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La légende de Saint Roch

C’est toujours un plaisir renouvelé de lire un nouveau conte de notre ami Patrice Barbajohan

 

Il nous offre ici sa dernière livraison issue de son imagination fertile. Je vous laisse le découvrir et vous régaler.

 Lou pastre

La légende de St Roch telle que la racontait les vieux nissart…

Il y avait dans des temps très anciens, « dau temp que Berta filava », au nord de Nissa, le long du Paillon, une riche terre qui nourrissait une grande partie des habitants de la cité derrière ses remparts.
Hélas, jour, un dragon apparut , un dragon très méchant, qui se mit à dévaster les champs et les vergers.
Lorsque les paysans essayaient de résister, celui-ci, de son souffle brûlant, les cuisait sur place , puis les dévorait. Ainsi peu à peu , on délaissât ces terres où, en quelques années, la ronce et le genêt prirent le dessus.
Le Sénat de Nice, essaya bien d’envoyer un corps de garde pour combattre la bête, mais ils disparurent. Un seul revint brulé et devenu muet de terreur.
On essaya de mobiliser des volontaires, de leur promettre honneur et bourses d’or, mais personne ne se présentât.
Un soir, un chevalier, vint frapper à la porte de l’Abbaye de St Pons, demandant l’hospitalité pour la nuit. Les moines tergiversèrent un grand moment avant d’accepter de lui ouvrir la porte, tant ce chevalier inspirait le dénuement et la misère, avec ses vêtements sales et en lambeaux et son cheval vieux et maigre dont on voyait les côtes.
Lors du repas du soir, dans la salle des hôtes, le chevalier Romain de Roc, entendis parler du dragon qui semait la misère dans les campagnes de Nice.
Le lendemain matin, il demanda à parler au Prieur Général de l’abbaye.
– Mon père, vous m’avez offert l’hospitalité et pour vous remercier , je me propose d’aller combattre le dragon qui cause tant de tourments aux habitants.
– Ce noble sentiment vous honore, mon fils, mais je crains que vous ne soyez de taille à affronter la bête. A pied, vous ne pourriez vous échapper, à cause du poids de votre armure et de vos armes et je ne pense pas que votre cheval soit en état de vous aider dans un tel combat.
– Mon cheval est certes vieux et fatigué, mais vous pourriez m’en prêter un.
– Mon fils, nous sommes trop pauvres pour posséder des chevaux, nous utilisons des ânes et disposons de quelques mules.
– Une mule fera mon affaire, il faut que j’explore les environs pour trouver où la bête se cache, car j’ai cru comprendre qu’elle n’agissait qu’avant le coucher du soleil, ou après l’aube avant que le soleil ne monte dans le ciel. Elle doit craindre les dards de l’astre du jour.
– J’admire votre courage et votre abnégation, chevalier, je donnerai donc les ordres pour que l’on vous prête une de nos mules les plus vaillante. Je viendrai vous offrir ma bénédiction après la Sainte Messe. Si vous avez besoin d’autre chose ?
– Oui, mon père, d’un grand miroir.
– Nous en avons un dans notre nef, et je ferais en sorte qu’on vous le confie.
Ainsi durant trois jours, le chevalier parcouru avec sa mule la campagne niçoise jusqu’au jour, où, du côté d’un hameau sur les contreforts des collines de Falicon, il rencontra un chevrier boiteux.
– Bouònjou, noble seigneur, je sais ce que tu cherches, et je connais l’emplacement de la tanière du dragon car j’ai observé ses allées et venues et relevé ses traces.
C’est ainsi que le chevrier boiteux , « lou rangou de falicounet », le conduisit dans un vallon très obscur où courait un petit ruisseau au milieu d’un canyon.
– Regardez, noble seigneur, là, la paroi de roche semble polie par le passage d’un énorme animal. Tenez, tenez, là sur le sol une grande écaille poilue.
– C’est ma foie vraie, « lou rangou », mais où conduit ce chemin ?
– Il y a dans ce vallon, une balme profonde, et je pense que la bête, y a trouvé refuge.
Le chevalier attacha la mule et en rampant avec moultes précautions, ils trouvèrent l’entrée de la grotte. Il s’en exhalait des vapeurs chaudes et putrides.
– Elle est bien ici, ne restons pas là, je reviendrai au moment le plus propice.
Le chevalier revint le lendemain, matin, il installa le miroir, et fit un grand détour pour prendre un point d’observation sur les hauteurs. Il observa la course du soleil jusqu’à ce que du fond du vallon obscur, le miroir se mit à briller de mille feux et à renvoyer des rayons de soleil.
Quelques jours après, équipé de son épée, d’une lance, et du miroir qu’il avait, tel un écu, transformé en bouclier, le chevalier remonta le lit du ruisseau. Puis arrivé devant la grotte et après avoir jeté un œil sur la course du soleil, se mit à chanter le Deus Misertus.
Au bout d’un moment, la créature de la grotte se mit à grogner et à souffler, puis n’y tenant plus, elle apparut.
Le chevalier fit semblant de s’enfuir, la bêtes le poursuivait, puis il s’arrêta là ou le soleil pénétrant une trouée de feuillage faisait miroiter l’eau.
Il se retourna et captant les rayon du soleil, il les dirigea avec le miroir sur les yeux du dragon.
La bête n’eut pas le temps de se protéger ou de détourner la tête, elle était aveuglée.
Il lui lança la lance qui se planta dans la gorge, puis d’un bond lui lacéra les flancs de son épée.
Puisant alors dans toutes ses forces, il lui trancha la tête maniant son épée à deux mains.
Quelques minutes après, la bête cessa de labourer le sol de ses griffes et expira.
Le chevalier mit la tête de la bête dans un sac et revint sur la mule à l’abbaye de St Pons.
On lui fit un accueil triomphal, l’abbé envoya un émissaire à Nice.
Une délégation du Sénat de Nice arriva quelques heures après pour voir le chevalier qui avait vaincu le dragon.
– Que désires tu comme récompense , noble et courageux chevalier ?
– L’ermitage le plus pauvre pour y finir ma vie dans la paix du Christ.
C’est ainsi que le Chevalier Romain le Roc finit pieusement sa vie. Un siècle après sa mort, il fut canonisé sous le nom de San Roc puis Saint Roch.
En reconnaissance le municipe de Nice donna son nom au quartier de campagne qu’il avait débarrassé du dragon. C’est ainsi qu’existe une paroisse et un quartier Saint Roch à Nice.

Quant à la grotte du dragon, elle est située prés du village de Saint André de Nice qui devint par la suite Saint André la Roche, dans le vallon de la Banquière, un petit affluent du Paillon, un lieu presque disparu entre les carrières et l’urbanisme et que chantait le grand poète Lamartine venu, accompagné d’une belle amie de passage. On dit qu’il y planta le figuier dont les branches crochues s’accrochent encore au rocher et on lui attribue ces vers :
Ici dans les flancs creux d’un rocher qui surplombe
S’ouvre une grotte obscure, un nid où la colombe
Aime à gémir d’amour.
La vigne, le figuier, les ronces la tapissent
Et les rayons du ciel qui lentement s’y glissent
Y mesurent le jour.
La nuit et la fraîcheur de ces ombres discrètes
Conservent plus longtemps aux pâles violettes
Leurs timides couleurs.
Une source plaintive en habite la voûte
Et semble sur vos fronts distiller goutte à goutte
Des accords et des pleurs.

Barbajohan, à Dina lou 01/04/2016.