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Lou Printems en Païs Nissart …

« L’iver es mouòrt e viva lou printems »

 

 

Dans notre région, cette saison du printemps est particulièrement importante, ce qui explique  qu’elle soit jalonnée de nombreuses fêtes. C’est la période où tout bascule… basculement des ténèbres vers la lumière, des veillées au foyer vers les fêtes en plein air, de la mort vers la vie. Et, il est un fait acquis que cette saison marque l’élan vital du peuple vers la nature à la manière d’une libération après plusieurs mois passés à l’intérieur des maisons à attendre que l’hiver soit fini et que les jours se soient rallongés.

Souta lu plàtanou

Durant ces mois de printemps, les festins se succèdent, car il était de coutume de se restreindre pendant l’hiver (puisque, faute de moyens de conservation où de distribution, dont  nous bénéficions aujourd’hui, l’on vivait sur les réserves amassées à l’automne) et de faire bombance dès les premiers beaux jours avec les promesses des récoltes futures. Il est des dictons pour nous le rappeler: « A Pasca, mangian d’où, un bouòn tros de bòu e , de vin, una coupa » (A Pâques, on mange des œufs, un gros morceau de bœuf et une coupe de vin).  Mais, ce qui caractérise cette saison, également, est l’émergence du fantastique: sorciers, sorcières, dragons enchanteurs, etc…

Lou mago

Lou mago

Naturellement, le 1° Mai tient une place de choix dans les réunions des sorciers. De tout temps, c’est un fait reconnu, ce premier jour du mois fut environné de mystères et il est certain que nos aïeux considérait ce jour comme particulièrement favorable aux réunions de sorciers et de toute une cohorte d’enchanteurs: « Coura lou diàu duerbe lou mès de Mai, veès  balà lu masc tant e pi mai » (Lorsque le diable ouvre le mois de Mai, vous voyez danser les sorciers tant et plus) Nous retrouvons, d’ailleurs, cette référence aux sorcières à l’occasion de Pâques, fête du printemps, du renouveau, de la fécondité et  des agapes comme le dit le dicton: « Au matin de Pasca, laissa lu calous ai masca »  (Au matin de Pâques laisse les trognons aux sorcières).  Chez nous, en quelques lieux, nous retrouvons des traces d’animaux fabuleux que l’on avait coutume de chasser à la Pentecôte, mais ces animaux de légendes réapparaissaient dans de nombreuses processions pour une fête que l’église à récupérée sous le nom de Fête dieu mais qui est une très vieille fête païenne connue sous le nom de « Charavilhe dou soulstici » et qui était le prélude au solstice d’été. Cela se retrouve dans  certaines de nos vallées. De toutes ces fêtes de printemps, pour nous, Niçois, celle des Mais est particulièrement importante.

On tourne les Mais

La fête du 1° Mai est, assurément, une des plus anciennes d’Europe (la tradition du Muguet nous étant arrivé tardivement, par ailleurs, du Nord). Notre pratique de tourner les Mais  » de virà lu Mai », correspond à l’antique célébration  de l’arbre de vie que l’on retrouve dans toutes les mythologies de l’Europe Il faut savoir que l’arbre de Mai doit être planté au soir du 30 avril afin qu’il bénéficie, dès l’aube du 1° Mai, d’une rosée fécondante et des premiers hauts rayons du soleil: « de vespre, drole, planta lou Mai, senoun passa lou bèu pantaï » (les gars, plantez le Mai au soir, sinon le beau rêve passe). Et, à  Nice, pendant tout le mois de Mai, il est de tradition de monter aux arènes de Cimiez, dans les jardins du monastère, où,chaque dimanche on tourne les mais en famille et entre amis. Il est habituel que chaque quartier ait son « Mai » (le mât du quartier autour duquel les habitants du quartier viennent danser ensemble). Toutes ces fêtes de printemps n’ont qu’un but: nous amener à l’apogée du soleil pour le solstice d’été qui clôt le cycle du printemps et ouvre celui de l’été. « Mars es per galina, Abrièu s’oucupa dei moutoun, Mai renvigoura lu bòu e Jun es per nautre » (Mars est pour les poules, Avril s’occupe des moutons, Mai ragaillardit les bœufs et Juin est pour nous) Oui, Juin est bien pour nous autres. C’est bien le mois où les femmes et les hommes de notre terroir et de notre lignée, ainsi que les enfants, toutes générations confondues, se réunissent autour des feux pour célébrer notre histoire et notre culture.

Pour faire honneur à ces fêtes du printemp, deux  poèmes:

Printemp

(Roundèu- Graphie de l’auteur)

O divina sesoun ! O printèmps ! ti saludi,
Tu que pares lou ciel d’aquèu blu de satin,
Anounces lou retour dei suave matin
E fas nevar de flour sus li branca tout nudi.

Li làgrema d’aiga, dau soulèu, soun begudi;
Noun lançon qu’un moumènt de rai diamantin.
O divina sesoun,! O printemp ! ti saludi,
Tu que pares lou ciel d’aquèu blu de satin.

Dejà lu baragnas an de fuèia menudi;
Lou rièu, dintre lu prat, m’un bisbí argentin,
Traça au mitan dei flour lou sièu cours seprpentin;
Li journada de lus, enfin, soun revengudi.

O divina sesoun ! O printemps! ti saludi.

Joseph Giordan

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Viens

 
Il faut sortir de la maison, le Bonhomme Hiver est parti,
Les jours sont de plus en plus longs et la nature refleurit,
Sur les étals de Saleya, les couleurs vives sont revenues,
Et le soleil vient réchauffer chaque terrasse au coin des rues.
On voit revenir le dimanche, parents et enfants au Château,
Et, après un très long sommeil, le Port se couvre de bateaux.
Tout au long de la Promenade, bien déserte pendant l’hiver,
Les promeneurs viennent flâner en respirant  l’air de la mer.
La Baie des Anges , encore tranquille, semble dormir toute alanguie,
Sous les traits de l’astre solaire qui nous fait renaître à la vie.
Bientôt, il faudra planter l’arbre et puis le garnir de rubans,
Au son des tambours et des fifres, tourner tout autour en dansant.
Nous allons monter à Cimiez, et dans les jardins des Arènes,
Nous allons boire, manger, chanter, et courir jusqu’à perdre haleine.
Le Grand Soleil est revenu…
Viens.

 
Robert Marie MERCIER
le 24 mars 1994
(ce poème est tiré du recueil « Mots dits…   …Maudits » de Robert Marie MERCIER, recueil en vente dans notre boutique sur le site)