés aux tenants de l’idée impérialiste (Les Monarchies absolues ou états centralisés -Bourbons ou Jacobins). Enfin, le parallèle est encore plus saisissant quant aux conditions du référendum catalan de 2017 avec le plébiscite niçois de 1860 et les élections législatives à Nice en 1871.

Témoignage d’un citoyen d’une nation enracinée dont les droits de ne sont pas reconnus, aujourd’hui, par l’état français

Il nous a semblé intéressant de vous faire part de cet article d’Erwan Castel, militant Breton, qui nous permet de nous projeter vers l’avenir.

LES PEUPLES, RACINES D’UNE EUROPE REBELLE.

Rien ne va plus en Catalogne, le gouvernement fédéral espagnol venant d’avorter par une vague d’arrestations de ses dirigeants le référendum d’autodétermination prévu par la Catalogne.

Je ne suis pas ici pour entrer dans le débat aussi passionnant soit-il entre nationalistes et fédéralistes et les partis politiques qui les instrumentalisent, car chacun ayant des arguments légitimes camperait sur une position stérile et improductive, mais pour observer ce que révèle cet événement prévisible.

Ce bras de fer engagé entre Madrid et Barcelone n’est pas nouveau, car cette vielle région d’Europe qui revendique une identité étatique plus ancienne (9ème siècle) que l’Espagne à laquelle elle est rattachée en 1479 n’a eu de cesse de chercher à s’émanciper de la domination castillane.

Aujourd’hui, c’est la perte de souveraineté des Etats-Nations fragilisés par les crises multiples qui traversent l’Europe, mais surtout leur asservissement à la technocratie de l’UE qui relaie les ordres de Washington, qui provoquent une rupture du lien charnel et de la confiance qu’elles pouvaient entretenir avec leurs populations.
Les peuples natifs européens, noyés ou/et tronçonnés avec les frontières politiquement historiques mais aussi humainement artificielles des Etats Nations doutent que ces derniers puissent assurer leur devoir régalien de les protéger et réclament donc et légitimement le droit à assurer eux-mêmes leur destinée.

La question est de savoir pourquoi nous assistons à un réveil des peuples d’Europe qui n’est pas à amalgamer forcément avec un communautarisme réactionnaire confondant l’autonomie et l’indépendance avec l’autarcie réactionnaire et suicidaire.

La réaction du gouvernement espagnol, viscérale et violente, est surtout symptomatique de la déconnexion des pouvoirs étatiques avec leurs peuples, car ce n’est pas en arrêtant 12 membres élus de son gouvernement que la volonté séparatiste va s’éteindre, bien au contraire ! La même déconnexion s’était opérée entre royauté et monarchie quand cette dernière avait cessé de risquer sa vie dans les batailles et s’était enfermée dans des palais dorés loin du peuple et de ses souffrances, pour jouir du « droit de fabrique » qui l’avait embourgeoisée et castrée.
La suite on la connait : répression des parlements de provinces (1675 en Bretagne par exemple) hécatombes des « guerres en dentelle », famines et ainsi de suite jusqu’à la Révolution nihiliste, iconoclaste mais logique !

Si l’Histoire ne se répète pas, elle a parfois le hoquet !

Car lorsqu’un référendum, qui est une expression démocratique réelle, réclame l’autodétermination cela pointe d’abord du doigt la faillite de l’autorité supérieure. Et point n’est besoin pour un peuple d’être dans une situation de répression ou de guerre, comme en Crimée ou dans le Donbass pour devenir séparatiste car la violence d’un pouvoir peut être législative, culturelle, économique ou tout simplement être la trahison du peuple lorsque l’Etat abandonne sa souveraineté à des intérêts étrangers.

Car à travers cette nouvelle crise référendaire c’est la question de l’identité européenne qui est posée à nouveau devant la disparition de la souveraineté des Etats Nations.

Voulons-nous :

Une Europe des Etats devenus colonies étasuniennes via l’UE ?
Une Europe des peuples unis par une vraie Fédération européenne ?
Une Europe balkanisée en Etats s’opposant violemment aux autres ?
Une autre Europe ?

La seule chose qui est sûr c’est que l’Europe des Etats-nations est bel et bien terminée, détruite par leurs propres hégémonies militaires et économiques. Comme l’Empire romain au moment de l’apparition de l’Europe chrétienne, les Etats-nations ne survivent aujourd’hui encore que pour n’être que les épouvantails répressifs d’un Nouvel Ordre Mondial qui veut casser les identités communautaires natives du continent qui sont potentiellement des foyers de résistance à son esclavagisme de la pensée unique.

Le gouvernement espagnol, en renouant avec des méthodes franquistes, loin d’avorter le référendum catalan, vient de donner son résultat avant le scrutin et surtout d’allumer un incendie dans les rues de Barcelone qui risque de montrer la voie à d’autres peuples d’Europe comme l’Ecosse par exemple…

La fin du cycle des Etats-Nations

Les « états-nations » tels que nous les connaissons encore aujourd’hui sont une création relativement récente qui date du XIX° siècle et qui finalement, attisé par des nationalismes étriqués a fini par générer les guerres civiles européennes et à le suicide des peuples européens. Les « états-nations » supports du colonialisme moderne, un avatar de l’idée impérialiste, sont les seuls responsables de tout ce qui nous arrive de nos jours. Mais, une lueur d’espoir est apparue à la fin du XX° siècle avec le réveil des peuples et scelle la fin d’un cycle, celui des « états-nations ».

L’exemple catalan peut, à cet égard, être un révélateur formidable pour tous les peuples européen qui aspirent à la liberté. D’autant que les « états-nations » n’ont pas d’autres solutions que soit d’accepter la volonté des peuples soit d’employer la répression qui les condamnera devant l’opinion internationale et devant l’histoire.