Entretien avec …Paul Pacotto

Nous avons rencontré un artiste atypique qui est plus reconnu ailleurs que dans son pays: le Pays Niçois.

 

 

J’avais fait la connaissance de Paul Pacotto bien après avoir pu apprécier ses œuvres. C’est lors d’un « Festivous », à Ilonse ou il exposait que nous avons échangé nos premiers mots. J’ai été emballé par sa façon de concevoir ses sculptures et de les faire « parler », de révéler l’autre face cachée, de faire de nous, non pas des contemplateurs passifs et immobiles, mais des acteurs de cette rencontre entre l’œuvre et nous même. Je me suis donc rendu, chez lui, à Cimiez, pour poursuivre ce dialogue.

Paul Pacotto

Paul Pacotto

 

Robert Marie MERCIER: Paul Pacotto, bonjour. Merci de nous recevoir dans votre atelier, dans votre maison.

Paul Pacotto: Entrez, mais ne vous étonnez pas de la « pagaille » car je suis en plein travail de création actuellement.

Paul dans son atelier

Paul dans son atelier

RMM: Commençons par le début. Où êtes vous né ?

PP: Je suis né dans cette maison, je suis un Nissart, un vrai. Et j’ai toujours habité dans cette maison.

RMM: Vous avez passé toute votre jeunesse dans ce quartier ?

PP: Effectivement, j’ai usé mes pantalons et abimé mes genoux avec les autres gosses de ce quartier à une époque ou l’on jouait au ballon dans la rue et où il y avait encore des terrains vagues.

RMM: Après vient le temps des études…

PP: Et oui, mes parents m’ont fait faire des études, lesquelles m’ont plutôt poussé vers ces sciences qui m’attiraient et j’ai fini, au terme de celles-ci, par obtenir un diplôme d’ingénieur de l’Ecole Nationale des Arts et Métiers.

RMM: Vous avez fait de la sculpture votre métier ?

ébauche d'un projet masculin-féminin

ébauche d’un projet masculin-féminin

PP: Pas du tout, j’ai enseigné pendant longtemps la technologie à l’IUT de Nice. Mais, déjà, à côté, je me passionnais pour l’art de la sculpture telle que je la concevais.

RMM: Mais, cette passion pour la sculpture, vous l’aviez déjà petit ?

PP: En fait, depuis mon plus jeune âge, j’étais fasciné par l’ombre et la lumière, sachant que sans lumière il n’y a pas d’ombre. C’est peut-être une évidence, mais elle induit beaucoup de choses. Et, un jour, j’ai vu, aussi, mon ombre dans le soleil couchant. Je ne comprenais, d’abord, pas comment avec ma petite taille, je pouvais faire une ombre si grande. C’est de là que m’est venue l’idée de créer des sculptures dont l’ombre projetée n’aurait pas la même taille que la sculpture qui la produisait.
C’est cette curiosité qui ma poussé à faire des recherches pour pouvoir réaliser mon rêve qui était de faire vivre mes statues par l’intermédiaire de leur ombre.

ombre et lumière

ombre et lumière

RMM: Si je comprend bien, c’est presque une démarche philosophique qui vous anime, tendant à démontrer que derrière chaque objet il y a autre chose si l’on se donne la peine de chercher un peu.

PP: C’est tout à fait cela. Il ne faut pas regarder les choses superficiellement mais gratter un peu pour trouver ce qui est caché au regard de prime abord.

un symbole de l'amour

un symbole de l’amour

RMM: Mais après vos études et votre entrée dans la vie professionnelle, vous avez abandonné la sculpture ?

PP: Pas du tout, j’ai continué à pratiquer ma passion, car il s’agit bien d’une passion, en conciliant ces deux activités le métier et la sculpture. Dès que j’avais un moment, je me replongeais dans mes recherches. Si je dis recherches, c’est qu’avant de pouvoir réaliser une sculpture, ce sont des heures de recherches passées à définir comment donner vie à ma future sculpture. J’ai, donc, passé quelques années à concevoir mes premières œuvres et j’ai fait ma première exposition en 1971, à Menton, au Palais de l’Europe. J’y ai d’ailleurs obtenu un premier prix. Cela m’a, dans la foulée, ouvert les porte du Negresco où j’ai vu certaines de mes œuvres exposées.

faire vivre l'inanimé

faire vivre l’inanimé

RMM: Et ensuite, d’autres expositions ont suivi dans notre Pays Niçois?

PP: D’autres expositions, oui, mais pas ici, chez moi. L’adage « Nul n’est prophète en son pays » se vérifie une fois de plus. J’ai été exposé un peu partout dans le monde…à Paris (Salon des Indépendants -Salon d’Automne – Carrousel du Louvre – Espace Pierre Cardin), USA (Saratoga Spring – Meridian International Art Center – Washington), Italie (Le Vatican – Galerie « Il Collezionista » à Rome), Suisse (Salon des Arts et de la Presse à Genève), Monaco (Maison de l’Amérique Latine – Sporting Club – Grand Hôtel) et Côte d’Azur (Biennale Culturelle à Théoule – Unesco Paca à Cannes – Hôtel Villa Belrose à Saint-Tropez). Et, j’ai aussi, des expositions permanentes au Mas d’Artigny et au Négresco.

L'envol

L’envol

RMM: Reconnu partout sauf à Nice, c’est incroyable.

PP: Cela n’est pas du à ma volonté car je rêve de pouvoir implanter mes statues dans tout le Comté. J’ai fait des propositions en ce sens au Maire de Nice et à d’autres maires de nos villages, mais cela est resté lettre morte à ce jour. Les deux seuls endroits ou j’ai pu poser mes créations sont le village de Saint Sauveur sur Tinée…

Le baiser

Le baiser

…et le village voisin d’Ilonse.

Le Chat

Le Chat

J’aimerai, bien sûr, que d’autres suivent.

RMM: J’ai, en effet, vu vos sculptures dans ces deux villages, bien avant de vous rencontrer. Et j’ai été impressionné de voir leur intégration fort réussie au milieu de ces vieilles pierres.

PP: Ce sont pratiquement les seules de mes œuvres que j’ai pu planter dans le sol de notre Comté et j’en suis très content. J’aimerai que d’autres puissent bientôt se dresser dans de nombreux villages de nos vallées et bien sûr dans notre ville de Nice.

RMM: J’ai remarqué que votre inspiration se nourrit en bonne partie de notre culture. J’ai été impressionné par une statuette représentant un aigle dont les ailes se déployaient, par son ombre projetée, lorsque celle-ci tournait.

PP: C’est vrai que je suis influencé par dette culture multiséculaire qui transpire dans notre Pays Niçois, mais pas exclusivement. C’est pourquoi, vous trouverez les marcheurs à Saint Sauveur sur Tinée (sans oublier mes œuvres monumentales comme le baiser et la croix mariale) car ceux-ci représentent les gens d’ici qui, à travers nos montagnes, sont des marcheurs invétérés. De la même façon, la statue qui se dresse à l’entrée du village d’Ilonse est aussi multiforme, car, derrière la rose se cache le chat qui est le symbole d’Ilonse (le village des chats…. qui a donné leur nom aux habitants).

La Rose

La Rose

J’avais d’autres projets qui pour l’instant n’ont pas abouti comme celui ce Clans en associant le C du nom du village à celui de la Culture car c’est la marque de ce village de promouvoir sa culture. Il y avait le projet pour la ville de Nice avec une Catarina « Marianne » Segurana avec l’aigle pour remplacer la statue qui trône dans toutes les mairies de l’hexagone. Et, je pense que l’on pourrait personnaliser chaque statue dans chaque village de notre Pays Niçois, en créant de sculptures vraiment spécifiques.

Clans

Clans

RMM: D’autres projets ici ou ailleurs ?

PP: Bien sûr, j’ai un projet en cours pour le Lycée de la montagne à Valdeblore-La Bouline qui associe le savoir et la nature (l’ordinateur et la montagne) montrant par là que pour évoluer vers le futur il faut avoir des racines profondes dans sa terre. Et puis, j’ai un projet, dont les français n’ont pas voulu, mais que la Nasa a accepté: celui de satelliser une de mes œuvres autour de la Terre. C’est un projet difficile dans sa conception et qui va me prendre un certain temps, mais je ne lâche pas l’affaire.

ébauche du projet pour le lycée de la montagne

ébauche du projet pour le lycée de la montagne

RMM: Et, bien, Paul Pacotto, merci de m’avoir fait découvrir votre univers entre ombre et lumière et votre volonté de donner la vie à des objets inanimés en jouant sur leurs ombres projetées. Merci de m’avoir reçu.

anneaux-union

anneaux-union

PP: A mon tour de vous remercier pour l’intérêt que vous portez à mon travail et pour l’invitation que vous m’avez faite d’exposer à la « Festa de la Countèa de Nissa ». A bientôt à Clans.

Le sculpteur au travail

Le sculpteur au travail