Pour que notre Histoire perdure dans l’avenir

Quand son Histoire n’est pas transmise, un pays se meurt et, avec lui, toute une culture. Et une culture qui meurt appauvrit l’Humanité. Car, comme le disait René Cassin, c’est par sa culture que l’on tend à l’Universel.

 

 

 

A cet égard, le travail effectué, depuis quelques années, par une équipe, réunie autour d’Hervé Barelli, pour faire en sorte que notre plus longue mémoire ne tombe pas dans l’oubli est remarquable. Toute aussi remarquable est la mise en forme de ces recherches par les Editions « Mémoires Millénaires » afin de la diffuser au grand public.

 

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Cela va faire 3 ans que nous avons pu apprécier les tous premiers tomes d’une collection intitulée « Nice et son Comté ». Des ouvrages d’une qualité exemplaire et irréprochable. La politique suivie par la maison d’édition « Mémoires Millénaires » était de transcrire les résultats de l’équipe de chercheurs historiens au fur et à mesure de leur production, à raison d’un livre, voire deux, par an. Ce qui est intéressant dans cette collection, c’est qu’elle nous révèle notre histoire de manière chronologique puisque chaque tome englobe une période historique bien précise. L’autre point positif est que nous sont livrés des textes inédits jusqu’alors car les auteurs sont allés aux sources en puisant dans les archives des pays en présence lors de ces périodes bien définies. C’est ainsi qu’ils se sont plongés dans les archives réunies à Nice mais surtout dans toutes les archives qui concernent l’histoire de notre pays qui sont conservées à Turin.

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Nous avons eu droit à la parution du premier tome en Janvier 2010, puis, le deuxième en Décembre 2011 suivi de très prés par le troisième en Janvier 2012. S’il est vrai qu’en 2013 il n’y a pas eu de nouveau tome, c’est que la production du quatrième tome nécessitait une recension de pièces fort nombreuses et qu’il fallut, en plus des deux sources précitées, aller fouiller dans les archives conservées à Paris (puisque l’histoire de l’époque explorée mettait en présence les français). C’est ainsi qu’en cette fin d’année, au mois de décembre, les éditions « Mémoires Millénaires » nous ont fait un beau cadeau sous la forme d’un pavé de presque 700 pages et d’une importance énorme dans la compréhension de l’histoire de cette époque qui va modifier le destin de notre ¨Pays Niçois »: les guerres que nous ont mené les troupes françaises de Louis XIV à plusieurs reprises. Ces guerres qui aboutirent à la perte d’un patrimoine extraordinaire, notre Château et son environnement fortifié. N’oublions pas que, si ces remparts étaient toujours debout, aujourd’hui, notre ville fortifiée occuperait une surface plus importante que celle de la cité de Carcassonne.

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Ce qui nous semble important, dans ces ouvrages, est le fait qu’ils sont uniques (et les premiers) dans le genre. En effet, nous ne nous trouvons pas face à une accumulation de dates marquant tel ou tel évènement, mais bien devant des chroniques (presque quotidiennes parfois) nous décrivant la vie des habitants du Comté de Nice et leurs préoccupations immédiates. Nous sommes, complètement en immersion, au sein de ce peuple de Nice, partageant ses joies, ses peines, et, bien souvent, ses peurs. Car, quand la « grande histoire » se déroule avec ses faits d’armes, ses traités, ses alliances et ses trahisons, le peuple, lui, ne pense, la plupart du temps, qu’à survivre. Pendant les batailles, la vie continue…

Histoire des Alpes-Maritimes
Cela est bien traduit, dans la première partie du livre, par l’arrivée et l’installation des sœurs visitandines à Nice: leur recherche d’un lieu de vie, les tractations et négociations pour obtenir celui-ci, les alliances à trouver avec les uns ou les autres, leurs rapports avec la population balançant entre bienveillance et parfois distanciation (les Niçois ne les appellent ils pas les françaises ?), leur position inconfortable quand elles se retrouvent coincées entre le peuple niçois et les envahisseurs…
Mais, cette histoire, improprement appelée « petite » est celle qui nous permet de mieux comprendre l’état d’esprit d’une population et l’âme d’un peuple.
Cela se retrouve dans le reste du livre (la part la plus importante) qui retrace les évènements autour des attaques du roi de France, Louis XIV, contre notre ville et notre Comté, attaques qui aboutiront à la perte de notre Château.


Au travers de tous les textes présentés, nous pouvons suivre le déroulement des évènements au jour le jour. La richesse de ces témoignages est due au fait qu’ils proviennent de témoins de l’époque fort différents. Et c’est par le recoupement de tous ces témoignages que les chercheurs peuvent, à présent, dire que nous avons quelques certitudes sur de nombreux points d’histoire qui présentait, jusqu’alors des zones d’ombre.
Un autre aspect intéressant de cet immense ouvrage est que nous avons les détails précis des comptes en matériaux et en espèces sonnantes et trébuchantes de tous les travaux effectués ou prévus lors de cette période mouvementée. Paradoxalement, nous y apprenons que nos souverains n’ont pas toujours tout fait afin que nos fortifications soient encore plus efficaces et ainsi ont permis, par ce laxisme, à nos ennemis de pouvoir emporter la place forte de Nice

. A travers plusieurs courriers échangés lors de ces guerres, nous avons confirmation que Vauban tenait à conserver toutes nos fortifications et, même, à les renforcer. Il tenta, en vain, de s’opposer à la volonté du roi de France qui voulait les mettre toutes à bas. Vauban réussit cependant à sauver le fort de Montalban et la Citadelle Saint-Elme de Villefranche. Pour le reste, et principalement la ville fortifiée de Nice, il ne put, hélas, rien faire.

Tout l’intérêt de ce livre (comme ce ceux qui l’ont précédé) est de vivre une époque devenue historique par le biais des échanges épistolaires retrouvés dans les archives. cela nous permet de comprendre l’état d’esprit des gens qui ont eu à prendre des décisions dans des périodes bouleversées (et pourquoi ils les ont prises).

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La richesse de ce livre fondamental pour qui veut connaitre les dessous de l’histoire de notre Comté vient des sources diverses dans lesquelles les auteurs sont allé puiser. C’est ainsi que nous avons des témoignages de personnages fort divers tel le Maréchal Vauban qui dans sa correspondance avec l’ingénieur Antoine Niquet chiffre, en détail, les travaux nécessaires pour optimiser les ouvrages de défense du Comté, le capitaine Andréa Bozzolino pour son travail sur les plans reliefs, le Comte de Frossaco, commandant de la place de Nice, l’intendant Pierre Mélarède mis en place par le roi de France après la prise de Nice, l’architecte Carlo Morello qui nous apporte des remarques sur la construction des fortifications, l’historien Niçois Pierre Gioffredo dont les écrits restent incontestés, et bien d’autres témoins tels le marquis d’Usson, le duc de Berwick, le duc de la Feuillade, le marquis de Caroglio, voire le notaire Honoré Giraudi alors présent sur les lieux. Il y a aussi les récits d’anonymes ayant tenu un journal lors de ces évènements. Une telle diversité de témoignages nous permet de nous faire une idée de ce qui s’est réellement passé lors des sièges du Château de Nice et de sa destruction.

Je vous conseille la lecture de ce livre qui vous éclairera sur bien des aspects peu connu jusqu’alors de cette période qui a changé le cours de l’histoire de notre Comté. Je retiendrai l’aveu du Maréchal Vauban, lui-même, qui reconnait que sans le coup du sort (assez heureux pour les assaillants) qui a provoqué l’explosion du donjon du Château de Nice, celui-ci ne serait sans doute pas tombé. Il y eut ensuite l’acharnement d’un roi mégalomane qui nous prive aujourd’hui d’un important patrimoine de notre passé.
En conclusion je reprendrai quelques lignes du livre écrites par Pierre Gioffredo à propos de Nice:
« Si, comme nous l’avons dit, il faut blâmer la Renommée quand elle ment, alors le même châtiment doit lui être infligé quand elle est muette. Et, si Nice n’a pu résister à la force, que la calomnie soit obligée de céder à l’innocence et de reconnaître qu’elle est vaincue par la juste cause d’une cité dont le nom ne signifie rien d’autre que VICTOIRE. »

Nous attendons avec impatience la sortie des prochains tomes de cette collection et particulièrement celui sur la période de l’invasion française par les troupes de la république française puis l’occupation par ces mêmes troupes suivie de celle des troupes impériales avec en corollaire le mouvement de résistance des Barbets.

Nice et son Comté – 1630 – 1730
(témoignages, récits et mémoires) 687 pages
sous la direction d’Hervé Barelli et Marc Bouiron.
Editions « Mémoires Millénaires »
Prix Public: 30 €